Tim Berners Lee, le père du Web, appelle à sauver son bébé

HIGH-TECH Alors que le World Wide Web s'apprête à souffler ses 20 bougies, son créateur s'inquiète de l'évolution actuelle...

Philippe Berry
— 
Une carte partielle d'Internet
Une carte partielle d'Internet — opte.org

De notre correspondant à Los Angeles

«Sir» Tim Berners Lee pousse un cri. Sur six pages, le co-inventeur du World Wide Web (voir encadré) tire la sonnette d'alarme. Selon lui, «le Web est en danger». Ouverture, Facebook, net-neutralité, Hadopi... Il aborde tous les sujets chaud.

Pour Lee, le Web doit rester «ouvert et universel». Il a pensé le Web de manière à ce que «chacun puisse se connecter de n'importe où, à n'importe quel site, via n'importe quelle machine». Selon lui, ces principes sont menacés par plusieurs tendances:

Les «murs» dressés par des réseaux sociaux comme Facebook ou par des logiciels comme iTunes. «Les données existent à l'intérieur de jardins verrouillés et ne sont pas accessibles au reste des internautes», écrit-il. «On ne peut pas faire de lien» vers quelque chose partagé sur Facebook ou dans iTunes si «on n'est pas membre». Il cite en modèle des projets comme Diaspora, le réseau social en version alpha basé sur l'ouverture et la transparence.

Les FAI «sont tentés de ralentir l'accès à certains sites ou services». Il fustige Google qui défend la Net-neutralité «tout en proposant de ne pas l'appliquer pour l'Internet mobile». Pour lui, l'internaute paie pour un certain débit et il est «vital» que les fournisseurs d'accès ne mettent pas leur nez dans les paquets.

Gouvernements comme dictatures «surveillent» les échanges. Lee met dos à dos l'Iran, la Chine ou la France. Il tire à boulets rouges sur Hadopi qui peut «priver les citoyens d'un droit fondamental» et cite en exemple la Finlande, qui a inscrit le droit à un accès Internet d'un débit minimum de 1 Mbps dans la constitution. Il félicite Google qui a refusé de «plier face à la censure chinoise».

Les standards fermés qui nécessitent de payer des royalties n'ont «pas leur place» sur le Web. Berners Lee fait ici échos à des débats comme celui autour de la vidéo, avec Apple et Microsoft qui défendent le codec propriétaire H.264 tandis que Mozilla milite pour l'ouverture avec theora.

Les «apps» sur smartphones pourraient mener à un Web «fragmenté en de multiples îlots». Tim Berners Lee défend les «web apps» qui permettent de «facilement partager et lier les données».

WWW

Le World Wide Web est la partie du réseau Internet constituée des pages HTML et des liens hypertexte. Les deux sont souvent confondus, Tim Berners Lee utilise donc une comparaison: le Web est à Internet ce que le frigo et la cuisinière sont au réseau électrique. Internet, c'est les tuyaux et les paquets d'informations qui y circulent, quels qu'ils soient (Web, mails, newsgroups, chat, P2P, VOD ou téléphonie VoIP). Le 25 décembre 1990, Tim Berners Lee et Roger Cailliau, deux scientifiques du Cern, ont établi la première communication HTTP entre un client et un serveur via Internet. Le premier navigateur Web suivra en 1991.