Apple: une application Ipad voulait censurer une BD d'Oscar Wilde

WEB Il n'y a aucun rempart juridique contre la censure exercée par Apple...

Charlotte Pudlowski

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Steve Jobs à San Francisco, le 7 juin 2010
Steve Jobs à San Francisco, le 7 juin 2010 — Justin Sullivan/Getty Images/AFP

Le puritanisme de Steve Jobs est de plus en plus inquiétant. Il voulait nous «libérer de la pornographie»Il en vient à censurer Oscar Wilde. Une application qui adaptait la comédie De l’Importance d’être constant en bande dessinée a subi un drôle de traitement: des  cases ont été obstruées par des carrés noirs, remplaçant notamment un baiser échangé entre deux hommes. Apple a décidé de revenir en arrière et d’autoriser la publication, mais seulement après la parution de plusieurs articles.

Peter Bonte, l’éditeur de l’application, a déclaré au site Prism Comics qu’Apple, au départ, avait même rejeté la version censurée. Et c’est bien la scène homosexuelle qui pose problème, puisque Bronte a mis à disposition des scènes d’une autre BD, Kick-Ass avec des images de rapports d’intimité comparable, mais hétérosexuelle, et Apple n’a eu aucun problème avec.


Censure légale


Que vous soyez contents ou pas, vous n’y pouvez pas grand chose. Aux Etats-Unis comme en France, des lois permettent à un éditeur de contenus (journaux, sites…ipad) de déterminer ce qu’ils y mettent. La responsabilité que leur confère leur position d’éditeur leur arroge aussi le droit de refuser certains contenus. Apple peut donc très bien choisir de censurer certains contenus.
 
«Il existe un droit à la liberté d’expression, qui est reconnu internationalement par la Déclaration Universelle de 48», souligne Emmanuel Pierrat, avocat spécialiste en propriété intellectuelle. «Mais ce droit est laissé à une grande latitude d’interprétation, et il n’est pas prévu pour empêcher ce genre de censure.»


Monopole

Surtout, Apple ne fait en réalité rien de mal. Ou plutôt, ce que fait la société est mal parce qu’elle est en situation de monopole. Si elle ne l’était pas, vous iriez lire Oscar Wilde sur votre blackberry ou autre. Et même ce monopole-là est légal, puisque les lois anti-trusts aux Etats-Unis ont beau être très puissantes, Apple ne tombe sous le coup d’aucunes d’entre elles.
 
«Pour qu’une compagnie soit en situation illégale de monopole, il y a trois cas. La compagnie a pu en racheter d’autres pour devenir la plus grosse», explique maître Pierrat. Ce n’est pas le cas d’Apple, qui a grossi d’elle-même. «Elle a pu s’entendre avec les autres pour fixer ensemble leurs termes et les imposer aux clients». Ce n’est pas le cas non plus: Apple n’a besoin de s’entendre avec personne. «Soit une entreprise, qui a un monopole sur un domaine, applique des conditions commerciales qui dépassent les usages commerciaux». Par exemple, si Apple avait dit à l’éditeur «vous me vendez votre application à perte, sinon je ne diffuse pas votre application».


Le pouvoir des internautes

Aucune issue juridique donc. «C’est dangereux et inquiétant», estime Emmanuel Pierrat, très pessimiste. «On a déjà assisté à des situations dans lesquelles des supports étaient en situation de monopole, avec les VHS, dans les années 80. C’était Sony et ils étaient seuls à décider».
 
Entre temps Internet a néanmoins fait émerger une puissance des consommateurs. En témoigne le recul de Mark Zuckerberg lors du mécontentement des utilisateurs de Facebook sur les conditions d’utilisation. En témoigne aussi le recul de Jobs sur l’application Oscar Wilde. Les internautes peuvent être le seul rempart contre la censure.