Egypte: Internet au coeur de l'organisation de la lutte anti-pouvoir

WEB Les opposants au régime d'Hosni Moubarak se sont emparés des réseaux sociaux pour faire passer leurs appels...

Corentin Chauvel avec Reuters

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A.WAGUIH / REUTERS

Après la «Journée de colère» sans précédent de mardi en Egypte, les cyber-activistes du pays ont promis de remettre le couvert les jours suivants et ce, «jusqu'au départ de Moubarak». Les mises en garde du gouvernement égyptien contre toute nouvelle mobilisation n’y ont rien fait, les manifestants continuent de battre le pavé et la Toile est la pièce maîtresse de l’organisation du mouvement comme en Tunisie.

Aux manettes notamment, le «mouvement de la jeunesse du 6 avril», en référence au 6 avril 2008 lorsque des manifestations contre la vie chère et la pénurie de pain avaient été durement réprimées. Ce groupe pro-démocratique rassemble des «jeunes Egyptiens réunis par l’amour de l’Egypte et (leur) désir de réforme».

Twitter bloqué en Egypte

«Bien que la vaste majorité d’entre nous n’appartiennent à aucun courant politique et ne soit lié à aucune force politique, (…) nous sommes convaincus de notre capacité et de notre droit à changer cette triste réalité», indiquent-ils sur la page de présentation de leur site. Depuis 2008, le mouvement appelle depuis régulièrement à des «journées de colère», notamment sur Facebookson groupe a dépassé les 85.000 membres. 

La révolte se propage également sur Twitter. Mardi, le «hashtag» à suivre était #25jan ou #Jan25 (25 janvier), et continue d’être utilisé, même si Twitter est resté bloqué pour le plus grand nombre mercredi, des restrictions confirmées par les responsables du réseau social. Facebook s’est également retrouvé bloqué mercredi, une première en Egypte, indique à 20minutes.fr Ahmed Mekkawy, qui tient le blog «Linuxawy».

Une «ligne rouge» à ne pas franchir sur les blogs

Les blogueurs égyptiens, justement, ne sont pas en reste. Issandr el Amrani, sur son blog «The Arabist», indiquait avant les manifestations de mardi que «si un dixième des quelque 80.000 personnes qui soutiennent cette initiative sur Internet se joignent effectivement au mouvement, ce sera un succès».

Cependant, il est arrivé que certains blogueurs soient ennuyés voire arrêtés par les autorités. «Pour être honnête, le gouvernement n’intervient pas, sauf si quelqu’un franchit la ligne rouge que l’on connaît tous», explique Ahmed Mekkawy, qui précise que lui et ses compagnons de cyber-activisme peuvent parler de politique, mais «ce n’est pas possible de dire que le président est malade par exemple».

Les réseaux sociaux sous surveillance

Une ligne rouge franchie par Khaled Saïd, battu à mort en juin 2010, «après avoir diffusé une vidéo dans laquelle des policiers étaient pris en flagrant délit de corruption». Il est devenu depuis la «figure de proue des mouvements de contestation du pouvoir», selon France 24.

Mais Ahmed Mekkawy constate que les autorités semblent avoir changé leur fusil d’épaule depuis l’avènement des réseaux sociaux: «Je n’ai jamais été menacé pour mon blog, au contraire de mes activités sur Facebook. Les autorités sont plus attentives aux réseaux sociaux parce que les choses se répandent beaucoup plus facilement que sur un blog.» En effet, c’est désormais grâce à eux qu’ils coordonnent leur mouvement de protestation. «Mais les autorités nous empêchent d’y accéder», déplore le blogueur. Résultat: «Nous retournons aux échanges de courriels de masse pour assurer nos communications. Je doute qu’ils arrivent à contrôler ce moyen-là, enfin j’espère.»