Coupe de France: Le Red Star, club du communisme?

FOOTBALL Le club de Saint-Ouen a longtemps joué sur l’ambiguïté…

B.V.

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Les joueurs du Red Star (de gauche à droite), Steve Marlet, Samuel Allegro et Vincent Doukantie, lors d'un entraînement à Saint-Ouen, le 12 septembre 2011.
Les joueurs du Red Star (de gauche à droite), Steve Marlet, Samuel Allegro et Vincent Doukantie, lors d'un entraînement à Saint-Ouen, le 12 septembre 2011. — A.Gelebart/20minutes

Son nom est un premier leurre. Fondé en 1897 par Jules Rimet - le créateur de la Coupe du monde -, bien avant que l’étoile rouge ne devienne le symbole du communisme, le Red Star n’est pas né politiquement marqué. L’histoire raconte que c’est en empruntant un paquebot de la compagnie maritime Red Star Line que le futur président de la Fifa aurait choisi le nom. Heureux hasard. Car tout au long de sa longue existence, le club de Saint-Ouen, opposé à Saint-Etienne mardi soir en Coupe de France, une compétition qu’il a remporté cinq fois entre 1921 et 1942, a nourri une certaine ambigüité dans son rapport avec le communisme.

«Sa couleur est le vert, pas le rouge»

Il y a d’abord son stade, nommé d'après le Docteur Bauer, un résistant fusillé au Mont Valérien en 1942. Et puis il y a Rino Della Negra, jeune joueur au club et membre du réseau Manouchian, exécuté par les Allemands deux ans plus tard et à qui les supporters rendent hommage chaque année. Sans oublier les arrivées au club à la fin des années 90 de trois Russes: Bubnov, Tcherenkov et Rodionov. «Il y a un jeu avec ça, souligne Nicolas Kssis-Martov, journaliste à l’origine d’un blog sur (entre autres) le marxisme dans le football. Ce club n’est pas communiste comme le Spartak Moscou par exemple, d’ailleurs sa couleur est le vert, pas le rouge, et il a été l’un des premiers à devenir professionnel en 1932. Mais il a une identité singulière, une histoire très riche. Elle a marqué les supporters, ils la colportent un peu, en chantant par exemple "Etoile rouge, Etoile rouge"».

Président du collectif de supporters RedStarBauer, Vincent Chutet-Mézence précise: «Le Red Star a un passé dont il peut-être fier, qu’il cultive et revendique. Les valeurs d’antiracisme, de tolérance et de club populaire lui sont intimement liées, mais on ne peut pas dire qu’il soit communiste.» Tout est une question de «terreau», poursuit Nicolas Kssis-Martov. «Ce qui donne cette impression c’est le fait que la ville bascule dans la banlieue rouge [de 1945 à 2014, Saint-Ouen a voté communiste], et que le club et la mairie ont toujours été proche. C’est une logique socio-ethnique.»

Red Star Montreuil et Champigny

Qui explique aussi la création après-guerre des Red Star Montreuil et Champigny, clubs communistes inspirés du modèle de l’Etoile Rouge de Belgrade. C’est aussi pour ça que Jean-Baptiste Doumeng, homme d’affaires surnommé «le milliardaire rouge» en raison de ses commerces avec l’Union Soviétique, investi au club à la fin des années 60, ses dernières heures. Redevenu un club presque comme les autres, le Red Star végète depuis dans les divisions inférieures, dans l’ombre du PSG, entre nostalgie et nouvelles ambitions. Troisième du championnat de National, le club désormais dirigé par Patrice Haddad veut remonter en Ligue 2 et exister à nouveau, quitte à se séparer du vétuste Stade Bauer pour une nouvelle enceinte. Ce qui révolte certains supporters, comme Vincent Chutet-Mézence. «De part son nom, son stade, son histoire et ses supporters, c’est un club qui est différent. Il est dommage d’essayer de l’uniformiser.»