Ping, le réseau antisocial d'Apple

CULTURE Présentée comme un outil de découverte musicale, la nouvelle fonction d'iTunes sert surtout à amener davantage de clients vers la boutique d'Apple...

Philippe Berry

— 

Steve Jobs présentant Ping, le 1er septembre
Steve Jobs présentant Ping, le 1er septembre — Reuters

De notre correspondant à Los Angeles

Avec Ping, l'amateur de musique perd vite son sang froid. Dévoilé mercredi par Steve Jobs, Ping ajoute une dimension de réseau social à iTunes 10. A vous les découvertes et le partage musical, comme le promet Apple? Pas vraiment. Fermé, mal pensé, peu ergonomique... Ping, qui reprend des fonctions classiques de Twitter et Facebook (follow, like, flux d'activité etc), est pourtant l'anti-web 2.0.

Créer son profil et son réseau: le désert

D'abord, il faut télécharger iTunes 10, ou au moins sa mise à jour. Cinq minutes et un plantage plus tard (sur PC, le logiciel reste mal optimisé), un onglet Ping apparaît. On s'y connecte avec ses identifiants iTunes. Pour affiner les recommandations, on choisit ses trois genres musicaux préférés, parmi une vingtaine des plus basiques. Pour les amateurs de punk, de new wave ou de folklore bavarois, il faudra repasser. Va pour pop, rock et electro. Ping suggère alors de suivre les activités de Lady Gaga, Linkin Park, Shakira, U2, Jack Johnson ou encore Diddy. Que des petits artistes en mal de reconnaissance, donc.

Dénicher le profil de ses amis et suivre leur activité ramène tout droit en 1999. Pas de recherche automatique via son carnet d'adresses ni d'import de ses contacts Twitter, last.fm ou Facebook (la fonction a été intégrée puis retirée, sous fond de tensions entre Apple et Facebook, mais devrait revenir). Tout se fait à la main, nom après nom, péniblement. Pour 99,99% des tentatives, la réponse est implacable: «profil non trouvé, envoyer une invitation». A part quelques early adopters des réseaux sociaux ici et là, on est vite forcé de naviguer dans le milieu consanguin des producteurs et autres DJs à la recherche d'un nouveau vecteur de promo. Même si vous suivez un ami et qu'il vous retourne la faveur, impossible de lui envoyer un message ou de lui adresser personnellement une recommandation.

Des recommandations limitées

Ping est donc coupé du web. Pire, il est même isolé de votre collection musicale iTunes. Contrairement à ce qu'avait laissé entendre Steve Jobs, il est impossible d'écouter un titre de sa bibliothèque et de crier à tous ses contacts «Je Like» ou de partager ses playlists. Attribuer 5 étoiles à Panic Switch, de Silversun Pickups, (la meilleure chanson de rock indé de 2009/2010) reste ignoré par Ping. La seule façon de procéder, c'est d'aller dans la boutique d'iTunes, de recherche manuellement une chanson, de cliquer à côté de l'onglet «acheter» pour faire dérouler un menu et enfin choisir «like» ou «post». Dans les flux d'activité, vos followers peuvent ensuite en écouter... 30 secondes. Envie d'ajouter un lien complémentaire vers une version live YouTube? Il apparaît bien, mais impossible pour vos contacts de cliquer dessus, ni même de le copier-coller vers leur navigateur.

Pollué par le spam

Parmi les 200 commentaires d'un post de Lady Gaga, plus de 50% sont des pubs pour «acheter un iPhone pas cher». Le spam, qui fut l'une des plaies de Twitter, n'a pour l'instant pas été endigué par Apple.

Vie privée

Pourquoi Apple a-t-il choisi de développer son propre réseau social, alors qu'il n'a pas d'expérience dans ce domaine? Une simple intégration dans Facebook n'aurait-elle pas été préférable? Steve Jobs ne l'a pas caché mercredi: selon lui, «Facebook était trop gourmand» financièrement pour un possible accord. Il a également régulièrement lancé des piques à l'encontre du réseau de Mark Zuckerberg ou de Google face à leurs dérives sur la vie privée. Ping prend l'approche inverse et sort les verrous. Parfait pour écouter de la musique... Dans son coin.

Conclusion

Dans l'état, Ping n'est qu'un nouveau-né prématuré prisonnier d'iTunes déjà chimérique (impossible de rechercher ou sélectionner du texte dans la page). Même le partage social sur le Zune de Microsoft est plus flexible. Frustrant quand on sait qu'Apple a racheté (et fermé) Lala.com, qui était un outil formidable pour les passionnés de musique. Ping conserve cependant un certain potentiel. Apple devra:

  • enfin se décider à proposer une version légère, en ligne, d'iTunes
  • se mettre au streaming
  • autoriser le branchement entre sa bibliothèque musicale personnelle et Ping pour un partage en un clic
  • s'ouvrir au reste du web
  • certifier les profils des artistes (on trouve déjà de nombreux fake)

En attendant, il reste Facebook, Spotify ou encore Deezer pour découvrir des pépites. Comme ce morceau instrumental épique de Zack Hemsey, employé dans une bande-annonce d'Inception.

<a href="http://music.zackhemsey.com/track/empty-room-trailer-version" _fcksavedurl="http://music.zackhemsey.com/track/empty-room-trailer-version" _fcksavedurl="http://music.zackhemsey.com/track/empty-room-trailer-version" _fcksavedurl="http://music.zackhemsey.com/track/empty-room-trailer-version" _fcksavedurl="http://music.zackhemsey.com/track/empty-room-trailer-version" _fcksavedurl="http://music.zackhemsey.com/track/empty-room-trailer-version">Empty Room (Trailer Version) by Zack Hemsey</a>