Les lois anti-piratage Sopa et Pipa perdent des soutiens au Sénat

INTERNET La mobilisation de poids lourds du Web tels que Wikipedia et Google, opposés à ces textes de loi, semble avoir porté ses fruits...

Anaëlle Grondin

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La page d'accueil de la version anglaise de Wikipedia le 18 janvier. Le site était fermé pour protester contre les projets de loi antipiratage SOPA et PIPA, soutenus par Hollywood et les grandes maisons de disque américaines.
La page d'accueil de la version anglaise de Wikipedia le 18 janvier. Le site était fermé pour protester contre les projets de loi antipiratage SOPA et PIPA, soutenus par Hollywood et les grandes maisons de disque américaines. — CAPTURE D'ECRAN/20MINUTES.FR

Les internautes américains se souviendront longtemps de la journée de mercredi. Les écrans noirs étaient de mise sur plusieurs sites importants comme Reddit, Wikipedia, qui a fermé sa version anglaise pendant 24 heures, et Google.com, qui a choisi de masquer son logo. L’autocensure, suivie par des poids lourds de l’Internet ainsi que 7.000 autres sites, d’après le DailyMail, avait pour objectif de protester contre les projets de loi anti-piratage américains Sopa (Stop Online Piracy Act) et Pipa (Protect IP Act), le premier étant la version déposée devant la Chambre des représentants et le deuxième la version proposée par le Sénat. Des lois qui pourraient permettre aux ayants droit de forcer les FAI et les moteurs de recherche à censurer le Web pour empêcher les utilisateurs d'accéder à des pages jugées illégales...

Si Hollywood et les grandes maisons de disques soutiennent plus que jamais les deux textes, les acteurs du Web dénoncent depuis plusieurs mois les dérives potentielles des projets de loi, qui risqueraient «de freiner l'innovation en ligne» par peur de poursuites judiciaires. Google, Facebook, Twitter, Zynga, eBay, Mozilla, Yahoo, AOL, et LinkedIn avaient même publié une lettre fin 2011 en pleine page dans le New York Times pour faire savoir leurs craintes.

>> Sopa, c'est quoi? Nos guides à lire ici et

A côté du blackout des nombreux sites mercredi, la pression du public a également enflé: plus de quatre millions de personnes ont signé la pétition de Google contre les projets de loi, a annoncé la firme de Mountain View sur son réseau social. De son côté, l'Electronic Frontier Foundation explique que plus de 250.000 messages ont été envoyés au Congrès via son site. En outre, la mobilisation de mercredi ne s’est pas faite uniquement sur le Web: des rassemblements ont été également organisés dans les rues de New York et San Francisco.

Les opposants aux deux projets de loi ont de quoi se réjouir aujourd’hui. L’action coup de poing semble avoir porté ses fruits. Depuis mercredi, plus d’une dizaine de sénateurs ont fait marche arrière et ont cessé de soutenir le projet de loi Pipa. D’après TorrentFreak, ils se seraient rendu compte que les textes représentent «une menace potentielle pour le futur de l’Internet». Le site donne la liste de ceux qui ont cessé de soutenir les projets de loi alors qu’ils le promouvaient activement auparavant. Par exemple, le sénateur républicain Marco Rubio, ardent défenseur de Pipa au départ, a indiqué qu’il ne soutenait plus le texte: «Il ne faut pas se précipiter sur une loi qui pourrait avoir maintes conséquences non souhaitées», a-t-il déclaré. Il parle désormais d’«inquiétudes légitimes sur l’impact de la loi» et sur l’«expansion du pouvoir du gouvernement fédéral» sur le Web. D’autres sénateurs comme Roy Blunt, un des initiateurs de Pipa, évoquent le droit à la liberté d’expression pour expliquer leur prise de distance.

Barack Obama a déjà pris ses distances avec Sopa

La Maison Blanche s'était déjà désolidarisée des projets de loi en début de semaine: «Nous considérons que le piratage sur Internet est un grave problème qui nécessite une réponse législative sérieuse, mais nous ne soutiendrons pas une législation qui réduit la liberté d'expression, augmente les risques pour la sécurité cybernétique et sape le dynamisme et le caractère innovant de l'Internet mondial», avait-elle déclaré dans un communiqué. La Maison Blanche a également indiqué qu’elle utiliserait son droit de veto en cas de besoin.