Aymeric Le Gall
L'essentiel
- Paul Seixas, à 20 ans, est devenu le plus jeune vainqueur du Tour de Lombardie en dominant tous les favoris dans les vingt derniers kilomètres, réalisant une performance déconcertante contre Remco Evenepoel, Isaac Del Toro, Giulio Ciccone et Tom Pidcock.
- Cette victoire sur un Monument fait suite à une grande déception aux Mondiaux de Montréal deux semaines plus tôt, où il avait terminé dixième.
- Cette victoire couronne une saison exceptionnelle pour le coureur de la Décathlon CMA CGM, marquée par des succès sur la Flèche Wallonne, le Tour du Pays Basque et une prometteuse quatrième place sur le Tour de France.
Paul Seixas dans la cour des (très) grands. Digne successeur de Thibaut Pinot, dernier vainqueur français du Tour de Lombardie, c’était en 2020, la nouvelle star du cyclisme tricolore est devenue à 20 ans et 16 jours le plus jeune vainqueur du dernier Monument de la saison, après avoir mis une pile à tous les favoris dans les vingt derniers kilomètres. Plus jeune coureur parmi les 174 au départ de cette 120e édition de la Classique des feuilles mortes, Seixas devient aussi le plus jeune vainqueur d’un Monument au XXIe siècle. Excusez du peu.
Toujours bien placé en tête du peloton, parmi les autres favoris proclamés de cette ultime grande course de l’exercice 2026, Seixas a profité de ses jambes qui le « faisaient rêver » pour envoyer un message au monde entier, déposant d’une traite les Remco Evenepoel, Isaac Del Toro, Giulio Ciccone ou Tom Pidcock avec une facilité déconcertante.
Seul dans la dernière montée de San Remo Della Battaglia, il a parachevé ce formidable succès en se retournant, comme pour prendre véritablement conscience qu’il n’avait plus personne dans le rétro. Et ce n’est que dans les 500 derniers mètres que le coureur de la Décathlon CMA CGM s’est autorisé à sourire, comprenant que le bal était bel et bien terminé et qu’il en était le roi incontesté.
« On dirait que c’est un rêve »
Croisé en zone d’interview après son sacre, le premier sur un Monument, le garçon recevait les compliments de son coéquipier et grand copain Nicolas Prodhomme, non sans une touche d’humour. « Bravo gamin ! Ah non, monsieur, maintenant, je n’ai plus le droit de t’appeler gamin ! », a-t-il plaisanté, confirmant la sensation qui nous traverse toutes et tous ce samedi, à savoir que le natif de Lyon venait définitivement d’entrer dans une nouvelle dimension, lui qui avait déjà terminé quatrième du Tour de France pour sa première participation.
« C’est fou, a-t-il déclaré après la course. Je ne réalise pas pour l’instant. Tout s’est parfaitement déroulé. Mes coéquipiers ont tous fait un peu plus que ce qu’ils devaient faire. J’avais des jambes incroyables. J’avais le sentiment qu’aujourd’hui était une journée exceptionnelle. J’ai réussi à faire la différence au moment où je le voulais, même un peu plus tôt. On dirait que c’est un rêve. »
Un rêve bâti, à l’image de ce que font les grands champions, et c’est d’ailleurs grâce à ça qu’on les différencie du commun des mortels, sur une immense déception deux semaines plus tôt à Montréal lors des Mondiaux de cyclisme, terminés à une triste 15e place. « C’est une honte ce que j’ai fait aujourd’hui, de cramper comme ça. C’est une erreur de gamin, je n’ai jamais crampé de ma vie sur le vélo. Je suis déçu pour moi mais c’est ce que je mérite. C’est de ma faute, je suis extrêmement déçu de ce que j’ai fait, avait-il pesté, se montrant extrêmement dur avec lui-même, là encore comme seul le sont les grands champions.
Pogacar sait à quoi s’attendre
« C’est une conclusion incroyable de cette saison magnifique. Après le Mondial, je ne pouvais pas annoncer que j’allais gagner mais je savais que j’étais dans la bataille pour la victoire, comme au Mondial. Des fois, il y a des erreurs qui sont faites et il faut apprendre de ça », a-t-il conclu samedi au micro d’Eurosport.
C’est donc sur le goût amer de la défaite et de l’échec que Seixas a construit sa réponse, brillante, violente, implacable, lui qui s’était bien repris en terminant deuxième du Grand Prix de Montréal et troisième du championnat du monde du contre-la-montre. Cette victoire de prestige, une de plus dans une saison déjà marqué par de jolis succès sur la Flèche Wallonne et sur le Tour du Pays Basque, sans parler de cette prometteuse quatrième place sur la Grande Boucle cet été, vient clore une année 2026 proprement hallucinante pour le futur grand champion de demain.
Grand absent de cette fin de saison après sa blessure sur la Vuelta, sûr que Tadej Pogacar, qui apprécie énormément le jeune français, a dû se régaler devant sa télé ce samedi. Il sait que la relève est déjà là et que la concurrence sera de plus en plus rude au fil des mois et des années avec un Paul Seixas qui ne se fixe aucune limite du haut de ses vingt printemps. Ce n’est que le début et on ne peut que s’en féliciter.