Tournoi de Bercy: L’usure psychologique, LE grand mal des joueurs de tennis ?

TENNIS Les saisons sont longues, les déplacements incessants, le jeu de plus en plus serré...

Nicolas Camus
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Novak Djokovic frustré comme jamais en demi-finale du Masters 1000 de Shanghai, le 15 octobre 2016.
Novak Djokovic frustré comme jamais en demi-finale du Masters 1000 de Shanghai, le 15 octobre 2016. — Mike Frey/BPI/Shutterst/SIPA

C’est presque devenu une tradition. Chaque année, quand arrive le BNP Paribas Masters (oui, c’est son nom complet), la première chose à faire est de compter les vivants sur le champ de bataille. C’est que les abandons de poste sont souvent nombreux - Federer, Nadal et Monfils pour cette fois. Rien à voir avec le tournoi parisien en lui-même, les joueurs aiment toujours venir faire un tour dans la capitale française. C’est juste que début novembre, après 10 mois de compétition à parcourir le monde et traverser les fuseaux horaires, ça tire un peu partout chez les tennismen. Dans les jambes, évidemment, mais peut-être surtout dans la tête.

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L’usure mentale, voilà ce dont on parle. Depuis quelques semaines, le sujet préoccupe le petit monde du tennis. Il faut dire que c’est Novak Djokovic himself qui l’a amené sur la table. L’homme que l’on pensait inoxydable, la fameuse « machine serbe », a avoué traîner son spleen. « Depuis que j’ai gagné à Roland-Garros [début juin dernier], je ne me prends plus vraiment beaucoup de plaisir sur le court que ce soit en match ou à l’entraînement », disait-il début octobre après avoir passé un été pourri. Eliminé au troisième tour à Wimbledon, d’entrée aux JO de Rio, finaliste malheureux à l’US Open, Djoko s’est retrouvé au bord de la crise de nerf.

A l’écouter, Novak Djokovic est passé tout près du burn-out. Pas impossible après tout, c’est le genre de chose qui peut arriver à tout le monde. Mais sans aller jusqu’à cet état d’épuisement complet, le joueur de tennis est une espèce qui semble entretenir un terrain particulièrement favorable à la déflagration mentale.

« Beaucoup de paramètres influent sur le mental. Il y a la fatigue physique, déjà, avec la longueur et la répétition des matchs, ainsi que les déplacements. Mais au-delà de ça, la principale difficulté pour un joueur est qu’il ne peut se reposer sur personne, explique Pier Gauthier, coach mental au  cabinet Celions Coaching. Un joueur de tennis est une entreprise à lui tout seul. A part les 20 meilleurs mondiaux qui ont un staff, les autres se débrouillent seuls. Ils organisent leur calendrier, gèrent les hôtels, les avions. La charge mentale est permanente. »

Pour cet ancien joueur, qui a collaboré notamment avec Sébastien Grosjean ou Gaël Monfils, le jeu en lui-même est également énergivore. « En tennis, il faut une attention de tous les instants. Il y a les aspects techniques, la concentration, le visuel, la perception de l’adversaire, détaille-t-il. La remise en question est permanente, et tu es seul pour te poser ces questions et y répondre pendant un match. »

On avait dit pas la raquette.
On avait dit pas la raquette. - Andy Wong/AP/SIPA

Le problème apparaît quand cette charge devient plus lourde que le plaisir de jouer. Cela peut venir de l’accumulation de matchs, mêmes remportés (Cc Djoko), comme d’un enchaînement de résultats que l’on estime pas à la hauteur de l’investissement.

« On ne peut pas vouloir monter au sommet et baigner en même temps dans le bien-être, soulignait le psychologue du sport Makis Chamalidis dans un long format de France TV sur la dépression chez les sportifs. Rechercher l’équilibre et l’excellence sportive, ce n’est pas compatible : un sportif professionnel fonctionne sur un mode quasi-obsessionnel. »

Etre tennisman, c’est donc aussi savoir jongler entre tout ça. Depuis des années, Roger Federer n’hésite pas à aménager des pauses dans sa saison, quitte à risquer sa place à l’époque où il était numéro 1. Même Andy Murray s’y met. « Après la série de l’Asie, j’ai pris cinq jours sans rien faire. Après la Coupe Davis, j’ai eu huit jours de repos », racontait-il lundi dans les couloirs de Bercy. C’est un luxe que peuvent se permettre ceux qui ne jouent pas la viabilité de leur carrière sur le moindre tournoi.

« De ce point de vue, je suis un peu étonné par Djokovic. Il peut faire sauter un tournoi, son classement et compte en banque s’en remettront, reprend Pier Gauthier. Les autres ne le peuvent pas. Ils courent après les points et l’argent, c’est surtout là qu’il y a le danger d’en faire trop. »

Djoko et son nouveau gourou

Que le monde du tennis se rassure, Novak Djokovic va mieux. « Mentalement, il a fallu que je redéfinisse mes objectifs. J’ai pris du temps pour penser à toutes ces choses qui se produisaient sur le court et en dehors, pour chercher une nouvelle motivation, a-t-il expliqué à son arrivée à Paris, dimanche. C’est en place, les choses sont plus claires et vont dans la bonne direction, alors je me sens bien. »

Sûrement l’effet Pepe Imaz, une sorte de gourou qui a ouvert une académie pour « transmettre l’amour à travers le tennis » et dont le Serbe s’est récemment entiché, comme le rapporte le Daily Mail mardi. Pourquoi pas. Après tout, le mental est quelque chose de très personnel et chacun peut aller puiser des ressources là où il en a envie.