MMA: «Faisons confiance au monde des Arts martiaux mixtes»... Patrick Vignal évoque sa mission parlementaire

INTERVIEW Le député PS de l'Hérault défend corps et âme l'implantation du MMA en France...

Propos recueillis par William Pereira

— 

Un entraînement de MMA
Un entraînement de MMA — FRANCOIS GUILLOT / AFP

Après plusieurs dizaines d’heures d’audition et d’écriture, Patrick Vignal (député PS de l’Hérault) et Jacques Grosperrin, (sénateur LR du Doubs) ont finalement remis leur rapport parlementaire sur le MMA au secrétaire d’Etat aux Sports, Thierry Braillard. Si les deux hommes ont réussi à obtenir des concessions sur la pratique de la discipline en amateur en France, leur combat pour le MMA est loin d’être terminé.

>> A lire aussi : La création d'un «observatoire pour le développement du MMA», seule concession de Thierry Braillard

Patrick Vignal est revenu pour 20 Minutes sur ce rapport et sur les préjugés tenaces qui planent au-dessus de ce sport qui passe toujours aussi mal aux yeux d’une partie de la classe politique française.

Que faut-il retenir de ce rapport parlementaire ?

Je tiens à signaler avant toute chose que Thierry Braillard est le seul ministre qui a voulu un rapport sur le MMA. Les autres n’ont pas osé, lui l’a fait. Donc pour ça, respect. Je suis parti avec un a priori, sur le fait que c’était un sport de sauvages. Je me demandais « comment on peut se retrouver dans une cage à frapper au sol ? » Et puis j’ai radicalement changé d’avis. Braillard aussi est parti sur de mauvaises bases. Pour répondre à votre question, c’est plus qu’un rapport à mes yeux. Je veux montrer que les Arts martiaux mixtes s’inscrivent, comme les autres Arts martiaux, dans un projet social pour endiguer la violence.

>> A lire aussi : «Incompétence», coup de Trafalgar, calendrier... Pourquoi l'arrêté anti-MMA secoue la France du sport

Thierry Braillard a fait des concessions sur le MMA au niveau amateur. Comment la mise en place du MMA va se faire en France ?

On va confier le MMA à la confédération des arts martiaux qui regroupe des fédérations délégataires via un observatoire qui sera mis en place dès janvier 2017. Ensuite, à partir du mois de juin, les salles qui emploieront des coachs qui n’ont pas les qualifications, qui feront du MMA à leur manière, en kimono ou je ne sais comment, verront leur autorisation d’enseigner ce sport retirée. Je ne supporte pas que le judo fasse du MJA (une discipline créée pour concurrencer le MMA) ou que le karaté fasse du combat libre.

Les opposants au MMA pointent souvent du doigt les coups au sol et l’octogone. Quelle est votre position sur ce sujet sensible ?

L’octogone préserve les combattants d’éventuelles projections hors du ring. Ensuite, au sol, les attaquants ont moins de force et le défenseur s’attend aux coups. Il s’organise en conséquence. Non, moi ce qui me gêne c’est les coups de genou, pas les coups au sol. Et puis la liaison entre le combat debout et au sol est importante aussi. Il faut que l’arbitre soit capable de voir quand un combattant est KO debout pour qu’il ne soit pas frappé à nouveau au sol. Dans mon rapport je dis que la responsabilité de l’arbitre pourrait être engagée. Mais il nous faut avant tout de vrais arbitres avec de vraies formations, comme dans n’importe quel autre art martial.

>> A lire aussi : En s'obstinant à interdire les Arts Martiaux Mixtes, la France nage à contre-courant

Comment avez-vous reçu cet arrêté qui interdit l’organisation de compétitions en France ?

Cette situation ne nous convient pas, même si je sais que le ministre va faire des efforts. Ce décret ne vient pas de lui mais de l’administration. Ce que je souhaite c’est que M.Braillard tente de faire planter ce décret. Je sais qu’il est honnête. Il serait grand en cassant cet arrêté. Si ce n’est pas lui, alors nous nous allierons aux gens qui comptent l’attaquer. Il faut faire confiance au monde du MMA, leur confier des responsabilités pour voir s’ils sont capables d’assumer tout ça. On ne lâchera rien.

Vous pensez que votre combat pour le MMA aboutira à court ou moyen terme ?

Je n’ai pas de boule de cristal, mais avant toute chose, je pense que Thierry Braillard ne sera pas secrétaire d’État ou ministre en juin. Et il en est de même pour moi. Si je suis réélu cet été, je sais que je peux déjà compter sur Jacques Grosperrin, avec qui on mettra tout en œuvre pour aller au bout de ce dossier. On a commencé à refédérer les acteurs du MMA. Je suis assez serein si le monde du MMA s’organise et se prend en main. On peut espérer avoir des compétitions en France. C’est ce que veulent les gens.

Pourquoi un tel engouement ?

Parce que les Arts Martiaux Mixtes ne sont pas une simple marque à la mode comme peut l’être Apple. C’est un art, un état d’esprit. C’est aussi la modernité. J’ai été entraîneur de judo, mais aujourd’hui, je me verrais plus vous entraîner avec un short et un t-shirt pour vous faire faire du pieds-poings et du shadow boxing. C’est ce qui va avec notre époque. Comme j’aime le dire, ils n’arrêteront pas la mer avec un château de sable.