La neutralité du Net, c'est quoi exactement?

WEB Google et Verizon sont accusés de la mettre à mal...

Charlotte Pudlowski
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Le siège de Google à Mountain View, en Californie.
Le siège de Google à Mountain View, en Californie. — D.-P. MORRIS / AFP

Depuis une semaine, Verizon et Google sont accusés de vouloir mettre à mal la neutralité du net par une proposition de «cadre législatif» du Web, et attirent les critiques de diverses parts. Facebook vient d’apporter sa voix au débat, en exprimant son désaccord avec Google. Mais c’est quoi déjà, cette neutralité du Net?

Le concept est très simple, c’est l’égalité pour tous, version 2.0. Il s’agit, pour les fournisseurs d’accès à Internet (FAI), de traiter toutes les données de la même façon. Vous êtes un blog avec deux visiteurs (votre papa et votre maman) ou 20minutes.fr (où les papas et les mamans sont par ailleurs les bienvenus) c’est la même vitesse de débit.

Le débat

Ca, c’est le principe. Dans les faits, certains sites riches aimeraient bien payer pour avoir un plus haut débit, et donc un traitement préférentiel; et d’autres acteurs voudraient que les FAI s’arrogent le droit de bloquer certains sites ayant des contenus controversés (pour ce dernier point, en France, les FAI ont déjà le droit et le devoir de bloquer des sites portant atteinte aux droits humains, notamment faisant l’apologie des crimes contre l’humanité, ou de la pornographie enfantine). 

Avec une non-neutralité du Web, un site comme Youtube (propriété de Google) pourrait par exemple payer l’opérateur Verizon pour s’assurer de la primauté qui lui serait accordée, dans la vitesse de chargement du site.

Pour ou contre?

La neutralité du Net est un principe très largement défendu. La firme Google elle-même, en dépit des soupçons de contravention à ce principe qui pèsent sur elle, a réaffirmé son attachement à cette neutralité. Néanmoins, selon Eric Schmidt, les entailles faites à la neutralité auraient pour avantage de créer une manne financière pour améliorer et innover dans les réseaux. Si tout le monde est logé à la même enseigne quoi qu’il arrive, pourquoi s’évertuer à améliorer les choses?

Il existe pourtant un autre type d’innovation sur le Web: celle du contenu. Si la neutralité est mise à mal, cela empêchera les petits sites de prospérer, et pourra nuire à la diversité du Web. Si Youtube fonctionne plus vite qu’un petit site de vidéos indépendantes créatif, qui prendra la peine d’aller sur ce second? Par ailleurs, si les gros poissons décident de payer les FAI, il n’est pas impossible qu’à terme ils décident de faire payer les internautes pour contribuer à ce financement. Du coup, ceux qui en ont les moyens auraient accès au Web plus rapidement que les autres.

Le Web s’est aussi largement tissé grâce à de jeunes étudiants qui mettaient sur pied des projets installés entre leur lit et leur bureau, dans quelques mètre carrés étudiants. Qu’il s’agisse de Facebook ou de Chatroulette (qui, certes, ne manquerait peut-être pas au monde s’il n’existait pas), avec un Internet à deux vitesses, pas sûr que le succès aurait été si facile.

Les risques

Le débat qui oppose les tenants de la neutralité à Google et Verizon, et à leur volonté de l’ébrécher, est d’autant plus virulent qu’une décision de justice importante a été prise en avril aux Etats-Unis: En appel, la justice américaine a affirmé que le FCC (Federal Communications Commission, la Commission fédérale des communications, gendarme des télécommunications aux Etats-Unis) n’avait pas l’autorité nécessaire pour imposer la neutralité du réseau, et accordé ainsi sa première victoire à Comcast, le géant des opérateurs.