Eric Winogradsky: «Tout est fait pour que les joueurs prennent des risques avec leur santé»
INTERVIEW•Le coach de Jo-Wilfried Tsonga met en cause le calendrier de l'ATP, responsable selon de la blessure de son joueur...Propos recueillis par Romain Scotto
Il serait donc impossible de jouer au plus haut niveau sans mettre en danger sa santé. De nouveau touché au tendon rotulien du genou gauche, Jo-Wilfried Tsonga est contraint de s’arrêter six semaines et faire une croix sur la finale de la Coupe Davis, en décembre. Pour son coach, Eric Winogradsky, le responsable de ce forfait est l’ATP, dont le calendrier est beaucoup trop chargé à son goût…
Si c’était à refaire, Jo rejouerait-il les mêmes tournois, sans faire de pause, depuis son retour à Tokyo?
C’est difficile de refaire le film. Quand on prend une décision pour se donner la chance de faire partie de l’équipe de France en finale de Coupe Davis, il n’y a pas 36 solutions pour y arriver. Par rapport à la pathologie, on sait qu’il faut du temps pour revenir dans le rythme. C’est ce qu’on a fait. Cette rechute prouve que le temps imparti pour la cicatrisation n’était pas suffisant.
Il n’aurait pas pu s’arrêter plus longtemps?
C’est le calendrier qui est démentiel. Tout est fait pour forcer les joueurs à prendre des risques par rapport à leur santé. Vous, si vous arrêtez, on vous vous n’avez plus de salaire. Alors vous faites quoi? Vous continuez à travailler. Bah, c’est la même chose pour lui. On n’a pas le choix.
Mais rien ne l’empêche de s’arrêter neuf mois pour être sûr d’être compétitif à son retour. Et pourquoi pas de viser un premier Grand Chelem?
Si on avait l’assurance qu’il gagne un grand chelem oui… Mais demandez à Del Potro si ça ne l’embête pas de revenir à la 50e place (42e en réalité) après plusieurs mois d’arrêt.
Concrètement, vous souhaitez une réforme du calendrier?
On ne peut pas dire que l’ATP ne fasse pas d’efforts là dessus. Ils réfléchissent à la meilleure option possible en tentant de raccourci l’année. De quinze jours à trois semaines. Mais c’est bien loin d’être suffisant. Il y a encore des semaines sur lesquelles on peut gagner du terrain. Mais comme dans tout business, il y a des contrats signés avec des tournois qui courent sur plusieurs années. Donc ça va se faire progressivement.
A force de se blesser, Jo ne va-t-il pas douter de sa capacité à gagner des Grands Chelem et être Numéro1?
Je ne pense pas parce que sinon, cela ferait longtemps qu’il aurait rangé sa raquette. Il est toujours convaincu qu’il peut y arriver.
A Montpellier, où en était-il exactement?
Après trois semaines de compétition, il a jugé qu’il pouvait monter le curseur au maximum. Il a essayé de le faire contre Gilles (Simon, en quart de finale). Et le lendemain matin, au réveil, le genou était douloureux…
Qu’a-t-il fait pour soulager son genou jusqu’à la blessure?
Il a fait tout ce qui est possible et imaginable tout en sachant que le seul remède efficace, c’est le repos pour obtenir une cicatrisation importante. Puis il y a un travail de renforcement. Il s’astreint à un programme de prévention, avec un kiné qui ne travaille que pour lui. C’était impossible de faire plus que ce qu’il fait actuellement. Le plus, ce serait des semaines de repos supplémentaires…


















