Marion Rolland: «Il ne fait pas bon s'appeler Marion Rolland»

VANCOUVER2010 La Française, brocardée sur le Web depuis sa chute, vit mal cette soudaine notoriété...

Propos recueillis par Romain Scotto
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Marion Rolland, victime d'un buzz médiatique après sa chute lors de la descente des Jeux de Vancouver, le 17 février 2010
Marion Rolland, victime d'un buzz médiatique après sa chute lors de la descente des Jeux de Vancouver, le 17 février 2010 — REUTERS/Laszlo Balogh
De notre envoyé spécial à Whistler,

La vidéo de sa chute tourne en boucle sur tous les sites de streaming

depuis trois jours. Marion Rolland est, pour beaucoup, la skieuse qui n’a tenu que trois secondes sur la piste de descente des JO. Sauf que la skieuse des Deux-Alpes s’est rompue les ligaments croisés du genou gauche et goûte très peu à ce buzz. Avant de passer sa dernière nuit au village olympique, à Whistler, et d’être rapatriée en France, elle a accepté tout de même de répondre à 20minutes.fr…

Comment allez-vous, moralement, Marion?
Un peu mieux. Maintenant, je digère ce qu’il m’est arrivé. Je suis surtout frustrée de ne pas avoir pu défendre mes chances sur cette descente. Je fais mon meilleur début de saison, je n’ai pas volé ma place aux Jeux et je sais que j’aurais pu faire quelque chose. Même si avec des si… Maintenant, je vais être rapatriée en France samedi et j’arriverai à Lyon dimanche pour y rencontrer le professeur Chambat. Je devrai sûrement me faire opérer. Il faut déterminer la date.

Depuis la chute, qu’avez-vous fait? Vous arrivez encore à marcher…

Je peux marcher parce que mon genou n’a pas trop gonflé. La rupture est assez nette, mais le genou n’est pas traumatisé. J’ai la chance d’avoir ma marraine avec moi. Elle habite Shanghai et elle a fait le déplacement pour les Jeux. J’ai passé une journée avec elle et ça fait du bien d’être avec un proche qui vous aime. Du coup, j’ai pu faire un peu de shopping.

Si vous êtes allée sur le Net, vous avez dû voir les moqueries que vous subissez. Cela vous a blessé?
Je n’ai pas trop regardé… On ne peut pas passer à côté, mais c’est très blessant. Quand j’entends que certains pensent que j’ai fait semblant de me blesser… Eh ben non, moi le ski, c’est mon métier et là je pars pour un arrêt de travail de six mois. C’est long, c’est la galère. Tous ces gens là, je ne sais pas quoi leur dire. La France, c’est "liberté, égalité, fraternité". Et bien, on ne dirait pas.

Vous voulez dire qu’on ne respecte pas vos droits?

L’article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme dit bien: "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité" (sic!). Là je ne sais pas où est la fraternité. Mais tous mes proches me disent de ne pas écouter, de ne pas lire les messages. Moi je suis à 20.000 km de la France et je vois le bruit que ça fait. Alors je n'imagine pas là-bas. Eux, ça doit les toucher énormément.

Que vous ont conseillé vos coachs? De rester dans une bulle?
Ils m’ont dit de passer à côté de ça. Et c’est ce que j’ai fait. Je retiens plus les messages de soutien. Il y en a énormément aussi. C’est là qu’on voit qui sont ses proches.

Mais vous comprenez qu’on puisse se moquer de vous dans ces moments-là?
Oui, parce qu’en France, on est comme ça. On casse tout de suite sans attendre d’explication. Les gens qui critiquent ne connaissent rien, c’est dommage.

Vos entraîneurs disent que vous vous servirez de ces moqueries pour rebondir et prouver que vous êtes une grande skieuse…
J’espère bien. C’est aussi tout un état d’esprit à avoir. Je suis une battante, mais là je suis attristée de voir que les gens sont comme ça. En ce moment, il ne fait vraiment pas bon s’appeler Marion Rolland.