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Tour de France: On a rencontré les vrais coureurs maudits de la clavicule

Tour de France : Ne plaignez pas Tony Martin, on a rencontré les vrais coureurs maudits de la clavicule

CYCLISMELa blessure typique du cycliste s'acharne parfois sur certains...
Antoine Maes

Antoine Maes

Pauvre Tony Martin… Le Panzerwagen est rentré en Allemagne, vendredi, le maillot jaune soigneusement plié dans les bagages. Il tient son billet d’avion de la main droite, direction Hambourg. L’épaule gauche est en charpie, il a laissé sa clavicule sur le goudron havrais sur la 6e étape, et son moral avec. « Dans ce Tour, je suis passé par toutes sortes d’émotions. Maintenant, je suis vraiment triste », lâche-t-il.

« How a compound fracture of a collarbone looks like. Sry guys. Thnx to all of @Etixx_QuickStep Congrats @zdenekstybar pic.twitter.com/Aow11Szhvn — Tony Martin (@tonymartin85) 9 Juillet 2015 »

Ne vous laissez pas avoir : Les vrais héros de la clavicule ne sont même pas sur le Tour de France. Car la blessure typique du cycliste qui va trop souvent à terre a parfois des cibles récurrentes. Dans ce domaine, on a même un champion de France officieux. Il s’appelle Axel Domont, il a 25 ans et s’est déjà fracturé cinq fois à cet endroit. « Je ne m’en vante pas. A ma connaissance, je suis le seul à l’avoir fait aussi souvent. J’ai beaucoup d’appréhension avec la clavicule, parce qu’elle est fragile tout simplement. Elle ne se consolide pas comme il faudrait. Il m’en faut moins que certains pour la casser, c’est certain », sourit quand même ce professionnel chez AG2R.

J’ai beau être matinal, j’ai mal.

Pour lui, la dernière en date remonte à mars dernier, au GP du Samyn. « J’avais le malheur d’être bien physiquement et mentalement, je frottais à l’avant, et voilà, j’ai rien pu faire. Avec les meilleurs réflexes du monde, je ne pouvais rien faire », jure Axel Domont. Parce qu’évidemment, quand on s’est brisé cinq fois le même os à son âge, on est quand même obligé de se demander s’il ne le cherche pas quand même un peu. « C’est souvent la faute à pas de chance. Quand ça roule à 50 ou 60 km/h, qu’il y a 20 coureurs qui tombent devant toi… J’ai pas vraiment d’exemple où je descends à fond, où je prends un maximum de risque et où je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. C’est souvent pas de pot en fait. Chaussée glissante, on prend un peu de risque… Des fois on est trop gonflé ou on a un boyau qui est pas au top de l’adhérence ».

« Il n’y a pas de chute intelligente, mais celle-là était vraiment conne »

Puisqu’il faut quand même envisager limiter la casse à un moment, Axel Domont s’est décidé « à se poser les bonnes questions ». « J’ai des petits soucis de vue, maintenant je roule avec des lunettes à ma correction : Je vois la différence, de loin j’arrive à anticiper. Et puis j’ai des amis qui font du judo, je me suis demandé s’il ne fallait pas que j’y aille un peu l’hiver pour apprendre à enrouler un peu », sourit-il. Ce qui est certain, c’est qu’il ne fera plus jamais l’erreur commise sur sa première clavicule fracturée. « Il n’y a pas de chute intelligente, mais celle-là était vraiment conne. J’avais 14 ans, en démarrant à un feu rouge, je suis parti au sprint, j’ai déchaussé, je suis passé à l’avant du vélo ». On le salue avant de raccrocher le téléphone, et lui répond dans un sourire : « Bah pas de problème. Je dis pas avec plaisir mais… ». Mais qu’il se rassure, il y a encore pire que lui.

Un homme qui préférerait plus qu’on lui casse les bonbons plutôt que les clavicules.

Il s’appelle Grischa Janorschke, c’est un coureur allemand de 28 ans, qui dispute ces jours-ci le Tour d’Autriche avec l’équipe Continentale Vorarlberg. Palmarès ? Six fractures de la clavicule, trois fois de chaque côté. « Je ne me vois pas comme un recordman du monde. Je suis un cycliste professionnel. Mais je l’ai faite six fois, dont deux en six mois… Oui c’est trop ». Trop, mais pas assez pour qu’il range son vélo au fond de son garage et ne sollicite sa clavicule que pour se servir des bières en regardant la télé. « Les chutes font partie du cyclisme. Quand on me demande, je dis toujours que je ne sauterai jamais d’une voiture en marche, mais que tomber de mon vélo, c’est ok. »

« Cette fois c’est bon c’est la dernière »

Bon, nous, il y a longtemps qu’on aurait lâché l’affaire. Pas lui, et pourtant… « En 2012, je me casse la clavicule quatre semaines avant Paris-Roubaix. J’étais de retour sur le vélo trois jours après l’opération. Disputer la course, c’était ma victoire. Je suis devant à Aremberg, mon pneu avant explose, je me brise la clavicule. De mars 2012 à janvier de cette année, j’ai été opéré 13 fois. Et après chaque opération, je me disais « cette fois c’est bon c’est la dernière ». On a toujours l’espoir. Parce que ce n’est pas une question d’habileté sur le vélo, c’est une question de chance ou de malchance. Et la chance va revenir vers moi ». Pas trop vite, pas trop fort, et pas sur la clavicule, dans ce cas.