Pornhub, l'un des sites porno les plus populaires, accusé d'héberger de la pédopornographie

PLATEFORME Parmi les 6,8 millions de nouvelles vidéos publiées sur le site chaque année, « beaucoup montrent des abus perpétrés sur des enfants et de la violence non consentie », affirme le «New York Times»

H. B. avec AFP

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Une actrice porno à l'AVN Adult Entertainment Expo de Las Vegas en janvier 2018
Une actrice porno à l'AVN Adult Entertainment Expo de Las Vegas en janvier 2018 — John Locher/AP/SIPA

Lâché par Mastercard et Visa, critiqué au Canada où il est basé… Pornhub, l’un des sites porno les plus populaires de la planète, se retrouve dans la tourmente. La plateforme est accusée d’héberger des vidéos pédopornographiques et de viols.

A l’origine de ce nouveau scandale, la publication d’un article du New York Times affirmant que le site proposait des contenus illicites, et interpellant le Premier ministre canadien Justin Trudeau. « Pourquoi le Canada accueille-t-il une entreprise qui diffuse dans le monde des vidéos de viol ? », interrogeait son auteur, Nicholas Kristof. Parmi les 6,8 millions de nouvelles vidéos publiées sur le site chaque année, «  beaucoup montrent des abus perpétrés sur des enfants et de la violence non consentie », selon le quotidien américain.

« Aucune tolérance » pour les contenus montrant des abus sexuels d’enfants

Les premières répercussions n’ont pas tardé : Mastercard et Visa ont annoncé jeudi que leurs cartes de crédit ne pourraient plus être utilisées dans l’immédiat pour effectuer des paiements sur Pornhub. « C’est quand même une décision majeure », explique Simon Corneau, professeur au département de sexologie de l’université du Québec à Montréal, évoquant de potentielles « pertes de revenus » pour le site porno. « Les gens vont peut-être aussi choisir de ne pas consulter Pornhub pour envoyer un message ». Même s’il s’agit d’un site principalement gratuit, « c’est sûr que cela fait mal à Pornhub », estime Julie Miville-Dechêne, sénatrice indépendante du Québec qui a déposé en septembre un projet de loi visant à protéger les jeunes contre l’exposition à la pornographie.

Pornhub, basé physiquement à Montréal et fiscalement au Luxembourg, a réfuté les accusations du New York Times. Le groupe assure notamment n’avoir « aucune tolérance » pour les contenus montrant des abus sexuels d’enfants et dit avoir développé des outils pour « identifier et éradiquer » ce genre de vidéos. Pornhub affirme en avoir bien moins sur son site que les plateformes traditionnelles de réseaux sociaux comme Facebook, Instagram ou Twitter.

Une série de mesures pour lutter contre les contenus illégaux

L’annonce des deux géants financiers Mastercard et Visa intervient après que le site pornographique a annoncé une série de mesures pour lutter contre les contenus illégaux. Désormais, seuls les utilisateurs « correctement identifiés » pourront publier du contenu et les téléchargements de vidéos seront réservés aux utilisateurs payants.

« On verra », commente Julie Miville-Dechêne, qui souligne que le nombre de vidéos supprimées par le site est inconnu. « La difficulté, c’est que jusqu’à maintenant il n’y a eu aucune transparence dans cette entreprise, alors il en faudrait un peu plus pour avoir confiance ». « Le téléversement de vidéos se fait avec une vérification assez minime », souligne-t-elle. « Même si Pornhub fait disparaître une vidéo, elle peut réapparaître dans la seconde, elle est redistribuée partout ailleurs ».

Pointé du doigt depuis plusieurs années

Vingt parlementaires canadiens ont envoyé fin novembre une lettre ouverte au ministre de la Justice demandant au gouvernement de prendre « rapidement » des mesures contre Pornhub et sa société mère, MindGeek, basée à Montréal. « Au cours des deux dernières années, MindGeek a attiré l’attention sur elle à l’échelle internationale en raison de l’exploitation réelle de femmes et de mineurs », soulignaient-ils.

La régulation de contenus illégaux de Pornhub, qui a recensé 42 milliards de visites en 2019, est pointée du doigt depuis plusieurs années. En 2019, plusieurs grands groupes, dont Unilever et Kraft Heinz, avaient déjà pris leurs distances avec le site après un article du journal britannique The Sunday Times qui expliquait avoir trouvé sur la plateforme des contenus illégaux, dont des vidéos de pédopornographie.