Reconnaissance faciale sur Facebook: «N'importe quelle photo de vous pourrait devenir accessible à tous»

WEB La Cnil fait part de ses inquiétudes sur la reconnaissance faciale à 20minutes...

Propos recueillis par Charlotte Pudlowski

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Page d'accueil du réseau social Facebook.
Page d'accueil du réseau social Facebook. — US-IT-COMPANY-FACEBOOK

Facebook  a mis en place la reconnaissance faciale sur les photos, analysant automatiquement toutes les images présentes sur le réseau. Gwendal Le Grand, chef du service d’expertise informatique de la Comission nationale informatique et libertés, répond aux questions de 20Minutes…

Pourquoi la reconnaissance faciale pose problème à la Cnil?

Cette fonctionnalité est problématique en soi: c’est une analyse biométrique. La biométrie est très encadrée par la loi, on ne peut pas faire ce que l’on veut. En l’occurrence, quand vous chargez une photo, il faut vous dire qu’elle est directement  analysée et on ne sait pas bien ce que Facebook en fait.

En plus c’est activé par défaut?

Absolument. C’est récurrent sur Facebook. Il y a une possibilité de désactiver le système mais les paramètres ne sont pas faciles à trouver. Et il n’est pas clair pour les utilisateurs de savoir si la fonction est enclenchée ou pas. Surtout, même quand la fonction est désactivée [vos amis ne peuvent pas ainsi vous taguer automatiquement], les photos sont tout de même analysées. Donc Facebook possède de toute façon des noms associés à toutes ces images dans sa base de données, et on ne sait pas tout à fait ce qu’ils en font.

Que craint la Cnil concrètement?

Pour l’instant on ne sait pas vraiment. Potentiellement, vous pouvez imaginer un moteur de recherche avec des noms: vous tapez votre nom, et on ne trouve plus simplement les commentaires que vous avez laissés sur un forum, etc., mais une photo de vous en CM2, pas taguée mais chargée par l’un de vos amis et qui a été analysée, et sur laquelle on vous reconnaît. N’importe quelle image de vous, que vous connaissiez son existence ou pas, pourrait devenir accessible à tous. C’est le droit à l’oubli qui est en jeu.

Que demandez-vous à Facebook?

Pour l’instant, seulement des précisions sur le fonctionnement du procédé. Nous sommes en discussion avec eux, nous échangeons.

Quels sont vos moyens d’action?

On a déjà obtenu gain de cause sur plusieurs points depuis 2007. A l’époque, en France, personne ne savait ce qu’était Facebook, mais tout était ouvert. La Cnil et ses homologues ont demandé davantage de contrôles pour les utilisateurs. Le rôle de la Cnil n’est pas d’évaluer une technologie en elle-même, mais de poser la question de son utilisation.

On en parle au niveau des Cnil européennes. Nous avons un pouvoir de contrôle et de sanction, le cas échéant nous pouvons aller dans les bureaux de Facebook en France et voir ce qu’il se passe. Parfois le contrôle n’est pas nécessaire. Tout dépendra de nos échanges actuels avec Facebook.