Economie numérique: Eric Besson reprend la main

REMANIEMENT Que réserve le ministre désormais chargé de l’Industrie, de l'Energie et de l'Economie numérique?

Sandrine Cochard

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CHAMUSSY/SIPA

L’économie numérique est l’un des portefeuilles perdants de ce nouveau remaniement. Hier portée par un secrétariat d’Etat entier, rattaché directement au Premier ministre, l’économie numérique est aujourd’hui réduite à une portion du ministère de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique, piloté par Eric Besson et rattaché à Bercy.
 
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Cette suppression va «rayer de la carte le seul relais politique de la politique Internet», s’inquiétait l'Association des Services Internet Communautaires (ASIC), début novembre. Le glissement de secrétariat d’Etat à ministère délégué pourrait toutefois avoir un effet positif, puisqu’un ministère dispose de plus de moyens, notamment de services administratifs en propre. Reste à savoir si l’économie numérique occupera une bonne place dans la hiérarchie des nombreux dossiers qui attendent Eric Besson.
 
Habitué du numérique
 
Point positif: Eric Besson n’est pas un novice en la matière. Il a eu la charge de l’économie numérique entre mai 2007 et janvier 2009. C’est lui qui avait lancé le Plan numérique 2012 (qui prévoyait notamment l’attribution d’une 4e licence mobile et un droit opposable au haut débit) et qui avait participé à la création du secrétariat d’Etat dédié à l’économie numérique, en mars 2008.
 
L’homme avait laissé quelques bons souvenirs, notamment, à Martin Rogard, patron de Dailymotion. «Il avait fait du très bon boulot et soutenu les hébergeurs!», a-t-il affirmé sur Twitter. Eric Besson avait effectivement défendu le statut juridique de l'hébergeur, et s'était engagé pour la protection des contenus contre le piratage. Même enthousiasme pour l'Asic, pour qui le retour d'Eric Besson est une «extrême bonne nouvelle». «Il est actif, efficace, il connaissait ses dossiers, était très investi et savait poser les bonnes questions», assure l'un des présidents de l'association, Giuseppe de Martino, à 20minutes.fr.
 
Chantiers
 
Plusieurs chantiers attendent Eric Besson, à commencer par celui de la fibre optique. La France est encore à la traîne en matière de haut débit, avec un taux de pénétration d'à peine 1,46%. Un chiffre bien loin des objectifs de Nicolas Sarkozy, qui souhaite raccorder 100% des foyers au très haut débit d'ici 2025.
 
Il lui faudra également concrétiser la réflexion menée par Nathalie Kosciusko-Morizet sur le droit à l’oubli, qui s’est soldée par la signature d’une charte essentiellement symbolique puisque ni Facebook, ni Yahoo, ni Google ne l’ont paraphée. Eric Besson devra enfin veiller au bon déroulement du passage de la télévision au tout numérique, déjà bien avancé, développer le cinéma numérique et surtout trouver une solution au casse-tête de la numérisation du patrimoine, conjointement avec le ministère de la Culture et de la Communication, qui s’est beaucoup occupé de ce dernier dossier. Il pourra pour cela compter sur une enveloppe de 4,5 milliards d’euros héritée du grand emprunt.

COUAC
Créé au moment de la présentation du Plan numérique pour 2012, le site www.francenumerique2012.fr/, qui devait assurer la publication et le suivi des 154 propositions du plan, n’existe plus. «Le site, ainsi que les 154 actions, ont disparu courant 2010. Le domaine n'a même pas été renouvelé par le gouvernement», peut-on lire sur la page d’accueil. Ce sont des «citoyens soucieux des politiques publiques en matière de numérique» qui ont repris le nom de domaine, «afin d'éviter qu'il ne fasse l'objet de cybersquatting». Et de conclure: «Le droit à l'oubli numérique n'existe pas pour les engagements politiques.»