Eric Croquelois: «Maintenant le Dakar, je trouve que c'est le Club Med»

INTERVIEW Pilote moto ayant connu l'Afrique, ce Nordiste juge les différences avec la version sud-américaine...

Antoine Maes

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Le pilote moto Eric Croquelois, le 8 janvier 2013, à Arequipa (Pérou).
Le pilote moto Eric Croquelois, le 8 janvier 2013, à Arequipa (Pérou). — 20Minutes

De notre envoyé spécial à Arica (Chili)

Il a 50 ans, dix Dakar au compteur, et trente Enduros du Touquet dans la poche. Le motard Eric Croquelois a connu l’ancienne version du Dakar, celui en Afrique. Cette année, il bénéficie d’une assistance, mais a choisi de planter sa tente avec les malles, ces pilotes isolés réputés les plus «aventuriers» dans l’âme. Il a débuté sur le rallye-raid avec eux, mais estime qu’aujourd’hui, leur réputation est un poil usurpée.

Pourquoi avoir décidé de retourner sur le Dakar avec les malles moto?

Parce que c’est des vrais. Qui font de la mécanique. Je l’ai fait trois ou quatre fois, j’ai plus envie, j’ai 50 ans. Et puis dans le temps, il y avait une entraide, et il y avait 150 pilotes. Les malles depuis l’Amérique du Sud, c’est le désert. Les coups de main entre collègues, ça marche moins, parce qu’il n’y a plus que des étrangers. Il y a beaucoup de Hollandais, et ils ont une langue un peu spéciale.

L’esprit des malles moto n’existe plus?

Plus maintenant. Il y a un semi-remorque pour 15 mecs. Donc maintenant, si tu veux deux ou trois malles, ils te font pas chier avec ça. Avant, c’était pesé, chronométré. Il y avait une malle par personne, point barre.

Est-ce que les malles sont toujours les symboles de l’esprit du Dakar?

Pffff… C’est plus du tout pareil. Je reviens sur le Dakar, je trouve que c’est le Club Med. Il y a des couchettes, il y a des trucs et des machins. Avant, t’avais de la chance quand tu te lavais. Maintenant tu te douches tous les jours. Mon premier Dakar en 2000, je ne me suis pas douché pendant 15 jours. C’était le beau Dakar.

Vous prenez encore du plaisir?

Moins. Mais l’an dernier, je me suis tapé -15° à l’Enduro du Touquet. Et comme je vieillis, j’ai plus envie d’avoir froid. Là je profite de chaque rayon de soleil, de la température qui me rentre dans la peau et qui me fait un bien fou.

C’est aussi dur qu’avant?

Bah non… C’est plus concentré. Ici, on ne fait que des étapes de 200km ou 250km. En Afrique, on faisait 800 ou 900 bornes. Si je regrette? Oui parce que l’Afrique c’est magique. Ici c’est l’Espagne ou le Portugal.

Les malles vont-elles disparaître?

L’an prochain il n’y en aura plus. Ils font un tri à l’engagement. T’as l’assistance? C’est bon. Sinon ils refusent. L’assistance coûte un peu à l’organisateur. Bien sûr, c’est une goutte d’eau. Mais plein de gouttes d’eau, ça fait une bassine. Et quelques bassines, ça fait un tonneau. C’est trop jet-set. Le briefing pilotes [dans un complexe hôtelier de Lima], je me suis demandé où j’étais, c’était la fête à neuneu. Moi j’ai pris mon roadbook et je me suis barré.

Quel rapport vous avez avec les pilotes pros?

J’en ai fait quelques-uns des Dakar, donc je les connais un peu tous. Mais j’ai pas de rapport avec eux, à part le petit déjeuner le matin. Un mec comme Luc Alphand, il a toujours le mot gentil. Mais les autres… des dieux vivants! Avant, c’était plus convivial parce qu’on mangeait par terre. On s’allongeait partout, on côtoyait des gens comme Richard Sainct. Despres, à l’époque, il était simple. Là il est devenu un petit peu… Il est plus nulle part. C’est un bon pilote, c’est tout, on ne doit pas l’idolâtrer.