Le moulin de la Marie-Thérèse à Velaux a été sauvegardé grâce à la mobilisation citoyenne.
Le moulin de la Marie-Thérèse à Velaux a été sauvegardé grâce à la mobilisation citoyenne. — C. Delabroy / 20 Minutes

ENERGIE VERTE

Pays d’Aix: Un village se mobilise pour que le moulin fournisse à nouveau de l’électricité, et ça marche !

Après sept ans de fermeture, la centrale de la Marie Thérèse à Velaux est de nouveau branchée au réseau, grâce à une mobilisation citoyenne

  • Près de 200 citoyens se sont réunis en collectif pour sauver l’ancien moulin de Velaux, reconverti en centrale électrique en 1962 et hors service depuis sept ans.
  • Avec un budget total de 700 000 euros, le moulin a été réhabilité et fournit depuis ce mercredi de l’électricité verte à 150 foyers alentour.

D’un coup, il s’arrête net et tend l’oreille : « Ah, cela fait plaisir de l’entendre tourner, là c’est son vrai bruit ! ». Derrière de faux airs un peu bourrus, Jean-Marie Salignon laisse transparaître son émotion, tandis que des ingénieurs se penchent sur les derniers réglages de la nouvelle turbine. Le moulin familial de la Marie Thérèse à Velaux, village du pays d’Aix, vient tout juste d’être raccordé au réseau. Bientôt, une histoire d’heures, la petite centrale hydroélectrique va recommencer à fournir de l’énergie verte à 150 foyers alentour.

Plus de sept ans que le moulin était à l’arrêt. En cause, la panne de l’une de ses pales après cinquante ans de bons et loyaux services. Fin de l’histoire ? Sur le moment, Jean-Marie Salignon le pense. Trop d’investissements pour, somme toute, une petite exploitation. « Pour moi, cela n’était pas envisageable », tranche alors Jean-Marie Salignon. C’était compter sans la mobilisation citoyenne qui allait s’organiser pour faire revivre la Marie Thérèse. Elle est née grâce à Enercoop Paca, qui a joué le rôle de lanceur d’alerte et d’accompagnateur. C’est en cherchant des producteurs d’énergie verte que Jérôme Lelong, aujourd’hui coordinateur du pôle production chez Enercoop Paca, tombe sur la Marie Thérèse. Et découvre son histoire. Qu’à cela ne tienne, il ne lâche pas l’affaire et parvient à convaincre son propriétaire d’en faire un projet citoyen.

Une nouvelle passe à anguilles

« Nous avons lancé une étude de faisabilité financée par l’Ademe et la région et, en 2015, nous avions plusieurs scénarios disant que la réhabilitation de la centrale pouvait être rentable », se rappelle Jérôme Lelong. L’étape suivante « a été de mettre du monde autour du projet ». Laure Fenoglio fait partie des soutiens de la première heure. « La Marie Thérèse, je l’ai toujours connue, on y venait aux asperges, pour le goûter, cela faisait une balade », raconte cette native de Velaux. Car le site, entre collines d’un côté et peupliers de l’autre, est superbe. A quelques mètres du moulin, le seuil aménagé sur le cours d’eau de l’Arc crée une chute, « le carburant » de la centrale, comme dit Jean-Marie Salignon. Pour la bénévole LPO Chantal Seguin, « le fait de sauvegarder ce site, d’y créer aussi une passe à anguilles » a ainsi joué dans son engagement, comme celui de « donner un sens à mon épargne ».

Près de 200 citoyens ont rejoint l’aventure, réunis au sein de Provence Energie Citoyenne, où chacun est actionnaire. « En quelques jours, nous avons récolté 140 000 euros, qui sont venus compléter les financements publics, comme quoi ce n’est pas si compliqué de mobiliser de l’épargne citoyenne locale », constate Jérôme Lelong. Le budget total de réhabilitation de la centrale est de 700 000 euros. Outre le challenge technique et financier, la Marie Thérèse est aussi un défi humain. « L’enjeu était que les gens s’impliquent, après ils le font pour des raisons différentes, poursuit le coordinateur d’Enercoop Paca. Pour que ça marche, il faut des rendez-vous réguliers, organiser le travail, et que chacun puisse trouver quelque chose à faire, à la hauteur du temps qu’il a. »

A présent, l’aventure se poursuit sans Enercoop Paca. Les citoyens ont des idées plein la tête, notamment un projet hydraulique dans la vallée du Gapeau, dans le Var. « Il faut prolonger le chantier de la Marie Thérèse pour aider d’autres groupes à commencer », sourit Gérard Maurial, retraité de Shell… comme plusieurs membres de Provence Energie Citoyenne. « C’est quand j’ai vu l’ambiance solidaire du groupe, et que chacun était prêt à prendre sa part de ce qu’il y avait à faire, que je me suis dit que la rénovation de la Marie Thérèse devenait faisable », sourit Jean-Marie Salignon. Le samedi 18 mai, il ouvrira grand les portes du domaine pour fêter l’inauguration.