Mais qui sont les «digital natives»?

WEB Comment se comportent sur la Toile les «digital natives», cette «net génération» née après Internet et l'ayant donc toujours connu? Une étude publiée mercredi par une association d'éducation aux médias renverse quelques idées reçues...

Capucine Cousin

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Un adolescent se connecte à Internet pour jouer en ligne le 5 janvier 2009.
Un adolescent se connecte à Internet pour jouer en ligne le 5 janvier 2009. — DURAND FLORENCE/SIPA

Les ados d'aujourd'hui seraient-ils des (futurs) drogués aux écrans d'ordinateurs, laptops, netbooks et autres smartphones?

Déjà cette étude de Pew Internet and American Life Project avait beaucoup fait jaser sur le sujet. D'après celle-ci, les ados américains délaisseraient les blogs au profit des réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter: seulement 14% déclarent avoir blogué en 2009, alors qu'ils étaient 28% en 2006. S’en était suivi un article du New York Times, le 20 février, titré avec un humour grinçant «Si vos enfants sont réveillés, ils sont probablement en ligne».

Une étude réalisée par les sociologues Elodie Kredens et Barbara Fontar (1) pour l’association Fréquence écoles, taille en pièces bon nombre d’idées reçues sur les digital natives.

Geeks, vraiment?

Certes, ils sont nés après Internet, et l’ont donc toujours connu. D’ailleurs, le taux d’équipement a bondi dans les foyers français: près de 70% ont 2 ordinateurs ou plus à la maison), naviguent presque tous (99%) sur le Web, et même de manière quotidienne pour près de la moitié d'entre eux (44,5%) de façon quotidienne.

Le téléphone portable a largement envahi les cours de récré: la quasi-totalité des lycéens en a un, 61,1% des collégiens aussi, et même… 30% des petits en primaire. Sur l’ensemble, 40% sont équipés d’un smartphone leur permettant d’aller sur Internet.

Dans la pratique, loin d’être scotchés à leurs écrans, «ils passent en moyenne 2 heures par jour sur le Net à la maison», estime Elodie Kredens. Et encore, ils sont souvent connectés à Internet sans l’utiliser.

Car les digital natives sont multitâches: sur leur ordi, ils ont leur fenêtre MSN ouverte pour pouvoir chater avec leurs amis, écoutent de la musique, se connectent sur Facebook, tout en faisant leurs devoirs.

D’ailleurs, pour communiquer, ils utilisent beaucoup les réseaux sociaux et les messageries instantanées, ainsi que les SMS… mais relativement peu la voix. En cause, souvent «leurs forfaits, avec des heures de communications limitées, et des SMS illimités», précise Elodie Kredens. L’e-mail, lui, est limite ringard: ils l’utilisent pour écrire à leur mamie, ou parfois faire passer des infos comme leur date de répétition de concert», raconte la socliologue.

Relations sociales en ligne

Mais tous se retrouvent dans des pratiques de réseaux sociaux: Facebook, YouTube et MSM sont leurs sites préférés, tandis que Twitter est peu utilisé. Près de 86% des lycéens interrogés possèdent ainsi un compte Facebook. Les blogs et Facebook ont la cote dès le collège: «Avoir un blog leur permet d’afficher leur vie sociale, de se mettre en scène, d’afficher leur popularité. Il y a même des "battles" entre blogs», détaille Elodie Kredens.

Télé out

Autre fait surprenant, ils désertent la petite lucarne au profit du Net. Si les enfants de primaires regardent davantage la télé qu’ils ne sont sur Internet, les choses s’inversent chez les lycéens. «Ils s’échant beaucoup de liens sur YouTube: autour de l’humour, de buts de foot. Ils regardent des séries en vidéo à la demande», précise Elodie Kredens.

Prudents sur le Net

Enfin, dernier lieu commun dézingué par l’étude, ils sont loin de butiner de façon insousciante sur le Web. «Ils vont sur le Net en voyage organisé, ils tissent leur propre Toile et n’en sortent pas», d’après l’étude. Plus les jeunes grandissent et plus ils repèrent les dangers du Web. Ils ne sont pas réfractaires aux discours de prévention. 85,7% considèrent qu'il est important d'avertir les plus jeunes des risques qu'ils courent sur le Net

Les dangers rencontrés? Essentiellement des virus et spams (cités par 36,4%), images ou films pornos (25,5%), ou violents (21,5%), des utilisations de photos sans accord (15%), les films et images pédophiles venant loin derrière (déclaré par 1,4%)…

(1) questionnaire adressé à 1.000 jeunes de 8 à 18 ans (méthode des quotas)