Manchester City-PSG: «J’ai essayé le suédois pour Zlatan, mais j’ai laissé tomber»
INTERVIEW•Anne-Laure Bonnet, la journaliste de terrain de BeIN Sport, nous raconte ses secrets pour parler environ 137 langues différentes à l’antenne…Propos recueillis par Julien Laloye
Mardi soir, quelque part au bord du terrain de l’Etihad Stadium, elle enchantera comme d’habitude l’avant-match de Manchester City-PSG diffusé sur beIN Sports avant de se ruer sur un des 22 acteurs à la mi-temps pour la petite interview digestive. Lequel ? Anne-Laure Bonnet s’en fiche, elle parle toutes les langues que le monde a pu imaginer. Enfin au mois cinq. Le portugais, l’espagnol, l’italien, l’anglais, et le français. Spoiler, le russe arrive dans pas très longtemps.
Bon, Anne-Laure, entre nous, ces cinq langues, c’est du bluff, non ? Vous maîtrisez juste le vocabulaire de base en foot ?
Non, non, je parle vraiment cinq langues ! L’allemand, je peux faire une interview basique d’un joueur, mais j’aurais plus de mal à tenir une conversation. C’est des pays dans lesquels j’ai vécu la plupart de temps. J’ai commencé par le Portugais parce que j’adorais Senna, et puis ça s’est enchaîné. Plus on en apprend, plus on a envie d’en connaître d’autres, et plus l’apprentissage est rapide.
aRapide comment ? Nous, on a toujours du mal avec l’anglais depuis le collège…
C’est un mécanisme. Regardez, l’Italien, j’ai commencé en suivant une formation de l’ANPE parce que j’étais au chômage après le Mondial 2006, et deux mois après, ça roulait. Là, je viens d’attaquer le russe, c’est joli le russe. Bon ce coup-ci, j’ai pris un prof, 1h30 par semaine. J’en suis déjà aux conjugaisons du passé, ça va vite.
Le russe, c’est plus facile que le Omar Da Fonseca ?
C’est vrai que c’est pas toujours facile le Da Fonseca (rires). Surtout quand il se met à parler très vite et qu’il essaie de franciser des mots espagnols dans la conversation. J’ai fait un mois avec lui lors de la Copa America, le pire, c’est qu’il est comme ça dans la vraie vie.
Pourquoi se donner du mal pour traduire les platitudes des joueurs de foot ?
Justement parce que dans ce travail, ça aide vraiment beaucoup. J’ai présenté une soirée de gala cet hiver à Dubaï. A un moment, je dois interviewer le président du Barça, et j’ai choisi de commencer par quelques mots en catalan. Je l’ai accroché comme ça, entre guillemets. A la fin de la cérémonie, il est venu me parler un peu, et ce n’est pas parce que je présentais une soirée en robe longue. Je ne dis pas qu’on se connaît désormais, mais je sais que ce sera plus facile si je dois lui demander une interview.
Du coup, les joueurs étrangers de L1 doivent adorer vous parler ?
Je dirais même qu’ils en jouent. Les étrangers du PSG qui me connaissaient après mon passage en Italie, ils m’ont parlé directement dans leur langue maternelle. Et après, c’est compliqué de les faire changer. Par exemple, j’ai toujours parlé à Lucas en brésilien, jusqu’au jour où j’ai compris qu’il parlait très bien français ! Il m’a dit « non, non, je préfère en brésilien, comme ça, je suis plus précis dans les mots », mais maintenant on le fait en français. Mais avec certains, c’est indispensable de parler leur langue. Vagner Love, à Monaco, si vous ne le faites pas en brésilien, il ne dira rien.
aZlatan, en suédois, il doit en dire des choses intéressantes. Ça ne vous tente pas ?
Alors là, je suis obligé d’être honnête. J’ai déjà demandé à une consœur suédoise qu’elle m’apprenne quelques phrases, mais dès qu’elles sont sorties de sa bouche, je me suis dit : « bon, on va laisser tomber le suédois ». Je crois que ça va au-delà de ce que je suis capable de faire. Mais je vais essayer d’apprendre un ou deux trucs pour lui dire au revoir d’ici la fin de saison !
Vous ne vous emmêlez jamais les pinceaux à l’antenne entre toutes ces langues ?
Des bugs ? Oh que oui. Je me souviens d’un match de la Juve où j’avais commencé mon interview de Buffon en espagnol. Là, il y a 5 secondes ou j’ai eu l’air d’une cruche, il a rigolé, puis je me suis dit « faut que t’enchaînes ! ». Il n’y a pas longtemps, j’ai fait David Luiz, et j’ai eu le malheur de me tromper sur la prononciation d’un mot. Il a arrêté l’interview en rigolant, on ne pouvait plus l’arrêter. « Attends, mais tu parles 75 langues, et là j’ai trouvé un mot en portugais que tu ne connais pas, laisse-moi rigoler ». Quoi d’autre ? Verratti, lui, il aime bien exagérer son gros accent de Pescara avec moi, mais j’ai l’habitude alors je ne me fais pas avoir.
Vous n’avez jamais angoissé devant un joueur parce que vous ne parlez pas sa langue ?
Pas angoissée, non, mais on perd quelque chose. Lewandowski, par exemple je ne peux pas le faire en polonais, pourtant c’est la langue dans laquelle il est le plus intéressant, c’est dommage. Grosicki, à Rennes, c’est pareil. Il parle mal anglais donc je ne peux jamais l’avoir en interview.
aLe polonais, c’est votre prochain challenge alors ?
Non, le prochain truc, c’est parler russe à l’antenne pendant l’Euro. Je serais fière de cet apprentissage. Je compte tous les soirs en russe pour être sûre que je n’oublie pas, c’est mon côté « rainman » (rires). Et puis il y a une Coupe du monde là-bas en 2018, il faut que je m’y mette.
Paganelli qui parle un charabia incompréhensible à Ibrahimovic, ça doit vous faire bondir ?
C’est Paganelli, il a le droit de tout faire. Je le vois faire des interviews bord-terrain depuis que je suis gamine, je n’aurais jamais la présomption de me mettre à sa hauteur. Lui, il apporte d’autres choses, c’est un ancien joueur, il est là depuis des années. Parfois je me dis qu’on devrait faire plus d’efforts linguistiques dans la profession, mais je ne pense pas du tout à Paga !
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