Piratage du PSN: la facture pourrait être salée pour Sony

INTERNET Entre le manque à gagner et les plaintes des consommateurs, l'addition est évaluée entre 1,5 et 24 milliards de dollars...

Sandrine Cochard

— 

Le logo officiel du Playstation Network de Sony.
Le logo officiel du Playstation Network de Sony. — DR

Le cauchemar continue pour Sony. Depuis le piratage de son Playstation Network, survenu entre le 17 et le 19 avril dernier, le géant japonais peine à remettre son portail, qui permet aux possesseurs de consoles PlayStation de jouer en réseau, à flot. Sony a promis lundi que tout serait rentré dans l’ordre d’ici le 31 mai. Une bien longue attente pour les joueurs qui pourrait coûter très cher à Sony.

10 millions de dollars par semaine

Selon différents analystes, la facture se chiffrerait au moins en milliards de dollars. Un montant qui comprend le coût d'éventuels procès, le manque à gagner lié à l'interruption (depuis le 19 avril) de PSN et le prix à payer pour renforcer la sécurité de son réseau informatique.

A court terme, le manque à gagner pour Sony est évalué à 10 millions de dollars de revenus (issus des abonnements des utilisateurs) par semaine, selon le Los Angeles Times. Si le PSN n’est pas utilisable avant le 31 mai, cela fera un total de six semaines de revenus en moins pour Sony, soit 60 millions de dollars. Pour commencer.

Car sur le long terme, la facture pourrait encore s’alourdir. Sony devra probablement rembourser les utilisateurs du PSN qui ont payé pour son service premium, reconstruire son système informatique et investir dans de nouvelles mesures de sécurité, explique au LA Times Michael Pachter, analyste chez Wedbush Securities. Un coût évalué selon lui à 50 millions de dollars supplémentaires. Une action collective de consommateurs a déjà été déposée auprès d'une cour fédérale de San Francisco.

Un coût de 24 milliards?

En outre, Sony –accusée de négligence en matière de sécurité et de communication- va devoir rendre des comptes. Aux autorités américaines, britanniques, irlandaises, australiennes et italiennes en charge de la protection des données qui ont ouvert des enquêtes. En France, la Cnil a également ouvert une enquête. «Nous allons nous rapprocher de Sony pour analyser différents éléments: combien de personnes sont concernées en France, quelle est la nature des données, quelle a été la faille exacte de sécurité, les données étaient-elles suffisamment chiffrées, quelles informations ont été envoyées aux personnes victimes... », explique son président Alex Türk aux Echos, en précisant que l'enquête pourra déboucher sur des sanctions.

Le Ponemon Institute, spécialisé dans la sécurité informatique, est plus pessimiste. Le coût d'un acte de piratage s'élève en moyenne à 318 dollars par dossier concerné, explique-t-il. Ce qui porterait l'attente du préjudice subit par Sony à 24,5 milliards de dollars. Cette estimation extrême est basée sur l’hypothèse du vol de la totalité des numéros de cartes bancaires des 77 millions d'utilisateurs du Playstation Network. Or, à l'heure actuelle, «seuls» 12.700 vols de numéros de cartes bleues ont été confirmés.

Enfin, il convient d’ajouter les conséquences du recul de l’action Sony: cotée 30,09 dollars le 25 avril dernier à New York, elle a plongé à 27,98 dollars le 5 mai avant de clôturer à 28,68 dollars à, lundi. Cette affaire creuse le fossé dans lequel plonge l’action depuis le début de l’année (- 19,69 % depuis le 1er janvier dernier), déjà malmenée par le tsunami au Japon. Depuis le séisme, l'action Sony a fondu de plus de 20% au total.

Crise de confiance

Mais la véritable inconnue concerne le sort que réservent les 77 millions d'abonnés à PSN à leur Playstation. Après s’être fait dérober leur nom, leurs adresses physique et électronique, leurs identifiants de connexion, et peut-être même le numéro et la date d'expiration de leurs cartes bancaires, courront-ils le risque de voir de nouveau leurs données éparpillées dans la nature ou cesseront-ils purement et simplement de passer par le PSN, payant, pour jouer en solo sur leur console? Ou choisiront-ils de tourner le dos à la Playstation pour lui préférer une console concurrente?

Pour éviter ce scénario du pire et se refaire une image, Sony a prévu de lancer le pack «Welcome Back» afin de choyer ses joueurs. Ce pack comprendra notamment un abonnement gratuit d'un mois au PSN et une extension des abonnements. Et pour calmer un peu les esprits, le PDG de Sony, Howard Stringer a annoncé le week-end dernier que chaque joueur américain serait assuré à hauteur d’1 million de dollars. Ces mains tendues seront-elles suffisantes ? Car au final, ce sont les coûts liés à la dépreciation de l'image de marque, impossibles à chiffrer, qui pèseront le plus, et le plus longtemps.