VIDEO. Euro féminin: Sept raisons qui nous font penser que cette fois, les Bleues ne vont pas se louper

FOOTBALL Parce qu’il faut bien s’auto-convaincre que l’équipe de France peut gagner l’Euro…

Julien Laloye

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Les Bleues comptent sur Eugénie Le Sommer pour l'Euro.
Les Bleues comptent sur Eugénie Le Sommer pour l'Euro. — SYLVAIN THOMAS / AFP

Cette fois c’est pour nous. Enfin peut-être. Après tant d’années à se mordre les doigts devant un penalty manqué ou une occasion abandonnée en route au moment critique, genre un quart de finale de Coupe du monde, l’équipe de France féminine va enfin arrêter de nous torturer l’intestin grêle et concrétiser l’énorme potentiel qu’on lui prête lors de l’Euro féminin aux Pays-Bas. 20 Minutes vous dit pourquoi il faut y croire.

Un staff plus professionnel que jamais

Toutes les joueuses interrogées à Clairefontaine ont longuement insisté sur ce point. L’arrivée d’Olivier Echouafni a changé les habitudes d’un groupe un peu trop accroché à ses certitudes. Pour résumer, l’ancien coach de Sochaux a haussé le niveau d’exigence, multipliant les séances et les conseils tactiques précis, régentant des attitudes parfois foutraques sur le terrain.

« Le coach a vécu une carrière à haut niveau importante, avec un paquet de matchs en L1, raconte Elise Bussaglia, qui a vu passé Bruno Bini et Philippe Bergeroo. Cette proximité-là est importante pour nous transmettre son vécu et son expérience ». Une qualité qu’on peut étendre au staff tout entier, de Bruno Valencony chez les gardiennes à Frédéric Née chez les attaquantes. «Ils sont dans le souci du détail, du professionnalisme, de la rigueur. Le tout en étant beaucoup à l’écoute, pour nous montrer qu’on a le talent mais qu’il faut qu’on en prenne conscience d’un point de vue collectif ».

Une victoire de prestige à la Shebelieves Cup

Un nom de compétition bien à propos pour cette équipe de France, qui a trop souvent calé dans les grands rendez-vous. En mars dernier, les Bleues ont remporté la deuxième édition d’un mini-championnat qui oppose les meilleures nations mondiales (Allemagne, Angleterre, Etats-Unis).

« Gagner en équipe, c’est toujours important parce que c’est des émotions qu’on partage, reprend Bussaglia. Quand on lève la Coupe, on le partage avec des gestes, des accolades, ça renforce le groupe, ça crée des liens ». La manière aussi peut compter. La France s’est offert en bonus :

  • Une remontada contre l’Angleterre, une première pour une équipe qui gagne 90 % de ses matchs avec cinq buts d’écart et perd les autres sans pouvoir réagir
  • Une victoire dans la « finale » du tournoi chez elles contre les Etats-Unis, la plus grande nation de l’histoire de ce jeu.

« Contre le Canada (aux JO), quand on se retrouve menées, on a eu l’impression qu’on n’avait pas les ressources pour inverser la tendance. L’avoir fait une fois, ça change, Ça nous montre qu’on est capables de remonter un score, de gagner un tournoi relevé contre trois grosses équipes. Ça ne peut que nous donner des forces pour l’Euro ».

Le PSG et l’OL ont montré l’exemple en Coupe d’Europe

Frédo Thiriez en aurait rêvé chez les hommes quand il était président de la LFP. Cette saison, la finale de la Ligue des champions féminine a opposé deux clubs français, le PSG et l’OL. C’était la première fois que ça arrivait pour le foot français, une belle manière de bander les muscles avant l’Euro dans l’esprit d’Olivier Echouafni :

« Il y a eu des confrontations très intéressantes à tous les niveaux, avec de l’intensité, des duels, un engagement pour aller chercher le résultat. Tout ça ne peut que faire du bien à notre championnat et à l’équipe de France. On a besoin de ces matches-là ».

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Un ou deux bémols, tout de même.

  • La finale de C1, comme la finale de la Coupe de France également entre le PSG et l’OL, n’a pas atteint des sommets footballistiques. On s’est même emmerdé sévère jusqu’aux tirs au but, à attendre désespérément un beau mouvement ou un décalage pertinent.
  • En club, les internationales françaises du PSG et de l’OL, qui constituent une majorité de la liste pour l’Euro (13 joueuses sur 24), sont tirées vers le haut par les plus grandes stars étrangères recrutées à la chaîne par JMA et le Qatar. C’est donc un succès partagé qu’il serait réducteur d’attribuer entièrement aux joueuses sélectionnées en équipe de France. La preuve, ces dernières attendent toujours de faire aussi bien en équipe nationale.

