De la publicité pour vérifier que vous n'êtes pas un robot-spammeur

MEDIA Solve Media, une start-up new-yorkaise, fait du bruit avec le lancement d'une plateforme qui compte notamment Microsoft et Toyota comme clients...

Philippe Berry

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Un exemple de CAPTCHA traditionnel face à la solution publicitaire de Solve Media
Un exemple de CAPTCHA traditionnel face à la solution publicitaire de Solve Media — DR

De notre correspondant à Los Angeles

Combien de fois avez-vous déjà hurlé contre les CAPTCHA, ce système de sécurité qui demande de recopier des mots quasi illisibles pour s'assurer que vous êtes bien humain? Exactement. La méthode tient du mal nécessaire, afin, entre autres, de lutter contre le spam, faute de mieux. Jusqu'à aujourd'hui.

Lundi, la startup Solve Media a lancé sa plateforme publicitaire TYPE-IN avec laquelle elle veut faire d'un clic deux coups: générer des bénéfices et vous simplifier la vie. Adieu caractères tellement déformés qu'ils donnent l'impression de passer un test d'ophtalmo sans lunettes, place à une bannière de pub, avec un slogan clair à recopier.

Génie publicitaire

Les bannières publicitaires traditionnelles ont beau clignoter, nous les ignorons facilement. Soit en les bloquant carrément dans le navigateur, soit en les zappant sans y prêter attention. La solution de Solve Media est maligne: en obligeant à recopier un message publicitaire, l'annonceur a la garantie que son slogan va s'imprimer dans notre cerveau (12 fois plus qu'avec une bannière classique, selon une étude).

Caressée par beaucoup (des petits, comme AdCaptcher, et des gros, comme Microsoft), l'idée d'insérer de la pub dans –ou à la place– des CAPTCHA n'a jamais vraiment décollé. Beaucoup émettent en effet des doutes sur la qualité des technologies alternatives: si les gribouillis sont parfois illisibles, c'est que la reconnaissance d'écriture a fait de tels progrès que les machines sont difficiles à tromper.

Sécurité avancée

La liste des client de Solve Media impressionne: Toyota, Universal, AOL (également investisseur) et même Microsoft, avec une campagne pour promouvoir Internet Explorer 8. Dur d'imaginer que de telles entreprises n'ont pas testé le système de près. «Côté sécurité, nos tests montrent des résultats aussi performants que les CAPTCHA classiques», affirme à 20minutes.fr le PDG de Solve Media, Ari Jacoby.

Pourtant sur le site de l'entreprise, des exemples de bannières sont facilement retranscrits en texte par un logiciel OCR gratuit. «Ces exemples sont de niveau 1, avec des images stockées en cache. Nous clients peuvent aller jusqu'à un niveau 10, avec une repixellisation à chaque visite pour des images uniques. Cela est couplé à un système heuristique qui surveille de nombreux autres paramètres suspects pour lutter contre le spam. C'est notre coeur de métier», répond Ari Jacoby.

Quid de la main d'œuvre pas chère en Inde, notamment, que les spammeurs embauchent pour taper des CAPTCHA à la chaîne? «Nous surveillons les adresses IP suspectes, et d'autres paramètres comme la vitesse de frappe. Nous sommes capables de les identifier.» Faudra-t-il bientôt inventer un nouveau test de Turing pour identifier l'humain se faisant passer pour un humain?

CAPTCHA quoi?

Un acronyme pour Completely Automated Public Turing test to Tell Computers and Humans Apart (test public de Turing complètement automatisé pour différencier les humains des ordinateurs). En 1950, l'informaticien Alan Turing formule son «test»: si un individu converse avec un humain et une machine sans être capable de discerner l'un de l'autre, alors la machine a passé le test. Ce qu'aucune n'a réussi jusqu'à présent.