Le juge ordonne le blocage total du site CopWatch

WEB Il va ainsi plus loin que ne le demandait le ministère de l'Intérieur, qui réclamait le filtrage d'une dizaine de pages...

P.B. et A.G.

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Plusieurs policiers de la BST de Belleville ont été «fichés» sur le site Internet «Copwatch».
Plusieurs policiers de la BST de Belleville ont été «fichés» sur le site Internet «Copwatch». — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Le juge a écouté les fournisseurs d'accès. Le tribunal des référés de Paris a ordonné, vendredi soir, le blocage temporaire du site CopWatch, qui recense les violences policières. Si le ministère de l'Intérieur ne réclamait que le filtrage de 11 pages contenant des informations personnelles sur les membres des forces de l'ordre (nom, photo, profil Facebook) et des propos jugés difamant, les FAI avaient prévenu qu'ils n'étaient pas en mesure de faire dans la chirurgie, et que cela devrait être tout ou rien.

Selon la décision, filtrer l'accès à certaines pages aurait nécessité des investissements dans des systèmes de surveillance du trafic par «deep package inspection», chiffrés à 10.000 euros par FAI. Une somme à laquelle se serait ajouté le coût de maintenance d'au moins 2.000 euros pour six mois.

Le juge précise que cette mesure de blocage, «ordonnée seulement à titre provisoire (jusqu'à la décision de la plainte contre X pour diffamation et injure déposée par le ministre de l'Intérieur, ndr), n’est en l’espèce rendue nécessaire et justifiée que par l’impossibilité actuelle d’identifier les responsables du site litigieux et son hébergeur

Déjà 24 sites miroirs

Chez les FAI, on se félicite. «Les avocats d’Orange sont satisfaits de la réponse du TGI, car le blocage porte sur l’intégralité du site et non sur certaines pages, ce qu’on ne sait pas faire en France. Par ailleurs, ce blocage sera à la charge du ministère de l’Intérieur et non des FAI», confie à 20minutes.fr un porte-parole d'Orange. Il précise que le blocage de CopWatch va intervenir «dans les prochaines heures ou les prochains jours, dès que l’on aura reçu la notification. On verra à ce moment là si on bloque par IP ou DNS, les deux fonctionnent, on sait faire les deux.»

 

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Pierre-Henry Brandet, se réjouit également: «La justice est allée au delà de notre demande. C'est encore mieux. Ca va permettre de protéger encore plus nos forces de l'ordre. On est très content. C'est une victoire symbolique et très importante.» Concernant le coût, il ne sait «pas très bien comment cela va se chiffrer» mais cela devait «coûter beaucoup moins cher que le filtrage sélectif.»

 

Deux problèmes. D'abord, un site Internet, c'est un peu comme de la mauvaise herbe: tentez d'en fermer un, et les internautes se mobilisent pour offrir des sites miroirs hébergés sur d'autres serveurs. Dans le cas de CopWatch, on en compte déjà vingt-quatre. Le porte-parole d'Orange confirme: sur les miroirs, «on n’a pas de décision de justice pour bloquer ces sites, donc ils vont rester en ligne.» Ensuite, parce que le ministère de l'Intérieur n'avait demandé que le filtrage de certaines pages et qu'on a là le blocage de tout le site, il sera possible pour les personnes derrière CopWatch de faire appel en invoquant une mesure disproportionnée.