La double peine de la streameuse Amouranth, victime de violences conjugales… et de cyberharcèlement sexiste

Violences conjugales L’une des streameuses les plus suivies de la plateforme Twitch a révélé en live les abus et violences commises par son mari depuis plusieurs années, avant d’être victime de cyberharcèlement

Pauline Ferrari
La streameuse Amouranth, plus de 3 millions d'abonnés sur Twitch, a révélé lors d'un live les violences conjugales qu'elles subissaient de la part de son mari
La streameuse Amouranth, plus de 3 millions d'abonnés sur Twitch, a révélé lors d'un live les violences conjugales qu'elles subissaient de la part de son mari — Capture d'écran @Amouranth
  • La streameuse américaine Amouranth est l’une des plus puissantes de la plateforme Twitch, avec 5,9 millions d’abonnés.
  • Ce week-end, lors d’un live, elle a révélé les violences perpétrées par son mari : manipulations psychologiques, menace de tuer ses animaux, saisie de ses comptes bancaires…
  • Depuis dimanche, après que son stream s’est brutalement interrompu, personne n’a de nouvelles d’Amouranth.

C’est une des streameuses les plus suivies sur la plateforme de vidéos en direct Twitch : Amouranth, plus de 5,9 millions d’abonnés, est devenue au fil des années le bouc émissaire d’une armée d’internautes tantôt excités tantôt haineux. La streameuse, spécialisée dans les lives dits « hot tub », c’est-à-dire des vidéos dans lesquelles elle discute avec ses abonnés en maillot de bain, a rapidement été accusée d’utiliser son corps et sa beauté pour attirer les abonnés (masculins) et ainsi gagner sa vie beaucoup plus facilement que d’autres streamers. Ces dernières années, Amouranth a été la victime régulière de campagnes de dénigrement et de cyberharcèlement sexiste et sexuel sur les réseaux sociaux.



Ce week-end, alors qu’elle était en live sur Twitch, Amouranth a mis son téléphone sur haut-parleur, révélant une conversation téléphonique avec son mari, alors que la streameuse n’a jamais parlé de lui (ni du fait qu’elle était mariée). Ce dernier hurle et la menace au téléphone. Les spectateurs comprennent peu à peu que la streameuse est sous l'emprise de son époux, qui garde le contrôle de ses comptes en banque, et la force à streamer plusieurs heures par jour. Des révélations qui font froid dans le dos, tandis qu’Amouranth est en larmes à l’écran, puis montre les messages échangés avec son mari : des menaces, des insultes et des tentatives de manipulation émotionnelle.

Que s’est-il passé en live ?

Lors de la conversation, on apprend aussi que le mari d'Amouranth la menace de tuer ses chiens si elle n'obéit pas. De plus, il estime que toute sa réussite est la sienne, et répète à plusieurs reprises qu’il va liquider toute sa fortune en ne lui laissant « qu’un million » de dollars.



Amouranth, visiblement à bout, explique qu’en sept ans de relation, elle a dû appeler la police à plusieurs reprises, notamment quand il a défoncé sa porte et essayé de la frapper et de lui confisquer son téléphone. Sur les réseaux sociaux, à la suite de son témoignage, d’autres voix ont témoigné des violences que la streameuse a pu vivre. Notamment au TwitchCon, l’un des plus gros événements consacré au streaming, elle avait été enfermée hors de sa chambre d’hôtel. La police avait alors été appelée pour la protéger. 

En fin de live, après plusieurs heures de direct, Amouranth apparaît épuisée, tandis qu’une voix féminine (sûrement son assistante) lui demande comment elle va, et si elle a bien pris ses médicaments. Depuis dimanche, la streameuse n’a pas donné de nouvelles sur les réseaux sociaux : même ses amies proches n’arrivent pas à la joindre, et certains tentent d’envoyer la police à son domicile pour prendre de ses nouvelles.

Pour les femmes présentes sur Internet, la double peine

À la suite de son live, les révélations d’Amouranth ont été reprises sur les réseaux sociaux, notamment par d’autres streameuses dénonçant le cyberharcèlement sexiste qu’elle vit depuis plusieurs années. Mais de nombreux internautes, masculins pour la plupart, se sont empressés de dénoncer « l’hypocrisie » de la streameuse qui n’avait pas dit être mariée. D’autres se sont moqués de ses déclarations, affirmant que la streameuse, de par son contenu dénudé, « mériterait » les violences qu’elle a vécues.



Enfin, le cyberharcèlement ne s’est pas arrêté pour la streameuse, alors même que celle-ci ne donne aucune nouvelle à ses proches depuis dimanche. Des internautes l’ont accusée de mentir sur ses déclarations, de faire ça pour le « buzz ». Pour les femmes présentes sur Internet, sur Twitch ou d’autres plateformes, c’est alors la double peine : en plus des potentielles violences qu’elles peuvent subir, leur parole n’est pas crue, est moquée, rabaissée, silenciée. Y compris face à une femme qui témoigne de plusieurs années de « prison de luxe », d’emprise psychologique et de violences.