Internet: Le nom de domaine personnalisé prend vie mais n'est pas donné

WEB La réforme annoncée des extensions de noms de domaine a été adoptée lundi par l'Icann. Les entreprises et les organisations pourront par exemple troquer le .com ou .fr pour un .apple ou .paris, pour 130.000 euros...

Philippe Berry

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L'Icann, réunie à Singapour le 20 juin 2011.
L'Icann, réunie à Singapour le 20 juin 2011. — ICANN

Vous rêviez d'un nom de domaine au nom de votre entreprise ou de votre association? C'est désormais possible, mais ce n'est pas donné. Si nous étions des machines, il suffirait de retenir l'adresse IP d'un site pour y accéder (comme 195.122.2.38). Pour simplifier les choses, un système d'annuaire a été mis en place, associant une adresse IP à un identifiant en lettres, comme paris.fr. Après de longs débats, l'Icann, l'organisme qui gère les noms de domaine de plus haut niveau, a finalement adopté, lundi, une réforme présentée comme la plus importante de ces quarante dernières années pour l'adressage sur Internet.

>> Le questions/réponses de l'Icann ici

De 22 extensions à une infinité

Il existe aujourd'hui 22 extensions de noms de domaine de «top niveau» comme .com, .net ou .org. S'y ajoutent plus de 250 extensions locales (.fr .de etc.). Avec la réforme adoptée, «la seule limite est l'imagination», explique l'Icann. Tous les caractères seront autorités (y compris arabes et asiatiques).

Pas pour les particuliers

Peuvent déposer candidatures «les entreprises et les organisations, privées et publiques». Selon un sondage australien, 50% des demandes anticipées sont pour des marques, comme .canon. New York et Paris devraient demander un .nyc et .paris. Déposer sa candidature nécessite de remplir 200 pages de paperasse et coûtera la bagatelle de 185.000 dollars (130.000 euros), auxquels s'ajouteront des dizaines de milliers de dollars de frais de gestion annuels. L'Icann s'attend à recevoir de 300 à 1.000 demandes lors de la première vague, du 12 janvier au 12 avril 2012.

Les points positifs...

Certains experts y voient une opportunité pour améliorer la sécurité sur Internet, notamment en luttant contre le phishing. Si une banque dépose par exemple .bnp ou .socgen, un client pourrait identifier d'un coup d’œil un site officiel, sans risquer de tomber dans le panneau d'une escroquerie. Pour les marques, comme Apple ou Google, disposer de sa propre extension est également tentant pour asseoir un peu plus l'image de l'entreprise via un «branding» (de «brand», «marque») ultime.

et les points négatifs

«Honte à l'Internet», s'emporte Lauren Weinstein, qui prend régulièrement sa plume pour défendre la liberté d'expression et combattre la censure sur le Net. Beaucoup de militants d'un Internet libre et ouvert dénoncent cette «privatisation» du Web, estimant que l'internaute n'a rien à y gagner. L'Icann, une organisation à but non lucratif, jure que son but n'est pas de s'enrichir et que les sommes amassées seront directement injectées dans son fonctionnement. Une autre grande question reste celle du cybersquattage. L'Icann a prévu une procédure pour lutter contre le phénomène: une fois la première vague de candidatures déposées, le groupe publiera les requêtes, et n'importe qui pourra déposer un recours pour bloquer une attribution. Si la question devrait être vite réglée pour des marques, uniques, quel arbitrage sera rendu pour des noms plus génériques comme .money ou .voyage? La ruée vers l'or 2.0 peut commencer.