Promis, pour les footeux aussi, c’est le moment de passer le bac

FOOTBALL A partir de mercredi, les pensionnaires des centres de formation vont aussi passer les épreuves du bac…

Antoine Maes

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Romain Danzé, sorti du centre de formation du Stade Rennais, y a obtenu son bac.
Romain Danzé, sorti du centre de formation du Stade Rennais, y a obtenu son bac. — DAMIEN MEYER / AFP

D’habitude, leur quotidien, c’est plutôt passe décisive ou passe en profondeur. Mais à partir de mercredi, pour les footballeurs des centres de formation français, ce sera passe ton bac d’abord. Vous croyiez que les footeux bacheliers étaient aussi rares qu’une frappe cadrée lors d’un dimanche après-midi de Ligue 1 ? Alors 20 Minutes a demandé à Pierre Rochcongar, directeur des études du centre de formation du Stade Rennais, de tordre le cou à quelques idées reçues.

Les clubs sont là pour former des joueurs, pas des Prix Nobel, ils n’en ont rien à faire du bac

« Tous les jeunes sont scolarisés, en fonction de leur niveau. Ça fait partie du contrat : Jusqu’à au moins 18 ans ils ont l’obligation d’une scolarisation. Est-ce qu’on peut virer un très bon joueur qui décroche scolairement ? Il y a toujours eu un lien très fort entre le directeur du centre et la partie scolaire, on n’a jamais eu à gérer ça. Et puis un centre de formation qui n’aurait aucun résultat scolaire, de toute façon, il ne pourrait pas imaginer être dans les premiers au classement des centres de formation de France. Enfin, quand vous avez un directeur des études, un répétiteur et 19 professeurs que vous payez pour 25 élèves, vous voyez que ce n’est pas dérisoire ».

(Le barème de points rapportés par les études dans le classement des centres de formation

Les gamins sont beaucoup trop bêtes pour avoir le bac

« Selon les années, on tourne entre six et dix candidats. On en a en S, en ES, en bac pro… En termes de pourcentage de réussite, c’est variable : les mauvaises années, on tourne autour de 70 % ou 80 %, et les bonnes on est à 100 %. Et quand je vous dis que l’an passé on a eu un Bac S avec mention bien, c’est pas le bac pour traverser la rivière, c’est un vrai bac ! L’année dernière on a eu deux mentions, donc il faut qu’on arrête de dire que le footballeur ne sait pas parler. Je me souviens d‘un Mickaël Silvestre par exemple, qui a mené de paire des études à la fac avec une réussite au football indiscutable ».

(Manu, tu penseras à me rendre les annales du bac 2001 ?) AFP PHOTO PATRICK HERTZOG

Ils sont quand même dans de meilleures conditions pour le foot que pour les études

« Ils se mettent beaucoup de pression pour devenir pro. Mais le suivi scolaire est très individualisé. Il y a des classes qui ont deux ou trois élèves, donc c’est extrêmement important. Ils ont moins d’heures de cours, une vingtaine, que dans une scolarité classique. Mais comme ils sont beaucoup moins nombreux dans les classes, qu’ils sont encadrés par des répétiteurs, que quand ils sont en sélection les cours sont rattrapés par les profs, ceci équilibre cela ».

Les parents attendent plus la première paie que le diplôme

« On est dans la vraie vie, la société. Beaucoup de parents sont particulièrement attentifs, et ne nous auraient jamais confié leurs jeunes s’il n’y avait pas eu un projet scolaire qui tienne la route. On a une école, un établissement qui va permettre à votre fils de réaliser ses études comme s’il était dans un environnement classique. Quand par malheur il ne reste pas au centre jusqu’à la fin, pour santé ou sport, ils retournent dans le circuit scolaire classique sans aucun problème, ça aussi c’est important ».

(Romain Danzé fait moins de fautes d’orthographe que l’auteur de ces lignes)

Bon, ils finissent quand même par laisser tomber s’ils passent pro

« Il faut reconnaître qu’il y a un choix important : On ne mène pas deux professions en même temps. Quand on a 18 ou 19 ans, qu’on a le niveau footballistique, on s’engage avec un contrat et c’est beaucoup plus difficile de mener des études. Mais on arrive à adapter les choses. On a des discussions avec l’université. On fait en sorte que des jeunes réalisent en deux années ce que les autres font en une année. Après, une fois lancé dans le foot, la charge est telle que ça devient difficile. L’important c’est qu’un jeune qui rentre au centre de formation, quel que soit son niveau, sorte avec un bagage qui lui permette quoi qu’il arrive de se resituer dans la vie professionnelle en dehors du foot ».