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Eric Carrière: «En France, on verse trop dans la critique»

Eric Carrière: «En France, on verse trop dans la critique»

INTERVIEW – L’ancien milieu international décrypte les clés du match aller de la France en barrage contre l’Ukraine…
Propos recueillis par Romain Scotto

Propos recueillis par Romain Scotto

En tant qu’ancien international, Eric Carrière comprend parfaitement l’appel à l’union sacrée de Didier Deschamps. Pour être performants et avoir plus de chances de battre l’Ukraine vendredi en barrage aller de la Coupe du monde au Brésil, les joueurs doivent se sentir soutenus. Voilà en partie pourquoi la qualification de l’équipe de France est loin d’être acquise selon le consultant de Canal+…

Partagez-vous l’optimisme ambiant autour des chances de qualification de l’équipe de France?

Je ne crois pas que l’optimisme soit général au sein des joueurs et du staff technique. Ils n’ont pas dit «ça y est, c’est bon, c’est gagné.» L’optimisme est autour d’eux, avec les médias. L’expérience de l’Irlande peut nous permettre de retrouver un peu d’humilité à mon avis. C’était grandement compliqué. Et puis l’Ukraine, beaucoup d’observateurs ne la connaissent pas trop. Quand on regarde le bilan comptable, elle ne perd pas beaucoup et ne prend pas beaucoup de buts. Elle s’est reconstruite depuis un an. Il faut du talent, mais l’esprit d’équipe apporte une plus-value. Je pense qu’ils l’ont. Donc je ne suis pas hyper optimiste. Je ne dis pas que la France va gagner, d’autant plus sur des matchs aller-retour.

L’union sacrée est-elle vraiment l’ingrédient qui manque à cette équipe pour être compétitive?

Oui. C’est vraiment un truc qu’on ne sait pas trop faire en France. On verse trop dans la critique. Il y a des moments où il faut l’être. Et d’autre où ce n’est pas le cas. C’est important de se dire à un moment: allez, on est derrière notre équipe nationale. Ils ont raison. C’est ce qu’on veut tous. Les Français ont envie que la France soit au Brésil, c’est pareil pour les journalistes, les consultants. Il faut que les joueurs sentent qu’ils sont avec eux. A l’époque où on a gagné la Coupe du monde, il y a eu une union sacrée qui a donné une force supplémentaire à tout le monde.

Sur un match comme celui-là, qu’est ce qui prime? L’expérience, la fraîcheur?

C’est un petit peu tout. Il y a l’aspect fraîcheur mentale. Les joueurs sont en bonne forme physique. Ce qui fait du bien à la France, ce sont les deux derniers matchs (contre la Finlande et l’Australie). On a dominé, marqué, cela permet d’aborder les matchs de façon plus sereine. Les Italiens font beaucoup cela. Jouer des matchs amicaux contre des petites équipes. Marquer, ça fait du bien. Le joueur marche beaucoup à la confiance.

Malgré l’expérience des joueurs, comment être sûr que l’équipe ne passera pas au travers?

On ne peut pas le savoir. On le sait quand le match commence. La pression, c’est un élément prépondérant. On verra si les joueurs sont en confiance ou pas. Si cette pression va être convertie en positif ou en négatif. Une Coupe du monde au Brésil, ça donne envie à tout le monde. Parler de tactique, oui, c’est bien maîtrisé. C’est surtout l’environnement qu’il faut maîtriser pour le staff technique. Contre l’Irlande, on avait eu d’énormes difficultés, on ne reconnaissait pas notre équipe. Il y avait beaucoup de stress.

On ne devrait pas s’attendre à de gros bouleversements dans la composition. Ce n’est pas le genre de matchs où on innove?

Non, il faut s‘appuyer sur des costauds. Ce n’est pas un match où on va lancer des mecs qui n’ont pas trop d’expérience. Abidal, il a été rappelé et est plutôt bon en sélection. Il a beaucoup d’expérience. Il devrait jouer. Après, tout dépend de la sensation qu’a eue le staff technique aux entraînements. Bon, on a vu Valbuena moins bien avec Marseille. Mais au sein d’une équipe qui n’est pas bien, qui souffre. L’équipe de France, c’est autre chose. Il y a des joueurs frais dans leur tête. Valbuena a toujours été très bon en équipe de France. Si un joueur ne réussit rien à l’entraînement, tu te dis «oulà». Ce n’est pas bon. A l’inverse, il y a des joueurs qui ne sont pas bien en club et qui trouvent une bouffée d’oxygène en équipe de France.

Sans un grand Ribéry, vous voyez les Bleus se qualifier?

A l’heure actuelle, Ribéry est toujours présent dans les grands matchs. S’il n’est pas à son meilleur niveau, on sera en difficulté, c’est sûr. Avoir un joueur qui postule pour le Ballon d’Or, ce n’est pas anodin. Les Ukrainiens disent qu’ils ne craignent pas particulièrement Ribéry. Mais il faut qu’ils fassent gaffe de ne pas trop le motiver. Dites à un joueur comme lui que vous n’avez pas peur de lui, il vous répond: «Ah ouais, c’est ce qu’on va voir.»

L’une des clés devrait être la façon dont on va bloquer leurs ailes avec Konoplyanka et Iarmolenko. Est-ce qu’Evra et Debuchy sont armés aujourd’hui pour les museler?

On va vite le voir. Ce qui risque d’arriver, c’est que cette équipe défend de façon très coordonnée collectivement. Ce qui est sûr, c’est qu’on aura le ballon et qu’ils joueront en contre. La difficulté est de savoir qui reste en sécurité derrière. Quand tu as le ballon, c’est là que tu es en difficulté. Parce que si tu la perds, ça peut aller vite vers l’avant.

Une Coupe du monde sans la France, ce serait vraiment traumatisant?

Ce serait très traumatisant. Ça date un peu 1998. On ne domine plus le football mondial. Le rendez-vous tous les quatre ans, c’est au moins d’être à la Coupe du monde. Ne pas y être serait traumatisant. Le foot, malgré tout, c’est une bouffée d’oxygène dans la société, ça apporte du rêve. Moi je suis impatient de voir ces matchs. Il y a un enjeu, c’est sympa.