XV de France: Guy Novès viré mais adulé... Comment la vague de soutien est née au Québec

RUGBY Expatrié au Québec, un ancien élève de Guy Novès au collège de Pibrac, dans la banlieue toulousaine, a créé une page de soutien à l’ancien sélectionneur qui cartonne sur Facebook…

Nicolas Stival
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Guy Novès, alorssélectionneur du XV de France, à Marcoussis, le 14 mars 2017.
Guy Novès, alorssélectionneur du XV de France, à Marcoussis, le 14 mars 2017. — F. Mori / AP / Sipa
  • Créée avant même l’éviction officielle de Guy Novès, la page Facebook sert de réceptacle à la colère des fans de l’ancien entraîneur du Stade Toulousain et des Bleus.
  • Stéphane Tortorici avoue qu’il ne s’attendait pas à ce succès.

L’événement remonte au 27 décembre, mais il continue de faire des remous. Ce jour-là, le président de la FFR Bernard Laporte officialisait le remplacement de Guy Novès par Jacques Brunel à la tête du XV de France. Au-delà de la décision déjà pressentie depuis des jours, c’est la manière de procéder – dont l’accusation de « faute grave » - qui a choqué jusqu’à l’Assemblée nationale : même le député de La France Insoumise François Ruffin a pris la défense de l’entraîneur toulousain multi-titré, pourtant pas franchement catalogué à gauche.

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A plus de 5.000 km de Paris, Stéphane Tortorici avait lui aussi senti venir le coup. Dès le 22 décembre, ce pâtissier de 46 ans, installé à Montréal, avait lancé le groupe Facebook « Soutien à Guy Novès et son staff », en associant à sa démarche l’encadrement, dont les adjoints Yannick Bru et Jeff Dubois, également évincés. Un mois et demi plus tard, la page affiche plus de 12.000 « likes » et une vitalité étonnante encore plus marquée lors d’événements tels que le 64e anniversaire de Novès, lundi.

« Depuis le Québec, je ne pouvais pas faire grand-chose, alors j’ai lancé ce groupe, indique le quadragénaire, dont l’accent évoque toujours davantage le canal du Midi que le Saint-Laurent. Je ne pensais pas que ça allait marcher. A partir du 27 décembre, 1.000 personnes s’inscrivaient chaque jour ! »

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Loin des yeux, mais pas du cœur : Stéphane Tortorici est un ancien élève de Guy Novès au collège haut-garonnais de Pibrac, dans le courant des années 1980, lorsque le futur grand manitou du Stade Toulousain, toujours joueur, officiait dans cet établissement de la banlieue toulousaine comme prof de sports. « Il s’occupait aussi de l’équipe de rugby du collège [cinq fois championne de France scolaire] et nous a donné des valeurs. D’ailleurs, une centaine de ses ex-élèves se retrouvent sur la page. »

Mais les soutiens viennent de toute la France, et même de plus loin, des Etats-Unis ou de Madagascar. « Je dois faire le tri, car il y a des malades, des gars sexistes qui critiquent dès qu’une femme commente du rugby à la télé, s’emporte l’expatrié. Guy ne voudrait jamais ça ! »

Le Canadien d’adoption s’est donc entouré de trois administrateurs (dont deux administratrices) pour gérer les différentes publications (coups de colère, photos plus ou moins vintage, revue de presse) de personnes très remontées contre la politique de Laporte. « Certains m’ont même demandé s’il allait y avoir une manifestation de soutien », sourit Stéphane Tortorici.

Mais quand même avec sept victoires et un nul en 21 matchs, il n’était pas bien fameux, le bilan de Novès à la tête des Bleus, non ?

« Sur le Tournoi des VI Nations [2017], c’est honorable, avec une deuxième place ex aequo. On le juge sur des test-matchs face aux meilleures nations… De toute manière, on savait que Guy Novès et Laporte ne s’aimaient pas. Laporte a trouvé l’excuse pour le licencier. Sur le palmarès en club, il n’y a rien à dire. Jacques Brunel ne fera pas mieux, même si honnêtement je l’aime bien. Contre l’Irlande [défaite 13-15, samedi], il fallait presque espérer que les Bleus perdent, pour prouver que le problème n’était pas l’entraîneur. »

 

Même avec 100.000 fans, le succès de la page ne fera pas revenir Novès à la tête des Bleus. L’objectif est ailleurs, pour son fondateur : « On veut l’appuyer, on ne peut pas le laisser seul. » Au fait, a-t-il eu des retours de l’intéressé ? « Pas directement. Mais un ami est allé voir Guy chez lui à Pibrac. Il est très content et n’en revient pas de l’ampleur que cela prend. » Et encore, on ne lui a peut-être pas parlé de la pétition qui circule sur le Net contre son renvoi.