Carlos Bianchi, ancien buteur du PSG: «Quand je viens en France, on m’appelle encore le Goleador»

Propos recueillis par Antoine Maes

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L'Argentin Carlos Bianchi, entraîneur de Boca Juniors et ancien attaquant du PSG, le 9 février 2013, à Buenos Aires.
L'Argentin Carlos Bianchi, entraîneur de Boca Juniors et ancien attaquant du PSG, le 9 février 2013, à Buenos Aires. — LEO LA VALLE / AFP

Pour parler à Carlos Bianchi, il faut composer avec le calendrier des matchs de foot. C’est donc à la mi-temps de Barça-Real que le légendaire buteur du PSG et de Reims a pris un peu de temps. Dans un français délicieux, légèrement matiné de son accent de «porteno», il parle de tout: de Zlatan Ibrahimovic, de Javier Pastore, du PSG, de la Ligue 1 et de la France, son pays d’adoption.   

Vous détenez toujours le record du nombre de buts marqués en une saison avec le PSG (37, en 77-78). Pensez-vous que Zlatan Ibrahimovic (24 buts à 10 matchs de la fin) peut vous le prendre?

Tout est possible, pourquoi pas? Ce sont des histoires complètement différentes, la sienne et la mienne. Lui c’est un phénomène, moi j’étais un grand buteur. Et puis il joue dans une équipe qui joue le titre, qui est la meilleure de France. Tant que ce sera le cas, la possibilité qu’il me batte existera. 

A votre époque, le PSG était une équipe de milieu de tableau…

C’est ça. Vous savez combien on a fini? 11e! Et j’ai marqué 37 buts, sur les 74 que l’équipe avait marqué. 

Quels souvenirs gardez-vous de vos deux saisons au PSG?

Je me souviens que j’ai fini par rompre mon contrat! Mais aussi que j’ai eu le soulier d’argent. Cette année-là, je l’ai perdu contre Krankl, qui était un buteur autrichien. Mais son championnat avait un système différent: il n’y avait que dix équipes. Et c’était quatre fois les matchs aller et retour. Ce n’est pas qu’il jouait plus que moi, non. Mais il jouait quatre fois contre le dernier, quatre fois contre l’avant-dernier (rire)… Moi je ne jouais que deux fois contre le dernier! 

Faire partie du patrimoine d’un club comme le PSG, ça vous fait quoi?

Dans le football, on n’oublie pas. Moi je regarde les informations sur TV5 tous les jours à 6h du matin. On suit beaucoup la vie française, parce qu’on est français aussi. Et hier (lundi), aux informations ils ont parlé de Fangio! Et Fangio il était champion du monde il y a cinquante ans. Encore aujourd’hui, quand vous voyez quelqu’un dans la rue qui roule vite, vous ne lui dites pas: «Tu te prends pour Alain Prost?» ou «tu te prends pour Ayrton Senna?» Vous lui dites: «Tu te prends pour Fangio?» Moi quand je viens en France, on m’appelle encore le Goleador (rires). Parce que j’avais cette qualité de marquer des buts. 

Vous suivez beaucoup le PSG cette saison?

Surtout en Champion’s league. En championnat, j’ai vu le match contre Reims (ndlr: un autre de ses anciens clubs), et je vous dis la vérité, quand le Rémois a été expulsé à  trente minutes de la fin, je me suis dit que c’était fini. Et puis le Stade de Reims a marqué et a gagné (1-0). Le football, parfois, ça ne se passe pas comme prévu, même si le PSG est une très bonne équipe, avec une très bonne attaque, et des réserves un peu partout. Mais dans le championnat français, il faut être honnête: il y a une vitesse pour le PSG, et une autre pour tout le reste. Quand vous achetez un joueur comme Lucas Moura, qui ne joue pas tous les jours, et que vous dépensez 40 bâtons, alors… Qui peut se le permettre ça? 

En France, à part Paris, personne…

Et dans le monde entier, vous croyez qu’on achète un joueur 40 bâtons pour qu’il soit remplaçant? Non! 

C’est suffisant en Ligue 1. Mais le PSG peut-il gagner la C1 dès cette année?

Et pourquoi pas? La vérité, c’est qu’à part le Barça, je pense que contre n’importe quelle équipe, le PSG peut faire un bon match. Ce n’est que deux matchs! Le PSG ne sera pas ridicule s’il joue contre le Real Madrid ou le Bayern Munich

Votre compatriote Javier Pastore a du mal à confirmer en France. Selon vous, est-ce un grand joueur?

Parfois, changer d’équipe ce n’est pas se rendre service. Je pense à Gourcuff. A Bordeaux, c’était un très grand joueur. Et après, ce n’est plus le même. Kaka, ça fait trois ans qu’il ne joue pas au Real Madrid. Et on parle de Kaka! Vous ne croyez pas que Kaka peut jouer dans n’importe quelle équipe du monde? Dans le cas de Pastore, peut-être que le football français ce n’est pas quelque chose pour lui. Il ne faut pas oublier qu’Ancelotti le voyait jouer tous les week-ends en Italie, et Leonardo aussi. C’est un des premiers joueurs qu’ils ont acheté. 

Vous prenez du plaisir à regarder le championnat de France?

Je le regarde du coin de l’oeil, je dois être sincère. Il y a tellement de foot à la télé. Là ce soir (mardi), c’est Barcelone contre Milan. Mais sur l’autre chaîne, il y a Schalke 04 contre Galatasaray. Je vais être honnête, moi je ne passe pas deux heures devant ma télé pour regarder Schalke 04 contre Galatasaray! Ce sont des équipes très fortes, mais j’ai un travail qui me dit que c’est plus intéressant d’un coté que de l’autre. Vous ne pouvez pas regarder tous les matchs à la télévision. C’est comme si je vous donnais 20 chaînes où il y a 20 films différents, et que je vous demandais d’en choisir un. Vous prenez le meilleur, et les 19 autres, vous allez les laisser de côté. 

Vous pourriez revenir entraîner une équipe française?

Oui, pourquoi pas, ça me ferait plaisir. Mais je suis tellement content d’être ici à Boca... C’est un club très important dans le monde. Moi ce que j’aime, c’est vivre en France, c’est différent. Là oui, je peux y aller demain, et je ne suis pas dépaysé. Paris… Je n’y ai passé que deux saisons comme joueurs, mais ensuite, j’y ai vécu des années. De 1988 à 1993, et puis je suis rentré pour prendre le Velez Sarsfield. Ensuite, pendant mes années sabbatiques, de 1997 à 1998, puis de 2006 à 2007. Paris, c’est une ville extraordinaire… Les années où je ne travaille pas, je passe trois ou quatre mois à Paris.