Jeudi confession: J'ai un blog Skyrock toujours en ligne (plusieurs même)

GÊNANT Des couleurs vives, des montages photoshop, des fan fictions et une police comic sans MS… Bienvenue dans le cauchemar des archives Skyblog…

Maria Aït Ouariane

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La magie des blogs Skyrock
La magie des blogs Skyrock — Maria Aït Ouariane
  • Parce que nous avons tous nos lacunes culturelles plus ou moins honteuses, ou nos goûts un peu particuliers, un journaliste du service Culture de « 20 Minutes » assume chaque jeudi un aspect de sa vie culturelle prétexte à l’humiliation en société.
  • Aujourd’hui, on vous raconte ce qui nous a poussé à raconter des choses très honteuses sur Internet et à ne rien effacer pour autant.

Ne serait-ce qu’à la vue de ce mot « Skyblog » je vous vois d’ici esquisser un regard gêné. Dès 2002 la plateforme de blog créée par la radio Skyrock a été prisée par les jeunes adolescents à une époque où Instagram, Twitter et Snapchat n’existaient pas encore.

Dans la fleur d’un âge ingrat, sur Terre depuis seulement 14 printemps mais déjà en pleine crise existentielle, j’ai donc décidé en 2012 de créer un blog pour y raconter ces problèmes que personne ne pouvait comprendre hormis les One Direction.

Les débuts de ma « malaisance » légendaire.

Avec un fond bien déprimant, un titre « Dream of Dream » et un goût extraordinaire pour le drama, d’entrée je donne le ton :

Capture d'écran du jour où j'ai décidé que le concept de dignité était surfait
Capture d'écran du jour où j'ai décidé que le concept de dignité était surfait - Maria Aït Ouariane

 

>> J’ai posé un lapin à Beyoncé (pour passer la soirée devant «Des Racines et des Ailes»)

Est-ce que j’aurais pu m’arrêter là et sauver le peu de dignité que je possédais ? Evidemment. Est-ce que je l’ai fait ? Bien sûr que non.

Réconciliée avec mes meilleurs amis du collège, j’ai aussi créé un blog collectif de conseils en tous genres, persuadés que nous deviendrons riches et célèbres. Nos pseudos ? Megh, Loma et Aria parce qu’apparemment l’anonymat était très très important pour nous. Dans un billet je donne par exemple des conseils de film et, en grande cinéphile que j’étais, c’est Projet X que je mets dans cette liste de « film que j’ai A.D.O.R.E ». Dans ce blog je vous parle également de l’amour avec un grand A, sujet qui bien sûr me parlait grandement tant ma relation avec Harry Styles était fusionnelle. Je vous laisse avec ce texte littéraire d’une poésie exquise :

Capture d'écran d'un texte emblématique de la littérature française
Capture d'écran d'un texte emblématique de la littérature française - Maria Aït Ouariane

Etape supérieure 

On ne s’arrête pas là malheureusement. Comme des milliers d’autres dans le monde entier, je me suis soudainement transformée en une de ces créatures démoniaques qui me donne des frissons encore aujourd’hui : les directioners.

Et qui dit groupie de One Direction, dit… fanfiction en comic sans ms. Et qui dis fanfiction dit honte éternelle et une place en enfer bien méritée. Voici « Les roses naissent parmi les épines »… Niall Horan et Harry Styles se retrouvent dans un triangle amoureux avec une Jane, jeune et parfaite rebelle américaine. Classique.

>> Je n’ai jamais vu «Alien» (et dans mon open-space, je ne vous entends pas crier)

Est-ce que j’ai honte ? Terriblement. Est-ce que je vais supprimer ces blogs ? Et bien… absolument pas.

Je fais partie de cette génération qui a grandi dans le tumulte de ces révolutions technologique et de la prolifération des réseaux sociaux. De ce fait, je n’ai jamais vraiment été inquiétée par toute cette masse de données que l’on pouvait stocker sur le cloud. Internet représente aujourd’hui une véritable annexe de ma mémoire.

Retrouver ces blogs-là, c’est me replonger dans mes souvenirs du collège - aussi ridicules soient ils. Cette impression de pouvoir augmenter notre mémoire n’est pas nouvelle, on la retrouve dans les arts tel que la littérature (« les écrits restent, les paroles s’envolent »…) mais s’ancre davantage dans nos esprits tant internet nous prouve qu’il n’oublie rien.

Une future journaliste avec ce passé douteux ?

Passé ce cap des blogs honteux, c’est ensuite sur Facebook que l’on peut me retrouver mais aussi sur instagram, twitter, snapchat, flickr, tumblr… Une perte de temps je vous l’accorde mais surtout une envie, au fond, de laisser des traces. Il y a bien entendu un revers à ce beau monde : ces réseaux sociaux ne sont justement pas que des réseaux sociaux mais un système de vérification (par les employeurs par exemple), de jugement, de contrôle, de propagande, de mensonge et de fake news.

Faisant des études pour pouvoir exercer pleinement ce métier de journaliste, j’ai eu un moment de doute face à toute cette base de données disponible sur moi-même (parce qu’on a beau mettre tout en privé, il y a toujours un moyen d’y accéder) qui pouvait remettre en question ces soucis de partialité et de sérieux tant exigés dans le monde journalistique. Mais je n’en ai rien fait car encore une fois je n’ai pas eu le courage de faire disparaître ces traces et, on ne va pas se mentir, ça reste un moyen de se rappeler à quel point on a tous été une créature gênante à un moment.

Parce que c’est en confessant ces péchés qu’on peut éventuellement alléger son âme, je vous laisse pour finir le lien de cette fanfiction qui montre également que mes talents de montage Photoshop n’ont guère évolués.