Des petites jeunes qui connaissent la victoire en sélection viennent d’arriver

C’est un autre motif d’espoir qui valait bien une puce. Le virus de la lose s’est concentré sur l’équipe de France A, laissant aux plus jeunes la chance de gagner un truc en sélection. La génération 95, celle de Tounkara, Geyoro, Toletti, ou Mbock, toutes retenues pour cet Euro, n’a pas encore appris à perdre. Soit elle a été championne du monde des moins de 17 ans en 2012, soit elle a connu la consécration européenne l’été passé.

Une petite science de la gagne, même en junior, qui ne peut pas faire de mal à un groupe en mal de victoires fondatrices. L’observation n’a pas trop plu à Gaëtane Thiney, qui nous a rappelé l’œil sévère qu’elle-même, avec d’autres, avait été championne d’Europe U19 en 2003, et que ça n’avait pas débouché sur une tripotée de titres en A. Eugénie Le Sommer s’est montrée plus accueillante.

Il y a une alchimie entre les anciennes et les jeunes. Elles apportent un vent de fraîcheur dans le groupe, elles ont gagné quelque chose avec l’équipe de France jeune, donc on se dit que ça va peut-être changer la dynamique globale. Ça fait partie du raisonnement, quand on a gagné chez les jeunes, on va gagner chez les A. Ça ne peut que nous aider ».

Les Bleues n’y vont plus en faisant les malin(e) s

Chez les filles comme chez les garçons,le classement Fifa repousse parfois les limites de la logique humaine. Les Bleues occupent la troisième place, alors qu’elles n’ont pas fait un mieux qu’un quart de finale depuis les JO-2012. A chaque fois, pourtant, elles s’avançaient sûres d’elles et sur l’air de « cette fois, c’est la bonne ».

Le nouveau staff a exigé une cure d’humilité générale à son groupe pendant toute la préparation, surpris de voir certaines filles se prendre pour ce qu’elles ne sont pas (encore). Extrait d’un échange lors d’une conférence de presse à Clairefontaine.

- Olivier, peut-on dire que la France aborde l’Euro en favorite ?

- « Les favorites sont celles qui gagnent. Dire qu’on entame une compétition pour aller au bout, jusqu’à maintenant je n’ai pas l’impression que ça nous ait trop réussi. Annoncer qu’on veut gagner c’est une chose, mais il faut y mettre les actes ».

- Est-ce que vos joueuses ont conscience que l’approche n’a pas toujours été la bonne »

- « Disons qu’il y a parfois un décalage entre la réputation qu’elles pensent avoir et ce qu’elles ont réellement accompli sur un terrain »

Il faut un déclic avant la Coupe du monde à la maison

Le grand rendez-vous du foot féminin tricolore s’approche à pas de Gulliver. Dans deux ans, la France accueillera la Coupe du monde, et s’il n’y aura a priori pas deux millions de personnes devant la photo d’Amandine Henry sur l’Arc de triomphe en cas de victoire, chacun sent bien que l’affaire peut représenter un tournant pour le développement du foot féminin en France.

D’où l’intérêt que ça se goupille bien aux Pays-Bas. Si les Bleues vont loin, mettons les demi-finales pour rester réalistes, elles auront fait sauter un verrou dans la tête et risquent moins de craquer sous la pression populaire en 2019. On a lancé Eugénie Le Sommer, l’attaquante de l’OL, sur le sujet.

On n’a jamais été dans une compétition la fleur au fusil en disant qu’on allait gagner. Mais c’est sûr qu’on est à un tournant dans l’histoire de cette équipe. Ce coup-ci, ce serait un échec de ne pas faire de résultat. C’est la dernière compétition avant la Coupe du monde chez nous, il faut provoquer la réussite ».

L’immense Fred Née va enfin résoudre ce problème d’efficacité

Vous connaissez le point commun des supporters des Bleues ? Ils ont tous viré chauves à force de s’arracher les cheveux après une occasion infoirable foirée par une joueuse tricolore. On vous épargne la liste, il faudrait vider l’imprimante du boulot. Si Bini et Bergeroo ont fait comme si ça n’existait pas jusqu’à se prendre le boomerang dans la figure lors des matchs décisifs,Echouafni a pris la vachette par les cornes.

Frédéric Née, dont le duo flamboyant avec Pierre-Yves André nous a fait regarder un jour des matchs de Bastia, un exploit incommensurable, est venu renforcer le staff pour faire bosser les attaquantes. Il paraît d’ailleurs que le chef de bande lui a demandé de faire des heures sup’ après deux premiers matchs de préparation inquiétants sur le plan offensif.

Confidence plus ou moins rassurante du bonhomme dans l’Equipe du jour : « L’efficacité, c’est 70 % de psychologie. Avec les filles, je repars un peu comme avec les jeunes. Certains appels n’étaient pas vraiment connus, elles le faisaient très peu ». Il était temps d’y remédier.