La PlayStation 4 sort au Japon, trois mois après le reste du monde

JEUX VIDEO Alors que sa console sortie en novembre en Europe et aux Etats-Unis s'y est déjà vendue à plus de 5 millions d'exemplaires, Sony avait préféré repousser le lancement sur le marché japonais, devenu peu rentable...

Mathias Cena

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La PS4 a été présentée au public japonais pour la première fois au Tokyo Game Show, le grand salon japonais des jeux vidéo, le 16 septembre 2013.
La PS4 a été présentée au public japonais pour la première fois au Tokyo Game Show, le grand salon japonais des jeux vidéo, le 16 septembre 2013. — NICOLAS DATICHE/SIPA

De notre correspondant à Tokyo

22 février, soit 2.22 en japonais. Les trois chiffres sont placardés en grand sur le bâtiment Sony à Ginza, les Champs-Elysées japonais. Le lancement de la PlayStation 4 s’y fera en fanfare, précédé d’une soirée de lancement, vendredi à partir de 22h30 (14h30 heure française), qui sera retransmise en direct sur Ustream.

 

 

(Photo tweetée par Hideo Kojima, réalisateur star de la série «Metal Gear Solid»)

Mais on a beau tourner cette date palindrome dans tous les sens, elle ne signifie au fond qu’une chose: la PS4, une console japonaise produite par Sony, un constructeur japonais, sort au Japon ce samedi, trois mois après le reste du monde.

La raison officielle de ce retard de lancement, annoncé en septembre dernier, est que les jeux développés spécifiquement pour le marché japonais n’étaient pas prêts. Mais le sont-ils à présent? A vrai dire, non. Dans les jeux japonais du line-up de lancement, aucun ne retiendra vraiment l’attention des joueurs, à l’exception notable de «Yakuza: Ishin», dernière production de la série à succès, qui s’écarte cette fois des milieux mafieux pour transporter le joueur au 19e siècle japonais. Et de «Metal Gear Solid 5: Ground Zeroes», qui sortira le 20 mars dans le monde entier.

Dans le reste du catalogue japonais, on trouve «Tottemo E Mahjong Plus», qui est comme son nom l’indique un jeu de mahjong, la simulation de billard «Pool Nation Extreme», «Nobunaga no Yabō: Sozō», nouvel opus d’une longue série de jeux de tactique militaire, un jeu de sudoku ou encore un karaoké. Voilà donc les jeux qui inciteraient les joueurs japonais à débourser 40.000 yens (environ 286 euros)?

 

 

«Tottemo E Mahjong Plus», le jeu de Mahjong disponible sur PS4 dès samedi au Japon

«Je ne veux pas jouer au mahjong ou au sudoku sur PS4, et je pense que ce sentiment est partagé par les consommateurs japonais», répond à 20 Minutes Kenji Ono, président de l’IGDA Japon, la branche nipponne de l’International Game Developers Association. Il explique le faible nombre de titres japonais pour le lancement de la PS4: «Les jeux triple-A [les blockbusters, ndlr] deviennent énormes. Pour les créer, il faut donc des équipes de plus en plus grosses. Mais le nombre de studios japonais a fondu ces dix dernières années, car maintenant tout le monde fait des jeux pour mobiles.»

Le marché nippon du jeu vidéo est de fait en berne depuis plusieurs années. Il a même chuté de 9% en 2013, ce qui représente la sixième année de baisse d'affilée, selon une étude du magazine Famitsu. L'an passé, le montant total des ventes de jeux et consoles dans l'archipel est tombé à 408,9 milliards de yens (2,9 milliards d'euros), contre 449,2 milliards en 2012. Avec ce nouveau recul, la chute atteint 40% depuis 2007.

En Europe et aux Etats-Unis, la PS4 se porte à merveille

Dans le même temps, le marché a largement glissé vers les téléphones portables, faisant de l’Archipel le premier marché mondial des applications pour mobile, grâce au temps passé par les Japonais de tous âges à jouer, notamment dans les transports. Sony le sait bien, et c’est sans doute davantage pour mieux approvisionner les magasins européens et américains en PS4 que le constructeur a choisi de repousser le lancement japonais.

Sur ces continents, la PS4 se porte en effet à merveille: Sony vient d’annoncer que dans les 48 pays où elle est déjà disponible, sa console s’est écoulée à 5,3 millions de consoles vendues en mois de trois mois, entre le lancement aux Etats-Unis, le 15 novembre dernier, et le 8 février. Sur la même période, son concurrent direct Microsoft a vendu sa Xbox One à 3,9 millions d’exemplaires.