Jean-Jacques Eydelie: «Tapie et Bernes vont devoir s'expliquer»

INTERVIEW L'ancien joueur de l'OM demande réparation à ses anciens dirigeants et aux instances du football...

Propos recueillis par Romain Scotto

— 

L'ex-footballeur Jean-Jacques Eydelie, auteur du livre «Sale temps pour le foot» (Ed. Denoël), en mai 2009.
L'ex-footballeur Jean-Jacques Eydelie, auteur du livre «Sale temps pour le foot» (Ed. Denoël), en mai 2009. — F.Ferville

L’affaire remonte à plus de quinze ans, mais Jean-Jacques Eydelie n’entend pas tourner la page. L’ex-joueur de l’OM, qui a servi d’intermédiaire un soir de mai 1993 avant un match contre Valenciennes, assume ses erreurs. Comme il l'explique dans son nouveau livre, «Sale temps pour le foot» (Ed. Denoël), il envisage d’attaquer en justice ses anciens employeurs, ainsi que les instances nationales et internationales du football qu’il estime responsables de sa disgrâce. De retour du Mali où il compte travailler dans des académies de football, c'est un ex-joueur souriant et aussi bronzé qu’un surfeur hawaïen qui répond à 20minutes.fr.

On sent encore en vous beaucoup de rancoeur vis-à-vis du monde du football. C’est ce qui vous pousse à écrire un livre?

Ce n’est pas de la rancoeur. Aujourd’hui, j’ai juste envie de demander réparation. Cela va me permettre de clore toute cette histoire. On a bafoué mes droits d’homme. On m’a mis en prison et je voudrais savoir pourquoi. On m’a suspendu avant d’être jugé et je voudrais savoir pourquoi. L’UEFA et la Fifa m’ont suspendu comme ça, alors que je pouvais signer à Naples, à Boca Junior. Comment ces instances ont pu se permettre d’étendre ma suspension sans m’entendre. Je n’avais aucune possibilité d’exercer mon métier, dans l’année de mes 27 ans. J’ai été radié. S’ils avaient pu m’envoyer sur la lune, ils l’auraient fait. Cette sanction n’est pas respectable.

Vous allez donc porter plainte?

Je vais le faire. Contre Tapie, Bernès, la Ligue, la Fédération, l’UEFA et la Fifa. Je veux que tous, séparément, s’expliquent. C’est à l’étude avec mon avocat. Je vais réclamer des sous. Et je suis sûr de gagner. Même si ça met dix ans, quinze ans. Moi je veux juste entendre ces gens là. Il y a aussi un document sur lequel Bernès et Tapie vont devoir s’expliquer. J’avais un contrat, signé par eux, qui a servi à me subordonner. A me faire fermer ma gueule. Je devais me réengager à l’OM pour cinq ans. Mais ce contrat a servi à me tenir au chaud, pour pas que je dise la vérité. J’ai été jusqu’à mentir dans un tribunal pour Tapie parce que j’ai toujours cru qu’il allait tenir sa parole.

A cette époque, vous craigniez qu’on s’en prenne à vous?

Ils auraient pu aller très loin. Jusqu’au moment où je leur ai dit que je n’avais pas peur et que s’ils devaient faire quelque chose, qu’ils ne me loupent pas. On est arrivé à un rapport de force tel, que moi, petit joueur de football, je devais affronter des voyous.

Comment expliquer que quelques années plus tard, vous touchez le RMI?


A Marseille, j’avais anticipé le futur fiscalement. J’ai fait des investissements importants dans les Dom Tom. Des bateaux et des appartements. C’était la grande mode. Mais du jour au lendemain, je me suis retrouvé sans pouvoir payer les traites, sans revenu pour assumer 4 millions de francs de l’époque. Et là, quand vous dites aux banques que vous n’avez plus de revenus pour payer... Je me suis retrouvé dans une situation où je ne pouvais plus subvenir à mes besoins. Dans un camping à côté de Royan. Sans rien. Aujourd’hui nous sommes sept à la maison (ndlr, à Limoges). On n’arrive pas à finir les mois. Pour un footballeur qui gagnait 30.000 euros à l’époque! J’ai aussi eu un passage très difficile où j’ai fait mal à mon corps. J’étais en danger mais mes proches m’ont aidé.

Dans le foot, certains vous ont soutenu?


Tout le monde du football m’a lâché. Mes coéquipiers m’ont tourné le dos. Parce que parler, ça ne se fait pas. Ils étaient tous du côté de Tapie. Il y a Deschamps, mais tous les autres aussi. Il n’y a qu’Eric Di Meco qui m’a appelé l’autre jour pour que je le soutienne: il veut récupérer le titre de 1993. Depuis quinze ans, c’est le seul coup de téléphone.

Qu’est ce que vous regrettez?

J’aurais préféré ne pas être champion d’Europe et ne pas tomber dans ces histoires. Je regrette de ne pas avoir dit non tout de suite. Je m’en veux. Mais à l’époque, je disais amen à tout. Je suis issu d’un milieu ouvrier où on écoute son patron et c’est tout. J’ai été éduqué comme ça.

Vous ne préférez pas vous faire oublier plutôt que de reparler de cette affaire?


Mais je ne veux pas que ça s’arrête. Après mûre réflexion, c’est moi qui veux qu’on en parle. Je veux protéger le football si c’est encore possible. Dénoncer tous ces magouilleurs. Ces gens qui sont là pour se gaver. Je ne sais pas qui de Tapie ou Bernes a appris à l’autre à truquer des matchs, mais pour moi, les deux sont dans le même sac.

Que comptez-vous faire dans les années à venir?


Je vais travailler avec Jean-Marc Guillou (ancien joueur ayant ouvert des centres de formation en Afrique, NDLR). C’est moi qui l’ai sollicité en octobre dernier et je suis tombé sur la personne qu’il fallait. Il a un vrai sens social. Il est unique ce mec-là. Je vais retourner en Afrique pour parfaire ma formation. Il faut que je maîtrise la gestion des centres. On va former les futures générations de footballeurs. En Chine, en Afrique du Sud. Jusque là toutes les portes étaient fermées. Mais là, je crois que c’est parti pour de longues, longues années.