Color explose les frontières du réseau social traditionnel

HIGH-TECH Partager vos clichés avec des inconnus se trouvant au même endroit que vous, une idée géniale ou folle?

Philippe Berry

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L'app Color sur iPhone.
L'app Color sur iPhone. — DR

De notre correspondant à Los Angeles

On n'avait sans doute pas vu un tel buzz dans la Silicon Valley autour d'une startup depuis au moins deux ans. Elle a déjà levé plus de 40 millions de dollars, et Sequoia Capital y a injecté davantage de cash que dans Google à l'époque. Color, qui a lancé son app gratuite pour iPhone et Android, jeudi, veut utiliser le partage de photos pour créer un réseau social «post-PC» d'un genre nouveau: sans frontières, ni structures, ni paramètres de vie privée. Juste des individus connectés via un simple dénominateur commun: l'endroit où ils se trouvent, à un instant donné.

Color, kezako?

Color, c'est le partage mobile de photos d'Instagram ou d'Hipstamatic, l'ouverture de Twitter, la géolocalisation de Foursquare, de potentiels deal locaux à la Groupon, le voyeurisme de Chatroulette. Et un peu plus. Explications en vidéo:

L'idée de départ est simple: vous prenez une photo; si vous en êtes satisfait, elle est automatiquement envoyée dans le nuage du Web. N'importe qui situé dans votre périmètre immédiat (une cinquantaine de mètres) la voit instantanément dans Color. Ainsi que toutes les autres photos que vous avez prises. Et vice versa. On peut parcourir les photos par lieu ou sous une forme de timeline.

En quoi Color est différent?

Pas de compte à créer (juste son prénom et une photo à donner), aucune «friend request» à envoyer, de personnes à suivre, d'album à créer. On ne jongle pas avec des paramètres de vie privée: tout est public et annoncé comme tel, basé sur la seule localisation (l'app n'utilise pas le GPS mais les capteurs de lumière/son pour détecter qui se trouve au même endroit).

Comment le réseau est-il constitué?

Sur Facebook, on est surtout connectés à des gens qu'on connaît. Soit directement, soit via un autre maillon de son réseau. Pour Bill Nguyen, on passe là à côté de milliers de connexions et de rencontres. Avec Color, l'entrepreneur passionné, qui a revendu Lala à Apple pour plusieurs dizaines de millions de dollars, parle de réseau «élastique». Dans un premier temps, vous êtes connectés à tous ceux autour de vous qui prennent des photos. En cas d'interaction avec une personne, (commentaires, messages échangés, photos prises ensemble etc), le lien est renforcé et son profil mis en avant. Il peut à l'inverse s'estomper (les photos deviennent grises), voire s'éteindre complètement. Avec Lala, Bill Nguyen voulait explorer les découvertes musicales. Avec Color, il s'intéresse aux découvertes de personnes via la photographie.

Qu'est-ce que Color peut changer?

Et si l'homme ou la femme de votre vie était à quelques mètres de vous au concert de Mumford and Sons, sans que vous l’ayez même aperçu(e) ? Et si tout le monde à un mariage ou à une soirée disposait de Color. Et si les milliers de manifestants de la place Tahrir ou les millions de touristes devant Notre Dame offraient autant de perspective et de points de vue différents, en accès universel, en temps réel? Avec assez d'utilisateurs, Color a le potentiel pour devenir une sorte de témoin universel de l'histoire.

Pourquoi Color peut faire peur?

Tout est public. Ceux qui ronchonnent déjà devant une photo taggée sur Facebook, qui pensent immédiatement à Big Brother ou au prochain déséquilibré qui va tenter de les suivre à la trace avec Color, vont hurler. Bill Nguyen jure cependant que les photos seront un minimum surveillées et les pervers bloqués.

Et l'argent?

Pour certains, Color est une preuve de plus que la bulle est de retour. Pas forcément. L'entreprise travaille sur une approche locale voisine de celle de Groupon: si vous utilisez Color dans un restaurant, le chef pourrait payer pour envoyer dans votre flux des photos du dessert du jour, par exemple. Color veut également à terme vendre aux médias des flux (Japon, SuperBowl, Libye etc) pour participer à leur couverture 2.0.

Le dernier mot

Color divise la population en trois groupes. Ceux qui ne font pas l'effort de comprendre le principe et ses implications, qui balaient l'idée comme anecdotique. Ceux qui ont fait la gymnastique mentale nécessaire, et sont époustouflés par un changement de paradigme en gestation. Et ceux qui sont terrorisés par les dérives potentielles. Dans quel camp êtes-vous?

Color va-t-il trop loin? A moins que la vie privée soit déjà morte? Dites-le nous ci-dessous.

Les explications de Bill Nguyen

Interviewé par AllThingsD: