Eurobasket: Blessures, repos, pressions... Les stars ne seront pas là (et le niveau pas top)

BASKET L'Eurobasket commence jeudi sans les trois quarts de ses stars...

William Pereira, avec Medhi Casaurang-Vergez

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Ni Gobert, ni Batum, ni Kanter, ni Teodosic ne seront présents à l'Eurobasket
Ni Gobert, ni Batum, ni Kanter, ni Teodosic ne seront présents à l'Eurobasket — SIPA (montage WP)

Imaginez la scène. On est samedi (pas vraiment mais imaginez, bon sang), et comme chaque week-end, vous vous levez d’humeur bougonne avant de filer à contrecœur faire des courses dans le supermarché du coin. Caddy en main, vous entrez d’un pas décidé, prêt à accomplir votre tâche… Et là, stupeur. Un seul employé pour 38 caisses, quatre tomates, trois pommes et plus un seul paquet de Pim’s à la framboise en rayon.

Sacré claque pour l’humain lambda, cette situation de pénurie n’impressionnerait guère le fan avisé de basket, exposé depuis plusieurs semaines à une inquiétante vague de forfaits avant l’Euro qui commence dans un jour. Les stars se désistent les unes après les autres et il se pourrait bien que le pivot Géorgien Zaza Pachulia (Golden State) vienne grossir une liste d’absents déjà bien redoutable. Attention, ça pique:

  • Nicolas Batum (Charlotte Hornets, France)
  • Rudy Gobert (Utah Jazz, France)
  • Mario Hezonja (Orlando Magic, Croatie)
  • Rudy Fernandez (Real Madrid, Espagne)
  • Sergio Llull (Real Madrid, Espagne)
  • Jan Vesely (Fenerbahçe, République Tchèque)
  • Enes Kanter (Oklahoma City Thunder, Turquie)
  • Giánnis Antetokoúnmpo (Milwaulkee Bucks, Grèce)
  • Vasílios Spanoúlis (Olympiakos, Grèce)
  • Danilo Gallinari (LA Clippers, Italie)
  • Milos Teodosic (LA Clippers, Serbie)
  • Nikola Jokic (Denver Nuggets, Serbie)
  • Nemanja Bjelica (Minnesota Timberwolves, Serbie)
  • Nikola Mirotic (Libre, Serbie)

A l’occasion du dernier rassemblement des Bleus à Nanterre avant de quitter la France pour terminer leur préparation, on leur a demandé leur avis sur cette cascade de forfaits. On distingue trois types de postures face à cette situation.

Le « je m’en fiche complet » de Nando de Colo : « Personnellement, c’est pas mon problème. Qu’il y ait des forfaits, nos ambitions c’est d’aller chercher une médaille donc ça ne change pas grand-chose pour nous. »

Le « c’est dommage mais en fait non » de Vincent Collet : « Ça affaiblit les adversaires, c’est positif pour nous. Si on est amoureux du basket c’est décevant. En amoureux du basket je préfère que tous les adversaires soient là. »

Le « je détourne l’attention sur les blessés » d’Evan Fournier : « C’est comme ça, c’est des blessures. C’est dommage pour la compétition. »

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Bien sûr, l’arrière des Magic n’a pas complètement tort, il y a des blessés. Beaucoup. Il y a même un forfait pour raisons politiques, à savoir le Turc Enes Kanter. Ce dernier a clamé publiquement à plusieurs reprises son hostilité envers Recep Tyipp Erdogan et est persona non grata dans son pays, l’un des quatre hôtes de l’Eurobasket.

Le futur de l’Eurobasket menacé ? Pour Boris Diaw, c’est non

Mais à côté de cela, il y a aussi des Nikola Jokic les Nicolas Batum, les Mirotic et compagnie, dont le forfait n’a rien de médical et nuit gravement à l’intérêt de cet Euro (au rabais) au profit de la nouvelle saison de NBA, grande priorité des joueurs mentionnés (combien de fois a-t-on lu pendant l’été « untel préfère se concentrer sur la NBA »). On parlerait bien de manque de respect pour la compétition continentale et on s’inquiéterait presque pour son avenir si Boris Diaw ne nous affirmait pas que tout allait bien.

« Je me souviens que sur d’autres compétitions, on a entendu ça aussi (que les forfaits nuisaient à la réputation du tournoi). Ça n’a jamais posé de problème. C’est vrai, certains joueurs décident de faire l’impasse, certains étés, mais ils sont là pour d’autres grands rendez-vous. »

Si l’Eurobasket n’est pas méprisé, pourquoi sont-ils si nombreux à n’être guère emballés par la perspective de jouer le tournoi ? Peut-on imaginer que les franchises de NBA foutent une pression monstre sur leurs joueurs afin de les dissuader de jouer la compétition la moins légitime à leurs yeux, par opposition aux JO ou à la Coupe du monde, plus prestigieux ? Boris Diaw, toujours.

« Ça dépend des franchises, certaines sont favorables. Ça leur plaît de nous voir en équipe de France, jouer et progresser face aux meilleurs joueurs du monde. On peut s’améliorer pendant l’été, devenir meilleur en participant à des matchs de qualité. Puis, il y a d’autres franchises qui y voient un risque de blessure, ça ne leur plaît pas trop. Mais de toute façon, ils ne peuvent pas les interdire (de jouer). La décision revient au joueur. »

JO + Euro, c’est peut-être un peu trop

En théorie, oui. En pratique c’est un peu différent. On a le droit de douter du libre-arbitre d’un Rudy Gobert après la signature d’un nouveau contrat à 102 millions de dollars sur quatre ans. A l’annonce de son forfait pour l’Eurobasket en mai, le pivot du Jazz d’Utah ne niait qu’à demi-mot l’influence de la franchise sur son choix.

« C’est moi qui prends la décision. Maintenant, ils ont fait un gros investissement sur moi en octobre dernier, ils ont décidé de faire de moi leur pièce centrale. L’année dernière, ils n’étaient pas chauds pour que j’aille aux JO. J’ai pris des risques, j’y suis allé quand même alors que je n’étais pas à 100 %, parce que l’équipe de France c’est hyper important pour moi. »

Les Jeux olympiques, parlons-en d’ailleurs. Ils précèdent d’un an l’Eurobasket (le prochain est programmé en 2021, soit un an après Tokyo 2020) et cela peut expliquer bien des choses. Les blessures, d’abord. Une saison complète, c’est lourd, surtout pour les joueurs évoluant en NBA dont l’intersaison se retrouve quasiment ruinée par les sommets en équipe nationale. La lassitude, ensuite. Enchaîner 24 mois sans avoir de réelle coupure, c’est exigeant mentalement. Bref, on ne peut pas complètement en vouloir à certains de vouloir souffler, même si à la fin c’est le spectateur qui y perd. On essayera de se contenter des miettes.