Egypte: «Quand on voit que la Tunisie s'est «libérée», on estime qu'il est temps pour nous de faire de même»

ENTRETIEN Avec de nombreux autres blogueurs et internautes égyptiens, Ahmed Mekkawy mène la lutte sur la Toile contre le régime d'Hosni Moubarak...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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Une jeune femme agite le drapeau égyptien lors d'une manifestation au Caire, le 26 janvier 2011
Une jeune femme agite le drapeau égyptien lors d'une manifestation au Caire, le 26 janvier 2011 — REUTERS/Asmaa Waguih

En Egypte comme en Tunisie, les blogs et les réseaux sociaux ont été des instruments essentiels pour les jeunes égyptiens afin d’organiser les manifestations des derniers jours. Ahmed Mekkawy, blogueur de 30 ans vivant à Alexandrie, détaille pour 20minutes.fr le bras de fer que se livrent sur la Toile les internautes égyptiens avec le régime.

Existe-t-il une censure des autorités égyptiennes sur Internet?
Nous n’avons connu aucune forme de censure jusqu’aux dernières élections législatives (en novembre dernier). Durant la campagne, tous les sites appartenant aux Frères Musulmans ont connu des problèmes. Et depuis les manifestations actuelles, cela arrive sur Twitter et Facebook. De plus, ils ralentissent énormément le réseau pour tenter de tuer l’utilisation d’Internet. Ce qu’ils font n’est pas une censure gouvernementale officielle parce qu’il n’existe aucune loi qui leur permet de l’appliquer, mais ils forcent les fournisseurs d’accès à indiquer qu’il y a un problème de maintenance. Je suis moi-même informaticien, je sais exactement ce qu’ils font, mais je pense que cela ne durera pas plus de quelques jours.

Twitter et Facebook ont été bloqués mardi et mercredi, cela est-il déjà arrivé auparavant?
Cela n’est jamais arrivé avant, mais on avait entendu parler d’un plan des autorités visant à rendre Facebook inutilisable il y a quelques mois. Le site n’a pas été bloqué pour tout le monde, mais il a été de manière générale très difficile d’y accéder.

Les réseaux sociaux sont-ils le meilleur moyen de coordonner votre mouvement de protestation?
Oui, mais avant Facebook, on a utilisé les blogs pendant des années pour répandre nos informations et préparer l’esprit des gens au changement. Nous ne sommes pas une entité organisée, nous n’avons pas de nom, nous sommes juste de jeunes égyptiens, normaux, qui voulons affirmer notre différence et construire une communauté qui ne serait pas contrôlée par une seule personne ou idéologie. Actuellement on utilise les réseaux sociaux pour coordonner nos manifestations, mais ils vont nous empêcher d’y accéder, alors on retourne aux courriels de masse pour assurer notre communication. Je doute qu’ils puissent jamais contrôler ce moyen-là, enfin j’espère.

Est-il difficile de tenir un blog parlant de politique en Egypte? Avez-vous déjà été ennuyé pour cela?
Certains blogueurs égyptiens ont été arrêtés à cause de leur blog, mais ils ne sont pas nombreux. Pour être honnête, le gouvernement ne vient pas vous ennuyer sauf si vous dépassez la ligne rouge que nous connaissons tous. On peut parler de politique, mais on ne peut pas dire que le président est malade par exemple. Personnellement, je n’ai jamais reçu aucune menace pour mon blog, mais j’ai eu des avertissements au sujet de mes activités sur Facebook. Les autorités sont plus attentives aux réseaux sociaux parce que les choses se répandent beaucoup plus vite que sur un blog, mais si cela n’est pas toujours vrai.

Est-ce que la révolte tunisienne vous a influencé dans vos manifestations actuelles?
Oui, bien sûr. Même si cela n’est peut-être pas visible pour vous en Europe, nous, en tant que pays arabes, nous sentons appartenir à une même entité. Nos gouvernements ne sont peut-être pas toujours d’accord, mais les peuples se sentent toujours liés. Ainsi, quand on parle de la Tunisie, on dit toujours «nos frères de Tunis». On pense tous que l’Egypte et la plupart des régimes actuels dans les pays arabes ne travaillent pas pour notre bien-être. L’Egypte est le pays arabe le plus peuplé, alors quand on voit que la Tunisie s’est «libérée», on estime qu’il est temps pour nous de faire de même.