Web-séries québecoises: audiences- record, mais manque de thunes

INTERNET Les web-séries québecoises, souvent très drôles ou trash, se taillent un joli succès d’audience sur la Toile. Mais ne génèrent pas de ressources, et n’attirent pas la pub. La question qui tue: comment les financer?...

Capucine Cousin

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Dans la lignée des Têtes à claques, de nouvelles web-séries québécoises  en ligne montrent le bouillonnement créatif qui émerge: avec TempsMort.tv, Lecouple.Tv, En audition avec Simon...

Des séries inventives écrites et réalisées par des jeunes talents, qui se servent d’Internet comme d’un tremplin. Lesquels mettent en avant la liberté totale de création, sans se voir imposer des têtes d’affiches par des diffuseurs.  Mais ces auteurs sont souvent condamnés à les financer aec leurs économies.

Pas de financements publics pour les web-séries

C’est le sujet qui préoccupe les jeunes auteurs et réalisateurs, au Québec, mais aussi en France. Pour sa web-série Lecouple.tv, Lily Thibeault, a mobilisé 12 comédiens, une vingtaine de techniciens... Pour un budget global de 50.000 euros. «J’ai bénéficié d’un prêt de matériel, qui a couvert la moitié de mon budget», précise-t-elle. Pour la seconde saison de sa série, elle cherche des investisseurs...

C’est là le fond du problème: si les séries télé classiques sont financées par les diffuseurs et par des fonds publics (comme le CNC en France), en France aussi bien qu’au Québec, «il n’existe pas de fonds d’aide dédiés à la web-production», précise à 20minutes.fr Jean Cressant, président du Web-TV Festival, et de l’association internationale des web-tv francophones, tout juste créée.

Au Québec, «le Fonds des médias exige qu’il y ait une dimension interactive pour apporter un financement», précise Lily Thibeault, auteure de Lecouple.tv.

Nouvelles plateformes de diffusion

Du coup, comment financer ces web-séries? La pub? Si on voit des pubs sur les vidéos diffusées sur les sites de partage vidéos, comme YouTube ou Dailymotion, les web-séries diffusées par les réalisateurs sur leurs propres sites n’attirent pas de pub. Faute d’audience suffisante.

D’autres commencent à miser sur le placement de produits dans leurs web-séries, la commercialisation de produits dérivés... Ou encore la co-production. 

En fait, ils mettent beaucoup d’espoirs dans la création de nouvelles plateformes de diffusion. Radio Canada (équivalent de Radio France) a lancé avec d’autres diffuseurs le 26 janvier TOU TV, qui diffuse de la vidéo à la demande.Et justement, elle commence à héberger, voire co-produire, des web-séries - elle en diffuse déjà une cinquantaine.

Pas de rétribution comme en télé

Mais sans toujours rémunérer suffisamment leurs auteurs. «Radio Canada rediffuse des épisodes de ma web-série sur TOU TV. Ils me versent des droits de rediffusion, mais qui risquent d’être modestes. Ils ne m’achètent pas de licence comme ce serait le cas pour une diffusion en télé», précise Lily Thibeault.  De fait, les web-séries n’ont pas le même statut que les séries télé: les diffuseurs web n’ont donc pas à verser de licences de rediffusion.

«Il n’y a pas de modèles de rémunération similaire à celui de la télé. Et il n’y en aura sans doute pas, alors que les coûts des licences de rediffusion chutent. On va arriver progressivement à un mode de rétribution, mais sans rapport avec les cachets appliqués en télé», analyse Gilbert Ouellette, directeur général du Regroupement des producteurs multimédia au Québec.