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Si vous n’avez rien compris à l’affaire Manaudou…

Si vous n’avez rien compris à l’affaire Manaudou…

NATATION – Bilan d’une semaine un peu dure à suivre. Toutes les réponses à vos questions…
Stéphane Alliès

Stéphane Alliès

On se calme et on boit frais à Ambérieu-en-Bugey. Après une semaine d’agitation qui a vu Laure Manaudou cesser sa collaboration avec le club italien de LaPresse, au terme d’un éprouvant Open de Paris, il est temps de souffler un peu et de faire le point.


Laure Manaudou était-elle insupportable à l’Open de Paris?

La championne est apparue distante. Lassée de l’agitation médiatique autour d’elle, elle est restée la plupart du temps aux côtés de sa famille ou de son fiancé Luca Marin. Après avoir répétée plusieurs fois que la compétition parisienne n’était pas un «objectif majeur» de sa carrière, elle a semblé irritée dès que son entraîneur italien l’approchait et s’est contenté du service minimum auprès des médias et dans le bassin de la Croix-Catelan. En même temps, peut-on demander à une jeune femme de 20 ans perturbée de faire comme si de rien n’était dans une exhibition sans enjeu? L’argument du «mauvais comportement» utilisé par LaPresse pour justifier l’exclusion de «la Manaudou» ne tient pas longtemps, quand on connaît l’importance d’une championne olympique dans un club de natation quel qu’il soit.


Qu’est-ce que c’est que cette histoire de contrat?

On touche ici au nœud de l’affaire. Le 27 juillet dernier, Laure Manaudou se retrouve dans le bureau de Marco Durante (patron de LaPresse) en compagnie de Cristiano Portas (directeur d’Arena, le sponsor de la nageuse). A ce moment, elle commet une grosse boulette: elle accepte de signer un contrat d’image jusqu’en 2011. Ce contrat, d’après le père Manaudou était «progressif d’année en année», mais prévoit une diminution des gains de «25, 50 et 75% si elle ne termine pas première lors des championnats d’Europe, du monde et des Jeux». De plus, le partenariat actuel entre Arena et Manaudou se termine le 31 décembre 2008, et la firme italienne n’avait pas grande chance de le voir renouveler, vu la concurrence. Puma (propriété de son mécène François Pinault), Adidas et Nike se sont officiellement mis sur les rangs. Autant dire des rivaux bien plus friqués qu’Arena.


Mais il est valable ce contrat?

Ben non, car il est signé de la main de Laure, alors que c’est le père Manaudou qui est compétent pour cela. Et ce, depuis le 6 juin dernier, quand Jean-Luc est devenu gérant à la place de sa fille de la société «Swimming Dream», qui gère les droits d’image de la nageuse. Manipulation ou pas de la part de LaPresse et d’Arena (qui s’en défendent tous deux), le document est attaquable au pénal, pour usurpation de signature. Toujours selon le paternel, qui a obtenu copie du contrat, chaque fois que le nom de Laure apparaît, il est rayé et remplacé à la main par celui de Jean-Luc. Enfin, on apprend au détour d’un article de «L’Equipe» que Portas a menacé le quotidien sportif de poursuites judiciaires s’il le reproduisait dans ses colonnes.


Le moral de Laure Manaudou est-il atteint?

On peut le craindre. Si l’on en croit son entourage, la nageuse a beaucoup pleuré ces derniers jours. A cause de sa boulette, de l’ambiance forcément pesante régnant dans son environnement sportif, ou de l’obligation faite d’honorer ses engagements et de nager à contre cœur. Pour autant, durant cette saison difficile, elle a plusieurs fois réussi à améliorer certains de ses temps. Autrement dit, son talent pur lui permet de se maintenir au plus haut niveau (certes de façon irrégulière), alors que ça ne peut pas aller plus mal dans sa tête. Donc elle est quand même solide…


Son frère peut-il être un bon entraîneur?

Forcément, un mec de 21 ans qui entraîne des cadets dans la piscine d’Ambérieu-en-Bugey, ça fait un peu inexpérimenté. Oui mais voilà, c’est son frère. Et Laure Manaudou est très proche de sa famille. Revenir nager dans le club de ses débuts, dirigé par son père, dans le calme bressan n’est donc mentalement pas mal vu. Techniquement, on peut s’interroger sur les capacités de Nicolas Manaudou. Mais ce dernier défend plutôt bien son bifteck, dans «L’Equipe»: «Je me sens prêt. J’ai peut-être un petit manque d’expérience, mais le feeling aussi est important. Est-ce qu’elle acceptera que je lui donne des ordres? Ça nous ramènera dix ans en arrière, quand je lui gueulais toujours dessus». Des prédispositions à la Philippe Lucas donc. Ayant les mêmes diplômes que ce dernier, Nicolas a affiché les grandes lignes de son programme d’entraînement: «Dans notre bassin de 25m, elle va peut-être travailler plus les virages et les départs où elle n’est pas bonne. Je la vois sur 200m et 400m nage libre, 50m et 100m dos. Et je pense qu’il faut qu’elle nage en début d’année 15 à 16 km par jour». Avec Lucas, elle en nageait 17.


Peut-elle rester en famille jusqu’aux Jeux?

Pourquoi pas, mais il semble acquis que d’autres entraîneurs viendront à son chevet durant la saison. Voire qu’elle participera aux stages de l’équipe de France de natation. Enfin, des coups de main de Philippe Lucas ne sont peut-être pas à exclure. L’amour-propre de chacun et les conditions de leur «rupture» ne permettant pas vraiment une remise ensemble «comme si de rien n’était», l’entourage de Manaudou conserve des liens avec celui qui a lancé Laure dans le grand bain.


Et son fiancé dans tout ça?

Au-delà des rumeurs de la presse people, l’amour entre Laure et Luca semble être au beau fixe. D’ailleurs, ils sont partis ensemble en vacances durant deux semaines. Toutefois, la position de Luca, considéré comme le fils spirituel de Marco Durante, pourrait être délicate si le conflit entre LaPresse et le clan Manaudou venait à s’envenimer.


A-t-on fini d’en parler?

A priori, au moins pendant 15 jours, sauf si les paparazzi retrouvent les deux tourtereaux. Puis viendra la reprise, autour du 27 août, à Ambérieu. On espère que d’ici là, «la Manaudou» aura fait le vide dans sa tête et retrouvé la bonne voie. Celle qui mène aux médailles olympiques.