En Tunisie, le Web souffre de la rumeur

MEDIAS Un an après la Révolution, blogueurs, journalistes et internautes se sont retrouvés à Tunis pour parler des médias dans la Tunisie post Ben Ali...

Alice Coffin, envoyée spéciale à Tunis

— 

Des milliers de Tunisiens célèbrent le premier anniversaire de la chute de Ben Ali, le 14 janvier 2012 à Tunis.
Des milliers de Tunisiens célèbrent le premier anniversaire de la chute de Ben Ali, le 14 janvier 2012 à Tunis. — SIPA

De notre envoyée spéciale à Tunis

Il y a un an, la Révolution tunisienne disait «Merci Facebook». Merci aux réseaux sociaux, aux blogueurs qui avaient contribué à la chute de Ben Ali. Un an plus tard, ces même blogueurs, hackers ou journalistes se sont réunis les 12 et 13 janvier à Tunis à l’invitation de Canal France International (CFI) pour un colloque intitulé «Medias et Internet, Tunisie : révolution, mutation, transition» . Parmi les multiples constats, réjouissants ou inquiétants, une préoccupation majeure: comment lutter contre le fléau de la rumeur sur le web tunisien? De l’installation de la chaîne McDonald sur le territoire à l’état de santé des dirigeants, elles sont quotidiennes.  «Je passe mon temps à démentir des informations qui ont circulé d’abord sur Facebook.  Mon plus grand reproche aux médias, c’est de colporter des rumeurs» note Emma Mnif, femme politique.

«Diffuser de fausses informations étaient une habitude pour les sites qui étaient sur le devant de la scène avant le 14 janvier 2011, c’était des sites de propagande,  raconte Malek Khadrhaoui co-administrateur  de Nawaat, blog collectif créé en 2004 et très actif pendant la Révolution. Le problème c’est qu’ils sont toujours là et qu’ils continuent à diffuser des histoires fausses».  De fait, si Internet a servi la Révolution, «les plateformes sont des outils disponibles pour tous et certains s’en servent pour diffuser des rumeurs», estime la blogueuse Nadia Ayadi, membre des Cahiers de la Liberté. Avec une conséquence: «les Tunisiens ne font toujours pas confiance à leurs médias, estime Sihem Ben Sedrine, journaliste militante,  fondatrice de Radio Kalima. Même si elle a changé, on reste dans une mécanique de la désinformation».

Un site «chasseur de rumeurs»

Fondateur de Mediapart, site interdit en Tunisie sous Ben Ali, Edwy Plenel, plaide le contexte post-révolutionnaire: «En France, le bouillonnement démocratique de l’été 1789 a aussi marqué la naissance de la presse démocratique. Il y avait le meilleur, les débats sur la constituante, la Convention, et le pire, c'est-à-dire les insultes, les provocations et les rumeurs. Il faut l’accepter». Il pointe néanmoins un déficit d’«enquêtes de société et de terrain dans la presse tunisienne francophone», «enjeu essentiel» pour établir «des vérités de faits».

Enjeu qui implique des moyens dont ne bénéficient parfois pas les journalistes. A défaut d’enquêtes d’investigation, Khelil Ben Osman, à l’origine de l’ATLN (Association tunisienne pour les libertés numériques) a, lui, lancé un site «chasseur de rumeurs». ch9alek.org invite tous les internautes à poster une rumeur dont ils auraient eu vent, et s’engage à la vérifier, donnant trois informations qui l’infirment ou la confirment.