Zone Téléchargement: Qui se cache derrière ces sites de téléchargement illégal?

DOWNLOAD Libération du Net ou appât du gain, ils mettent à disposition illégalement films, séries et musiques, et ça peut leur rapporter gros…

V. J.

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Illustration d'un média de téléchargement en Peer-to-Peer (P2P).
Illustration d'un média de téléchargement en Peer-to-Peer (P2P). — ALIX WILLIAM/SIPA

Fermé lundi soir par la gendarmerie nationale, Zone Téléchargement était de retour en ligne mardi midi (ou presque). Le téléchargement était impossible du fait de la désactivation du protecteur de liens DL-Protect. Peut-être la plus importante plateforme française de téléchargement illégal, Zone Téléchargement était le 11e site le plus visité en Hexagone, devant Twitter, avec près de quatre millions visiteurs uniques par mois, à 77 % des Français. Le préjudice pour les ayants droit est estimé à 75 millions d’euros, contre un chiffre d’affaires de 10 millions sur dix ans d’existence pour les administrateurs.

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Pour la liberté ou le gain

Qui sont-ils d’ailleurs, ces administrateurs ? Selon la Sacem, à l’origine de la plainte contre le site en 2014 et cité par Le Monde, deux des trois personnes mises en garde à vue seraient les administrateurs de Zone Téléchargement. Ils seraient installés en Andorre où ont été saisis voitures de luxe, biens immobiliers, beaucoup de liquidité. Ainsi que des comptes épargnes et des comptes offshore à Malte, Belize et Chypre. Les cinq autres personnes interpellées puis relâchées seraient de la famille d’un des administrateurs. Un « business » très lucratif et donc familial.

Pour Frédéric Delacroix, PDG de l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA), l’époque du geek qui propose le plus de films possible, dans un esprit de libération du Net et de la culture, est révolue. Il prend pour exemple le créateur du site OMG-Torrent, un récidiviste de 28 ans, condamné une première fois en 2008, puis plus lourdement en septembre 2016 (à 5 millions d’euros de dommages et un an de prison, dont huit mois ferme). « La mise à disposition gratuite de films relève presque pour moi de la liberté d’expression quand on voit le prix d’une place de cinéma », a pourtant lâché l’administrateur lors de sa condamnation. La publicité aurait rapporté entre 10.000 et 20.000 euros par mois à OGM-Torrent.

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Une nouvelle forme de mafia

« Si les profils sont variés et pas standards, ces gens âgés d’environ 25 ans se lancent tous pour l’appât du gain, commente Frédéric Delacroix. Ils hébergent à l’étranger, dans des paradis numériques et même fiscaux, blanchissent l’argent, etc. » Il n’hésite pas à parler d’une nouvelle forme de mafia, « mais pas comme dans les films ». En revanche, un vrai écosystème existe autour des sites de téléchargement illégal, avec des régies publicitaires, des annonceurs peu regardants, spécialisés dans les sites de rencontre, les liens pornographiques ou même les escroqueries (« Vous avez gagné un iPhone ! »). « Sans oublier l’exploitation des données personnelles », ajoute le patron de l’ALPA.

Comme tout site Web, Zone Téléchargement peut monétiser son audience, et rapporter gros. « Un tel site demande a priori deux ou trois administrateurs, explique M. Delacroix. Mais ils font rapidement appel à d’autres personnes pour blinder la sécurité, trouver des hébergeurs, etc. Sans perdre de vue qu’il faut rester petit pour faire du profit. » Il se souvient ainsi d’une mère de famille de 40 ans qui donnait gratuitement un coup de main sur OMG-Torrent, sans se rendre compte qu’elle remplissait les poches de son administrateur.

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Ceux qui mettent en ligne

De son côté, la Hadopi vient de publier une étude qualitative sur le partage illicite d’œuvres, où y sont dressés les profils de ceux qui mettent en ligne des contenus pirates, « ce qui est différent du simple consommateur mais n’atteint en général pas le niveau de professionnalisation qui semble être celui des administrateurs de Zone Téléchargement ».

Avec donc les « fonctionnels » (15-24 ans) qui diffusent dans le but de consommer et d’alimenter le système (le fameux ratio), les « idéologues combattants » (25-39 ans) qui portent bien leur nom et restent minoritaires, les « créatifs » (15-24 ans) qui cherchent à faire connaître de nouveaux talents ou leurs propres productions, et les « semi-pros » (25-39 ans) qui sont dans une logique de diffusion valorisante. Chaque mois, un internaute français sur trois (soit 13 millions) consulte au moins une fois un site pirate.