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Claude Onesta: «L'équipe de France est le trésor de notre handball»

Claude Onesta: «L'équipe de France est le trésor de notre handball»

HANDBALLAvant le début du championnat du monde en Suède, le sélectionneur de l'équipe de France se confie à 20minutes.fr...
Propos recueillis par Alexandre Pedro

Propos recueillis par Alexandre Pedro

Depuis dix ans, Claude Onesta guide les Bleus de sa voix caverneuse. Avec la génération des Karabatic et Omeyer, le Toulousain a tout gagné et est devenu le sélectionneur le plus titré du sport français. De sa gestion des remplaçants, aux relations entre jeunes et anciens en passant par le rôle de père fouettard qu’il aime se donner, Claude Onesta livre sa façon de voir son métier de sélectionneur.

Est-ce vous avez passé des nuits difficiles pour trouver des solutions pour palier aux absences de Daniel Narcisse et Guillaume Gille? Allez-vous pouvoir utiliser Jérôme Fernandez à droite comme lors des dernières compétitions?

Cela ne m’empêche pas de dormir. L’absence des joueurs, je la prends comme une fatalité. J’essaye surtout de trouver la meilleure formule avec les gens dont on dispose. Jérôme Fernandez a souvent été utilisé au poste d’arrière droit par défaut, car on ne dispose de joueur de haut niveau à ce poste. A gauche, nous étions parés avec Nikola Karabatic et Daniel Narcisse et je n’allais pas me priver d’un garçon comme Fernandez. L’éclosion d’un Xavier Barachet au poste d’arrière droit change la donne et peut lui permettre d’avoir un temps de jeu plus conséquent.

Vous lui avez souvent reproché de ne pas assez prendre sa chance sur les tirs de loin. A-t-il progressé dans ce domaine?

Je trouve son évolution intéressante avec Chambéry, il a compris ce que c’était essentiel pour sa carrière de prendre enfin ses responsabilités. C’était déjà un bon défenseur, un bon joueur de continuité par sa qualité de passe. Il faut qu’il devienne une menace pour les défenses adverses par son tir.

Avec Xavier Barachet et d’autres remplaçants, vous n’avez parfois pas mâché vos mots. Est-ce une stratégie délibérée ou des accès de colère incontrôlés?

Lors des réunions avec les joueurs, c’est toujours réfléchi. Le remplaçant doit jouer son rôle de remplaçant. Quand il perd de vue ce rôle, qu’il n’est pas efficace parce qu’il revendique un autre rôle, là je peux devenir virulent. Je le vis alors comme une trahison du projet. Je ne lui demande pas de devenir un mauvais concurrent au numéro un, mais d’être un très bon numéro deux. Ce n’est pas du tout pareil. Il peut être traumatisé, mais je me dis qu’il vaut mieux un traumatisme venant de l’entraîneur, qu’un traumatisme venant de ses partenaires. Par mon intervention, je le protège des autres. Si le joueur entre dans sa chambre en disant «il me fait chier ce con de vieux», ce n’est pas grave. On n’est pas là pour s’aimer, mais pour se respecter.

«Je joue le rôle du pénible, celui qui tape derrière la tête du petit dernier»

Faut-il donc un minimum de conflits dans un groupe pour éviter qu’il ne s’endorme?

Il existe des entraîneurs qui construisent leur gestion sur le conflit, qui vont les inventer même. Ce n’est pas mon truc. Un joueur ne doit qu’une chose à son groupe: sa performance. Tout le reste, ces conneries d’amitié… Il n’y a rien qui résiste à l’échec. S’il a l’impression que son coéquipier l’a trahi par ses performances, ce n’est pas l’amitié qui va vous sauver. On n’est pas dans une cour de recréation, on est dans un domaine où les carrières sont courtes et où le joueur va vouloir rentabiliser ses quelques années au plus haut niveau. On n’est pas dans le conflit mais dans le respect des objectifs fixés. Chacun a sa mission. Après s’il y a résultat à l’arrivée, la répartition des récompenses sera équitable. Le type qui n’aura pas mis les pieds sur le parquet aura autant que celui qui aura mis huit buts en finale. Ce n’est pas le cas par exemple dans le monde de l’entreprise.

Le risque pour un groupe qui gagne tout comme le vôtre, n’est-il pas de se refermer sur lui-même? La grande Suède – qui raflait tout dans les années 90 – a connu ce scénario après 2001.

Le risque peut venir de notre niveau de performances. On sera moins précis, nos adversaires finiront par mieux jouer que nous, au lieu de s’imposer d’un but et bien on perdra d’un but. Je pense qu’on prend bien en charge les jeunes, un peu comme dans un système de compagnonnages. Regardez-les vivre. Les cadres s’occupent bien des petits nouveaux. Moi, je joue le rôle du pénible, celui qui tape derrière la tête du petit dernier. C’est un bon rôle (rires). Les joueurs ont conscience que l’équipe de France est le trésor de notre handball, que ce trésor doit être préservé et que l’on doit préparer la relève pour que les résultats perdurent.

Qu’avez-vous retenu de votre journée passée avec l’équipe de France de foot à Tignes avant la Coupe du monde?

J’ai vu des comportements normaux, pas détestables. Bien au contraire. Le problème, et je me répète, mais c’est que rien ne résiste à l’échec. Je ne suis pas d’accord quand les gens disent que c’était couru d’avance. Cette équipe pouvait réussir, mais de façon mesurée. On a sans doute trop attendu d’elle. Tout le monde a raconté une histoire qui ne pouvait pas arriver. C’est l’explosion d’un groupe positionné dans un contexte ambigu, celui d’une équipe de France qu’on voulait voir championne du monde.