Facebook: Pourquoi le réseau social est soupçonné de manipuler ses «trending topics»

POLEMIQUE Selon des informations du site Gizmodo, le réseau social de Mark Zuckerberg privilégierait certains médias, et en blacklisterait d’autres…

Clio Weickert

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Facebook est-il un grand manipulateur?
Facebook est-il un grand manipulateur? — MATHIEU PATTIER/SIPA

Facebook n’en fait-il qu’à sa tête ? Selon le site spécialisé Gizmodo, le réseau social de Mark Zuckerberg n’est pas très réglo concernant ses « trending topics », les pages et les hashtags « en vogue » suggérés aux utilisateurs. La plateforme est notamment soupçonnée de privilégier certains médias, et d’en écarter d’autres. 20 Minutes fait le point en trois questions.

  • Qu’est-ce qu’un « trending topic » ?

En 2014, Facebook a intégré une rubrique de « contenu populaire » sur sa plateforme, à l’image des « trendings topics » de Twitter. Située sur la gauche du « mur » des utilisateurs, cette rubrique « affiche une liste de sujets et de hashtags en vogue » sur le réseau social, personnalisée selon différents critères, tel que les pages « likées » ou la situation géographique. En d’autres termes, des liens vers différents contenus susceptibles d’intéresser un utilisateur à un moment sonné.

Les «contenus populaires» selon Facebook
Les «contenus populaires» selon Facebook - Capture d'écran Facebook

 

  • Que reproche-t-on au réseau de Mark Zuckerberg ?

Si ces trendings topics sont censés inspirer les utilisateurs de Facebook, susciter leur intérêt ou les éclairer sur des sujets populaires, la façon dont ils sont suggérés posent question, tout comme les algorithmes dont ils dépendent. Ou plutôt des personnes réelles qui les contrôlent. Car dans un article récent, le site Gizmodo a révélé que le réseau social avait embauché des « news curators », une équipe de personnes pour gérer ces suggestions populaires. Des anciens employés (des travailleurs indépendants plus exactement) qui se sont confiés au site spécialisé, sur leurs conditions de travail « épuisantes » et « humiliantes », mais aussi sur la gestion des trending topics, aux enjeux cruciaux. L’un d’eux explique notamment que faire partie de ces suggestions peut « ramener des milliers de clics supplémentaires à une histoire ».

« Nous choisissions ce qui était populaire », dévoile un de ces « curators ». Car au lieu de mettre en avant des histoires véritablement tendances, ils devaient par exemple promouvoir les vidéos « maison », et choisir leurs topics parmi une « liste de médias préférés » (entre autres le New York Times, le Time et Variety). Et à l’inverse, d’autres faisaient partie d’une « blacklist ». « Ils évitaient régulièrement des sites comme  World Star Hip Hop, The Blaze, et Breitbart », précise Gizmodo, « ils ont également été découragés de mentionner Twitter par son nom dans les titres et les résumés, et plutôt de référer à "réseau social" de manière plus large ». En bref, Facebook est plus ou moins accusé de manipuler ces trending topics, et de régner en maître absolu.

  • Quel crédit peut-on accorder à ces accusations ?

« Le problème est qu’ils ne peuvent pas se permettre de suggérer des topics de mauvaise qualité compte tenu de leur position incontournable », commente Romain Rissoan, consultant en digitalisation des entreprises et spécialiste des réseaux sociaux. « Il s’agit d’une problématique de crédibilité ». Et pas seulement. « Certains sujets ne remontent pas, alors qu’ils le pourraient. Et on peut dire que certains peuvent être privilégiés car se sont des clients du réseau social. Mais pour Facebook, il s’agit aussi bien de se protéger des intox, que de valoriser les sites qui lui accordent leur confiance ». Des raisons économiques donc, et de précaution.

« Je me demande s’il n’y a pas un peu de frustration derrière tout ça (de la part du site Gizmodo), car quand on ne fait pas partie des privilégiés, on se demande pourquoi », ajoute Romain Rissoan. Donc oui, il y a de fortes chances que Facebook garde la mainmise sur ces trending topics, mais non, ce n’est pas forcément que de la manipulation.