Dans l’esport aussi, le mercato est une période agitée
le marché des transferts•Le mercato dans l’esport est devenu un pivot stratégique aussi complexe que dans le sport traditionnel. Entre recherche de talent, négociations et fair-play financier, l’équipe de Galions s’organise pour bâtir une formation plus compétitiveTom Comminge
L'essentiel
- Le mercato, autrement appelé le marché des transferts, est une étape cruciale pour toutes les équipes. Que ce soit dans l’esport comme dans le football, c’est le moment pour chaque structure de trouver de nouvelles pépites et renforcer leur rang.
- Nous avons interrogé l’équipe française Galions, anciennement connue sous le nom de Team GO, pour en savoir plus sur les processus de recrutement dans l’esport.
- L’équipe mise sur un recrutement agressif pour dénicher les profils qui lui convient. Elle met également beaucoup de moyens dans le confort des joueurs avec des infrastructures de qualité.
Dans l’esport comme dans le football, le mercato est une étape cruciale. Recrutements, départs, négociations : chaque intersaison redistribue les cartes. « Le mercato dans l’esport, c’est le même que dans n’importe quel sport », résume Alexandre Job, président de Galions. L’équipe, anciennement connue sous Team GO, se démarque sur des jeux comme League of Legends ou encore Fortnite. Contrats à durées limitées, fins de saisons et remplacements rythment le fonctionnement d’un marché encore jeune mais déjà très codifié.
Comme dans le football, il est possible de racheter un joueur esport encore sous contrat, même pour des tarifs très faibles. Un indice révélateur d’un marché en structuration. « On a racheté un joueur pour une somme anecdotique parce qu’il ne jouait pas, comme un footballeur pas satisfait de son temps de jeu », ajoute Alexandre Job.
Recruter comme dans le sport traditionnel
Pour recruter des joueurs, certaines équipes s’appuient sur des scouters, mais d’autres, comme Galions, préfèrent un travail interne. « Pour trouver les joueurs qui correspondent au profil que nous recherchons, nous avons un analyste, explique Alexandre Job. Quand le joueur esport joue en compétition ou en solo, l’analyste va prélever ses données de jeu afin d’examiner son profil. Pour chaque poste (5 sur League of Legends), trois candidats sont listés, hiérarchisés et analysés pendant un à deux mois. Si l’option numéro une échoue, on passe à la suivante. »
Pour la saison qui arrive, l’équipe de Galions est déjà au complet. Elle s’affiche comme une structure agressive sur le mercato pour inciter plus rapidement les joueurs à rejoindre la partie. Comme dans le football, les joueurs ont une valeur marchande, souvent défendue par leur agent : « 90 % des joueurs pros ont un agent », souligne Alexandre Job. Mai contrairement au ballon rond, les contrats dans l’esport sont plutôt courts.
« Pour le moment, c’est presque inenvisageable de recruter un joueur pour 4 ou 5 ans, souligne Alexandre Job. Sur certains jeux, c’est trop instable. Mais on fait quand même en sorte que le salaire du joueur lui convienne et qu’il se sente bien chez nous. »
Miser sur un environnement sain
En effet, recruter un joueur, ce n’est pas qu’une question d’argent. Le mercato incite également les équipes à effectuer un travail méthodique qui s’appuie autant sur les salaires que sur l’humain. Galions a donc misé sur des infrastructures de qualité. « On a l’un des plus gros centres français dédiés à l’esport, déclare le président de Galions. Les joueurs en parlent entre eux et c’est comme ça qu’ils peuvent être tentés de jouer pour nous. »
La cohésion humaine fait également partie des arguments de recrutement pour cette équipe. « À la pré-saison, on part cinq jours sans PC. On les emmène en voyage comme dans une colonie de vacances. Les joueurs sont obligés de créer du lien et de la confiance entre eux. Cette approche fait partie de notre stratégie pour qu’ils puissent ensuite jouer dans les meilleures conditions. »
Un système de recrutement de plus en plus encadré
Sur League of Legends, jeu où Galions est une figure majeure de la ligue française (LFL), l’éditeur Riot Games a installé un cadre légal. « Pour la prochaine saison qui commence en janvier, la période de transfert a ouvert le 18 novembre, ajoute Alexandre Job. On peut donc directement passer par le joueur pour échanger. En dehors de cette période, on doit passer par la structure qui le détient. » D’après le président de Galions, contacter un joueur sans autorisation peut entraîner des sanctions. Une rigueur presque unique : « C’est le seul jeu qui fait ça », souligne-t-il.
La France est ainsi un cas particulier en matière de fair-play financier. « En LFL, tu ne peux pas dépasser 250.000 € de salaires annuels cumulés. » Au-delà, une luxury tax s’applique. Ce salary cap, soutenu par le syndicat des clubs professionnels esport (UFCEP), vise à éviter les dérives financières dans un secteur encore fragile économiquement.
Toute l'actualité du GamingLes contraintes ne s’arrêtent pas là. Les ligues de League of Legends limitent le nombre de joueurs étrangers. « On est limité à deux imports hors Europe. » Ce qui influence la composition des rosters. Galions a misé sur des joueurs européens et a ainsi recruté un Français, un Espagnol, un Suédois, un Tchèque et un Polonais.
Loin d’être des repoussoirs, ces contraintes de recrutement attirent les équipes esport qui préfèrent se concentrer sur les jeux dotés de ligues structurées, comme League of Legends, Valorant ou Rocket League, qui offrent stabilité et visibilité, plutôt que des jeux solo comme Super Smash Bros ou Fortnite, plus difficiles à suivre.


















