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« Je n’échangerais pas ma carrière contre une médaille aux JO », dit Worley

Ski alpin : « Je n’échangerais pas ma carrière contre une médaille olympique », Tessa Worley a pansé ses plaies

INTERVIEWTessa Worley aborde la nouvelle saison avec enthousiasme et vise les Mondiaux de Courchevel-Méribel, début 2023
William Pereira

Propos recueillis par William Pereira

L'essentiel

  • Tessa Worley repart pour une saison supplémentaire, avec un petit globe de cristal du slalom géant à défendre. Ca commence ce week-end, à Sölden.
  • La Française s’est remise de ses émotions après son échec aux JO 2022, les derniers de sa carrière.
  • Elle dit n’avoir aucun regret et se focalise sur les championnats du monde de Méribel, au mois de février 2023.

Le sort devait bien ça à Tessa Worley. Un mois après son ultime déroute olympique, la Française décrochait, en mars dernier à Méribel, son deuxième petit globe en slalom géant, combinaison d’une dernière manche de folie et d’un raté monumental de Michaela Shiffrin. Heureux dénouement qui a permis à la skieuse expérimentée de passer un été tranquille, sans même une once de regrets par rapport aux JO. A 33 ans et à la veille du coup d’envoi de la nouvelle saison à Sölden, elle entend prendre du plaisir à dévaler des pentes, continuer de gagner en Géant et, pourquoi pas, enfin réussir une manche parfaite en Super-G. Le tout, avec un seul et unique objectif : briller aux championnats du monde de ski alpin… à Courchevel-Méribel. Chaussez vos skis, c’est parti.

Comment vous sentez-vous avant cette nouvelle saison ?

L’été a été calme mais studieux. J’apprécie de plus en plus le côté intense pendant les mois d’hiver et qui se calme fortement pendant l’été, où j’ai besoin de récupérer de cette effervescence. J’ai apprécié de travailler dans la sérénité. On a fait du bon boulot, je me sens prête à affronter l’hiver. Je suis heureuse de relancer une saison.

C’est le petit globe qui vous rend enthousiaste ?

Quand on sort d’une saison réussie, ça donne forcément de bons espoirs pour l’année d’après, même si de longs moins se sont écoulés entre les deux, et qu’on ne sait pas trop où on se situe après une préparation. On n’a pas encore trop pu se confronter aux autres. C’est la spécificité de Sölden, la première course. C’est la vraie première confrontation. Mais c’est sûr que terminer la saison sur une excellente note comme à Méribel, c’était génial et ça m’a permis de passer un meilleur été.

D’autant plus qu’il a fallu se remobiliser derrière les JO, que vous avez qualifiés vous-même de déception. Comment on fait pour se remobiliser aussi vite et aller claquer une dernière manche comme à Méribel ?

Ce que je retiens de ma saison dernière, c’est la chose la plus récente, donc les bonnes manches, les réussites. Les Jeux font bien évidemment partie de cette saison, mais j’en retiens plus de positif qu’un sentiment d’échec. Par rapport aux Jeux, je pense que j’ai accepté de vivre la déception, de me dire que c’était mes derniers et que du coup, je ne pourrai plus jamais prétendre à ce rêve. J’ai fait un petit deuil de cet objectif.

Mon staff, mon entourage, tous ont été super. Eux aussi ont été touchés, c’était un objectif de groupe. Mais ils se sont aussi tout de suite remobilisés, ils ont été super dans le discours, ils m’ont motivée. Tous ces gens qui ont une confiance encore plus forte que la confiance que j’ai en moi-même m’ont aidé.


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Qu’est-ce qu’ils vous ont dit ?

Ce que des compétiteurs ont besoin d’entendre dans ces moments. Que je suis capable de gagner des courses, de faire des grandes manches, que je n’ai pas de regrets à avoir. C’est aussi ce qui m’a aidé : me dire qu’il n’y a pas de regrets par rapport aux Jeux. Je me suis préparée comme j’avais envie, je suis arrivé sur ma course dans l’état dans lequel j’avais prévu d’être. Ça n’a tout simplement pas fonctionné, c’est le sport, je l’ai accepté.

