Quotas dans le football: Le problème des bi-nationaux?

FOOTBALL De nombreux joueurs formés en France choisissent une autre sélection...

Antoine Maes
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L'équipe d'Algérie, dans laquelle de nombreux joueurs ont été formés en France, en juin 2010, lors de la Coupe du monde, en Afrique du Sud
L'équipe d'Algérie, dans laquelle de nombreux joueurs ont été formés en France, en juin 2010, lors de la Coupe du monde, en Afrique du Sud — BACK Page Images/REX/SIPA

Pendant que les enquêtes de la FFF et du ministère des Sports avancent, la politique de formation française continue d’être décortiquée. Dans le verbatim publiée par Mediapart, François Blaquart, le DTN, expliquait que c’était aussi le problème des joueurs bi-nationaux qui ennuyait les formateurs: «On a 45% de joueurs dans les sélections qui ont la possibilité de nous quitter, on pense que c'est beaucoup.»

«Ça me parait un minimum par rapport à ce qu’on a fait à ces pays depuis des siècles»

Un grand nombre de joueurs formés en France partent en effet renforcer une sélection étrangère. «C’est un faux problème. Ce n’est pas grave du tout, et c’est même tout à l’honneur de la France. Depuis le temps qu’on pille le contient africain, c’est pas mal qu’on aide à la formation des joueurs d’origine africaine. Ça me parait un minimum par rapport à ce qu’on a fait à ces pays depuis des siècles», explique Claude Le Roy, qui a dirigé le Cameroun, le Congo le Sénégal et le Ghana et qui est en ce moment sélectionneur de la Syrie. De toute façon, les meilleurs finissent généralement la plupart du temps par choisir de jouer pour la France.

Et s’ils sont nombreux à renoncer aux Bleus, c’est généralement au terme d’un calcul simple: ils ont plus de chances de jouer ailleurs, à l’image de Sébastien Bassong (Cameroun), Ryad Boudebouz (Algérie) ou Ludovic Obraniak (Pologne), qui sont tous nés dans l’Hexagone et qui y ont fait leurs classes. «Moi j’ai grandi devant les Bleus de 98, j’aurais bien voulu jouer en équipe de France. Mais tu sens vite que c’est bouché, alors tu choisis le pays de tes parents, celui de tes origines», raconte le Lorientais Sigamary Diarra, international malien, né à Villepinte et formé en France (une sélection en U15). Le phénomène est récent et s’est amplifié depuis une nouvelle loi de la Fifa en 2009, qui permet à tout joueur vierge de sélection d’en changer.

«Une bonne carrière internationale, c’est possible, même en Afrique»

A tel point qu’aujourd’hui, les sélections africaines notamment sont redoutablement armées pour «recruter» les laisser-pour-compte. «Bien sûr que ça existe. Ceux qui diraient le contraire seraient des menteurs. Avant, ça n’existait pas du tout. Quand j’étais à Kinshasa et Accra, j’avais essayé de prendre le petit Balotelli, de récupérer Steve Mandanda, de prendre Arnold Mvuemba», raconte Claude Le Roy, qui a offert sa première sélection au Marseillais André Ayew avec le Ghana «alors qu’il aurait pu choisir la France», sourit l’ancien coach de Strasbourg.

Mais même instaurer des «filières de récupération» ne semble pas choquant. «Une bonne carrière internationale, c’est possible, même en Afrique. La différence de niveau entre les continents s’est rééquilibrée. C’est normal qu’au bout d’un moment, ça les embête à la fédération. Mais ça fait partie du foot», reprend Sigamary Diarra. Et il n'y a donc pas de raison que tout le monde y trouve son compte.