Megaupload: Kim Dotcom, un patron à identités multiples

PORTRAIT L'arrestation du fondateur de Megaupload, le 19 janvier, a mis en lumière son empire, son train de vie luxueux et son passé délictueux...

Nicolas Bégasse

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Kim Schmitz, connu plus tard sous le nom de Kim Dotcom, en 1999 à Hong Kong.
Kim Schmitz, connu plus tard sous le nom de Kim Dotcom, en 1999 à Hong Kong. — REUTERS/Handout

Le fondateur et patron de Megaupload, Kim Dotcom, a été arrêté jeudi par la police néo-zélandaise dans sa très luxueuse villa de la banlieue d’Auckland. Inculpé pour «conspiration de racket», «conspiration de violation de copyright» et «conspiration de blanchiment d'argent», il encourt vingt ans de prison et pourrait être bientôt extradé aux Etats-Unis, d'où le FBI a demandé son interpellation.

Les policiers néo-zélandais n’ont pas eu de mal à retrouver sa trace: le richissime entrepreneur de 37 ans (38 ans le 21 janvier) ne se cachait pas. Loin de là: c’est en fanfare qu’il est arrivé en Nouvelle-Zélande en 2010, achetant à prix d'or une villa réputée comme étant la plus chère du pays et criant sur tous les toits qu’il est l’un des dix personnages les plus riches de Nouvelle-Zélande. Pour le passage à l’année 2011, il offre à Auckland son plus beau spectacle de feux d’artifice, un show de dix minutes à 500.000 dollars. C’est depuis son hélicoptère privé qu’il profitera du spectacle.

Origines modestes

Car l’homme a un train de vie fastueux et ne s’en cache pas. Son appétit pour la vie est à son image: énorme. Cent cinquante kilos pour pas loin de 2 mètres, Kim Dotcom est un mastodonte aux goûts de luxe. De très nombreuses photos le montrent sur des plages paradisiaques, dans des jacuzzis, dans son jet privé, souvent accompagné de plusieurs mannequins. Il aime aussi les belles voitures, comme le prouvent les saisies effectuées jeudi par la police: 14 Mercedes, une Lamborghini, une Maserati et une Rolls-Royce. Il avait immatriculé celle-ci «GOD», donnant un aperçu de l’image que l’homme se fait de lui-même. Pourtant, Kim Dotcom n’a pas toujours connu le luxe. Il ne s’est d’ailleurs pas toujours appelé «Dotcom», patronyme ridicule (l’équivalent anglais de «Pointcom») obtenu lors de son arrivée en Nouvelle-Zélande.

Kim Schmitz est né en 1974 à Kiel, en Allemagne, d’un père alcoolique et violent et d’une mère élevant déjà deux enfants. Après le divorce de ses parents, il déménage avec sa mère à Munich. Il y grandit jusqu’à son premier délit, en 1997, lorsqu’il est arrêté pour piratage informatique. Mais c’est en 2001 qu’il commet son premier gros coup: le rachat d’une société en faillite, la - fausse- annonce de son renflouage à gros coups de millions et la vente, une fois les actions de la compagnie revalorisées, de ses parts. Une belle opération, qui lui rapporte 1,5 million de dollars, mais qui est aussi un délit d’initié caractérisé: arrêté en Thaïlande et ramené en Allemagne, il écope de deux ans avec sursis et de 100.000 euros d’amende. Pas grave pour Kim: sa fortune est faite.

Père de famille

C’est en 2005 qu’il réapparaît, à Hong Kong, sous le nom de Kim Tim Jim Vestor et la nationalité finlandaise. C’est le tournant de sa vie: il crée Megaupload et toutes les sociétés de la galaxie Mega (Megavideo Ltd, Megarotic Ltd, etc.). Il bâtit là les fondations d’un empire qui a eu le succès qu’on lui connaît aujourd’hui. Dans les années qui suivent, «Kimbie», son autre surnom, fonde de nombreuses sociétés en Asie, parfois sous sa nationalité allemande, parfois sous la finlandaise, jusqu’à son arrivée à Auckland.

Là, il vit avec sa femme et ses trois enfants, «plus deux autres en route, des jumelles», confie-t-il dans un long courrier autobiographique adressé en décembre dernier au site Torrentfreak (et traduit en français par ici). Reconnaissant des «erreurs de jeunesse», il s’y décrit comme un homme «pas foncièrement mauvais». Et ajoute, sur la défensive, comme s’il redoutait les ennuis qu’il connaîtra un mois plus tard: «Mega n'a rien à craindre. Notre entreprise est légale et protégée par des lois de lutte contre la violation des droits d'auteur à travers le monde. Nous travaillons avec les meilleurs avocats et respectons les règles.» Après l’avoir écrit, il va désormais devoir le prouver à la justice néo-zélandaise… et américaine, si son extradition est décidée.