PSG-Strasbourg: Bahoken debout, Neymar à genoux, cette photo raconte bien plus qu’un duel d’attaquants

FOOTBALL Une image montrant Bahoken debout devant Neymar à genoux, prise lors du PSG-Strasbourg samedi, a beaucoup fait parler depuis sa diffusion sur Twitter...

Alexia Ighirri et Bruno Poussard
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La fameuse photo de Neymar et Stéphane Bahoken, aux côtés de Jonas Martin réalisée au parc des princes par le photographe indépendant de Culture PSG, François Denat, depuis le bord du terrain.
La fameuse photo de Neymar et Stéphane Bahoken, aux côtés de Jonas Martin réalisée au parc des princes par le photographe indépendant de Culture PSG, François Denat, depuis le bord du terrain. — François Denat / @francoisdenat / Culture PSG.
  • Une photographie montrant le Strasbourgeois Bahoken debout devant le Parisien Neymar à genoux a fait parler d'elle, lorsque l'attaquant alsacien l'a diffusé sur ses réseaux sociaux.
  • L'histoire de ce cliché, pris lors du PSG-Strasbourg samedi, va bien au-delà du rapport de domination sur lequel certains se sont focalisés.

A gauche sur l’image, le Strasbourgeois Stéphane Bahoken debout sur la pelouse du Parc des Princes. Il fixe le Parisien Neymar, à genoux à quelques mètres en face de lui. Impossible de voir le regard échangé par le Brésilien, de dos sur la photographie, lors du match PSG-Strasbourg samedi dernier au Parc des Princes.

Mardi matin, l’attaquant strasbourgeois diffuse cette photo, signée François Denat, sur son compte Instagram et en fait sa nouvelle photo de profil sur Twitter. Trois jours plus tard, le cliché a été liké plus de 50.000 fois et retweeté 28.000 fois. Cette avalanche de notifications a été accompagnée de diverses réactions. Dont des commentaires reprochant au joueur de se moquer de Neymar. L’attaquant alsacien décide alors de poster un court message pour calmer les choses.

« Je l’ai trouvée belle »

Croisé à l’entraînement avant la réception de Montpellier vendredi au stade de la Meinau (20h45), Stéphane Bahoken raconte avoir pris connaissance de la photo grâce à « un supporter strasbourgeois qui m’a marqué dessus. Je l’ai trouvée belle et je l’ai mise tout simplement. »

La beauté de voir la superstar brésilienne agenouillée face à soi ? L’attaquant alsacien a vu autre chose qu’un rapport de domination dans la photo : « Ce que je trouve beau, c’est qu’il y a encore deux ans j’étais en National et je le regardais jouer à Barcelone. Et voilà que je suis là devant lui au Parc des Princes. Je trouvais qu’il y avait une belle symbolique. Il n’y avait aucune pique, rien, juste que personnellement parlant, j’avais parcouru du chemin pour en arriver là ».

« J’ai vu deux, trois, commentaires de supporters parisiens qui pensaient que je moquais Neymar. Je leur ai dit qu’au contraire c’était un honneur de jouer contre peut-être le futur Ballon d’or. Mais il faut aussi comprendre que dans le foot c’est pas méchant de mettre une photo comme ça. »

 

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Cette saison, celui qui redécouvre la Ligue 1 - après y avoir rapidement goûté plus jeune avec Nice - le fait davantage dans un rôle de remplaçant avec Strasbourg. Ce qui ne l’a pas empêché de marquer deux fois contre le PSG : le but de la victoire au match aller ; et au Parc samedi. « Le but de la victoire ici, ça compte double parce qu’on avait réussi à renverser le grand PSG, commente l’attaquant. Mais marquer au Parc des Princes, c’est une chose pas facile, donc forcément c’est un très bon souvenir. Mais je ne me focalise pas forcément que sur ces deux buts-là. Les autres aussi sont importants. »

« Ce n’est pas la première fois que Neymar fixe le joueur en cause »

Finalement, Stéphane Bahoken aurait pu choisir une photo de son but. « Ça aurait été pire, sourit-il. Cette photo, c’est quand je fais faute sur lui. Il m’a regardé avec un air énervé. » Ce que le photographe François Denat confirme :

« Au stade, je m’étais déjà rendu compte que Neymar, après un tampon, avait tendance à regarder fixement le joueur en cause, plutôt que d’aller se plaindre. Samedi, au bout d’un énième gros contact sur lui en deuxième mi-temps, je l’ai vu s’arrêter au moment de se relever. Il avait le regarde figé sur Stéphane Bahoken. »

Depuis le bord de pelouse, le photographe et journaliste indépendant suiveur du PSG n’a pas remarqué sur l’instant la puissance de l’image. C’est en dérushant son gros millier de clichés qu’il l’a trouvée « assez parlante ». Comme il en a parfois l’habitude, il l’a donc postée sur son Twitter. « Mais je ne pensais pas qu’elle serait reprise de cette manière », insiste François Denat.

Après l’avoir publiée - « pour le symbole » - accompagnée d’un commentaire au second degré, le jeune freelance a vu les événements s’enchaîner drôlement : une reprise (sans le crédit) par un fan du Racing, des retours de supporters parisiens indignés de voir diffusée une photo de Neymar dans cette position, et puis l’utilisation, enfin, de l’image par le joueur strasbourgeois.

Quand la photo échappe au photographe

Tout ça sans toucher un centime, jusqu’à ce que L’Equipe lui achète finalement. Mais ce qui énerve le photographe, ce sont d’abord les recadrages de son image pour enlever le crédit. « J’essaye de gagner ma vie, insiste François Denat, écœuré. Je demande juste que mon travail soit respecté. C’est crucial pour nous d’être au moins cités quand les joueurs nous reprennent. »

À l’inverse des Parisiens Angel Di Maria et Giovani Lo Celsa par le passé, Stéphane Bahoken a, lui, répondu, dans l’heure et en direct, à l’interpellation de l’auteur du cliché : « Sur son tweet et sur son Instagram, il a respectivement laissé mon nom et le crédit en intégralité. Il m’a remercié, mais il n’a pas forcément pris conscience que je n’ai pas touché d’argent pour cette photo, malgré les heures et l’argent engagés… »

Auprès des joueurs ou des supporters présents sur les réseaux sociaux, François Denat aimerait bien raconter sa situation précaire, et leur faire comprendre que les questions de droits sont importantes. Mais à terme, il « adorerait » vendre ses images directement aux footballeurs. Il conclut : « Les réseaux sociaux, ça fait partie de leur carrière. Le problème, c’est qu’aujourd’hui ça se fait aux dépens de gens comme moi. »