C’est aussi quelque chose qui ne définit pas forcément votre carrière. Il y a des champions ou médaillés olympiques très peu en vue sur des coupes du monde ou championnats du monde pendant toute une carrière, vous, c’est plutôt l’inverse, finalement.

Tout à fait. La longévité est une des fiertés que j’ai vis-à-vis de ma carrière, l’adaptation, aussi, au fil du temps. De continuer à être présente au plus haut niveau aujourd’hui. Gagner, c’est génial mais ce qui est encore plus fort, c’est de réitérer. C’est une chose qui m’anime, de continuer à avoir toujours les mêmes objectifs malgré le temps qui passe.

« Chaque carrière est différente, chaque parcours est différent. Le mien ne sera pas marqué par des médailles olympiques mais ma fierté personnelle n’en sort pas diminuée. Je sais ce que je vaux, c’est important. »

Vous échangeriez cette carrière contre un titre olympique ?

Non. Sans hésitation. Le jour J, c’est un jour, une émotion. Moi, j’aime la sensation de construction, de régularité dans la victoire. Ce qui me fait avancer, c’est la remise en question malgré la victoire. Comment je peux faire pour skier plus vite ? Comment je peux rester parmi les meilleures ? Ce genre de choses.

Rester parmi les meilleures, voire faire un doublé sur le petit globe du Géant ?

(Rires) Déjà, je veux vivre la pression et l’intensité des courses avec plaisir. C’est ce qui m’a réussi l’an passé. Vivre l’enjeu avec plaisir et ne pas le subir. Etre capable de jouer les victoires. Sur le Géant, ça se joue sur deux manches, donc on sait qu’en restant au contact dans la première, tout est possible sur la seconde. C’est agréable.

Mais j’ai aussi une seconde discipline qui me donne très envie de progresser, où j’étais au pied du podium en fin de saison en Super-G. J’ai envie de continuer à voir jusqu’où je peux progresser. Je ne suis vraiment pas loin, mais je n’ai pas fait de manche totalement aboutie dans ma carrière. J’ai envie de voir ce que ça peut donner quand je réussis pleinement une course en Super-G.

Et il y a les championnats du monde à domicile.

Bien entendu ! Au-delà de l’aspect sportif, il y a l’optique d’être en France et partager ça avec le public qui me motive beaucoup. C’est quelque chose d’unique, qu’on ne peut pas faire ailleurs. C’est l’année des championnats du monde en France sur une année où je suis capable d’être performante. A moi de tout mettre en place jusqu’à février pour saisir ma chance.

Ça peut être pas mal pour confirmer le nouvel élan de l’alpin français…

Oui. Les équipes hommes sont ultra-fortes et bien ancrées dans la hiérarchie, et même si pour les femmes, c’est un peu plus dur, on sent que quelque chose arrive. On est sur la bonne voie. Je suis optimiste pour les années à venir. Sur la fin de saison dernière, toutes les filles ont fait leur meilleur résultat.


Tessa Worley, à Lenzerheide, le 6 mars 2022.
Tessa Worley, à Lenzerheide, le 6 mars 2022.  - Alessandro Trovati/AP/SIPA

Vous êtes en mode leader par rapport à cette jeunesse qui pointe le bout de son nez ?

J’aime beaucoup partager, donc je suis content de pouvoir apporter mon expérience si les filles en ont besoin. Mais je ne suis pas du genre à m’imposer. Ça se fait très naturellement. Mais j’ai l’habitude, presque par défaut, parce qu’il y avait moins de filles, il y a eu des saisons moins bonnes… Ça s’était presque imposé à moi par le passé mais le vrai rôle de leader, c’est d’échanger, de donner et de prendre aux autres, aussi ! S’entraîner avec des jeunes qui font des choses que je ne fais pas encore, c’est enrichissant.

Par exemple ?

Techniquement, il y a des évolutions. Des filles arrivent avec des petites qualités que j’ai besoin de développer. D’où l’importance de la vie de groupe et de ne prendre personne de haut. De toute façon, un leader, ce n’est pas ça, surtout pas dans un sport où, course après course, tout est remis en question. Ça finit par rendre humble.