« Une première »… Des chercheurs bretons inventent un système d’échange de données sensibles via l’ADN synthétique
innovation•Une équipe de chercheurs brestois a contribué à un nouveau système de cryptographie sur ADN synthétique. La technologie a été présentée à Emmanuel Macron le 1er avrilAnnabelle Rochet
L'essentiel
- Une équipe de chercheurs français et japonais a mis au point un système de cryptographie sur ADN synthétique. Le but : protéger et stocker des données confidentielles.
- Le projet a été conjointement mené par le CNRS, l’Université de Tokyo, l’Université de Limoges, l'IMT Atlantique campus de Brest et l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris.
- Le déchiffrage d’un premier message grâce à cette technologie a eu lieu au Japon, en présence d’Emmanuel Macron.
Les travaux de ces chercheurs bretons ont fait sensation auprès du président de la République. En déplacement au Japon, Emmanuel Macron a découvert le 1er avril le principe de déchiffrage d’un message grâce à l’ADN synthétique. Un document a été échangé de façon sécurisée grâce à deux clés identiques, l’une à Paris, la seconde à Tokyo.
Le projet, mûri conjointement par une équipe de chercheurs français et japonais, était notamment conduit par l’IMT Atlantique campus de Brest, chargé de l’aspect protection de données et traitement de l’information. Il vise à développer « une approche de chiffrement sur ADN permettant de générer et de partager » des chaines de molécules aléatoires à usage unique entre expéditeur et destinataire « pour coder des messages » peu importe la distance, détaille le Centre français de la recherche scientifique (CNRS).
« Un million de disques durs »
« C’est la première fois qu’on utilise ce type d’ADN pour faire du chiffrement dans le cadre d’un protocole d’échange sécurisé », vulgarise Gouenou Coatrieux enseignant-chercheur au département Sciences des données de l’IMT Atlantique.
« L’idée est d’arriver à un système de sécurité assez élevé, ajoute le professeur. Avec une quantité infime d’ADN, on peut stocker une quantité massive de données sur des centaines d’années et sécuriser de très longues communications ». Les chercheurs s’accordent ainsi pour dire que quelques milligrammes d’ADN synthétique suffisent à stocker l’équivalent « d’un million de disques durs ».
Echanges sensibles
Si le stockage de données est une technologie en plein développement, « l’aspect sécurité est beaucoup plus récent, constate le chercheur, et peu d’équipes dans le monde se concentrent sur ce sujet ». Le projet, purement académique, n’émane pas d’une demande de l’Etat mais ouvre la porte à de nouvelles perspectives en matière de communication ultrasensibles : échanges scientifiques, diplomatiques, militaires…
Les dernières actualités scientifiquesBien que l’utilisation d’ADN synthétique en cryptographie ne soit pas nouvelle, l’école brestoise se targue de pouvoir détecter l’interception des molécules par un tiers. A l’ère du numérique, « le chiffrement des données sensibles repose principalement sur des méthodes dites ''conditionnelles'', dont la sécurité repose sur l’hypothèse qu’aucun acteur extérieur ne dispose d’une puissance de calcul suffisante pour briser le code », pointe le CNRS.
Avec ce nouveau procédé, « personne ne peut copier la base ADN sans que l’on s’en rende compte », explique Gouenou Coatrieux. Et le professeur d’ajouter : « Il y a encore du travail pour consolider la technologie, mais nous avons fait un grand pas ».


















