Ligue 1: La fuite des cerveaux menace la France
FOOTBALL•Des internationaux claquent la porte pour des challenges parfois douteux...B.V.
«Le dernier du championnat d’Angleterre vient et il nous pique un des nos meilleurs joueurs. Ca vous interpelle pas vous? Moi je dis que le football français est à la dérive économiquement.» Frédéric Antonetti avait beau être énervé après la défaite de son Stade Rennais samedi face à Bordeaux (0-2), ses propos n’en sont pas moins lucides et inquiétants. Lui qui risque de perdre son milieu de terrain Yann M’Vila au profit de la lanterne rouge de Premier League, Queen Park Rangers, voit aussi d’autres stars de la Ligue 1 quitter le navire un par un. Dimanche, c’était Loïc Rémy qui rejoignait Newcastle, quelques jours après les départs de Mathieu Debuchy, Guillaume Hoarau ou Nenê, en attendant ceux possibles de Lisandro Lopez ou Moussa Sissoko.
Le spectre de la taxation à 75%
«Cela traduit les limites financières de certains clubs français, estime l’agent Bruno Satin, directeur de l’agence IMG Monde. On essaye de donner une vision positive des clubs en évitant les déficits, mais…» Mais il est forcément compliqué de concurrencer les autres championnats. Et à l’inverse de l’exode massif qu’avait connu le championnat de France après le titre mondial en 1998, ce n’est pas toujours pour des raisons sportives.
«La grande question, c’est de savoir quel sera l’impact de la future loi sur les 75%, explique Christophe Hutteau, agent entre autres de l’international français Mathieu Valbuena. Certes, cette loi a été retoquée par le Conseil Constitutionnel, mais les joueurs aujourd’hui, quand ils entendent parler le gouvernement en place, prennent peur car quoi qu’il arrive cette loi va finir par passer.» Soucieux de se mettre à l’abri avant la fin de leur carrière, certains font donc des choix de carrière parfois douteux.
Cercle vicieux
«L’Angleterre reste un championnat très attractif, poursuit Hutteau. Si vous quittez la France pour aller dans un club comme Arsenal, City, Liverpool ou les deux Manchester, on peut le comprendre. Mais pour aller dans un club qui se bat pour le maintien, on ne peut légitimement croire que c’est pour des raisons sportives.» Et au bout du compte, à part les stars du PSG et ceux qui veulent rester dans le viseur de Didier Deschamps, il ne reste plus grand monde pour faire rêver dans cette Ligue 1 affaiblie.
Ce qui, à moyen terme, pourrait évidemment poser problème. «Le danger est grand, conclut Hutteau. Le football français n’a peut-être pas uniquement vocation à être un championnat formateur. S’il y a moins de bons joueurs, il y aura moins de spectacle. Et donc moins de droits télés, de gens dans les stades, des budgets à la baisse et ainsi de suite. On entre dans un cercle vicieux…» Et le plus dur va désormais être d’en sortir.


















