Publicité cachée: Pourquoi les YouTubeurs sont dans le viseur de Bercy

ECONOMIE Les YouTubeurs sont dans la ligne de mire de la répression des fraudes pour publicité dissimulée, avec enquêtes en cours et sanctions avant l’été…

V. J.

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Illustration de la plateforme de vidéos YouTube.
Illustration de la plateforme de vidéos YouTube. — LOU WEE/SIPA

Cyprien, Norman & Cie ne sont pas seulement parmi les personnalités préférées des 7-14 ans, ils intéressent également beaucoup… la Direction générale de la répression des fraudes. Lors de la présentation lundi du bilan de son action 2015, la DGCCRF a réaffirmé son intention de se pencher sur les pratiques de certains YouTubeurs pour gagner de l’argent, à travers la publicité cachée.

Plusieurs enquêtes sont en cours, dont l’une sur une marque de voiture vantée par une dizaine de YouTubeurs d’après Le Monde, qui indique que « plusieurs seront sanctionnés "avant l’été" »

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Plusieurs façons de gagner de l’argent sur YouTube

La YouTube-sphère s’est toujours passionnée, et déchirée, sur la question de l’argent. Comme l’expliquait Kevin Tran alias Le Rire Jaune dans une vidéo exhaustive et ludique en avril 2015, il existe plusieurs façons de se rémunérer sur YouTube. La première au nombre de vues, avec en moyenne un dollar (0,80 euro) pour 1.000 vues. Chaque YouTubeur peut ainsi monétiser ses vidéos, s’il a les droits sur tout le contenu (visuel, sonore…).

Certains, les plus connus, préfèrent s’adosser à un « network », qui s’occupe des droits d’auteurs en échange d’un pourcentage, entre 10 % et 20 %. C’est le cas de Cyprien, Norman ou Squeezie avec l’agence Mixicom ( rachetée récemment par Webedia), Ludovik, Natoo et Jérôme Niel chez Studio Bagel (propriété de Canal +) ou encore Golden Moustache (M6).

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« De l’avertissement à l’amende »

Mais il existe une autre entrée d’argent, plus floue, moins légale. Lorsque Norman poste un clip hommage à Assassin’s Creed, il « oublie » de dire qu’il est produit par Ubisoft, l’éditeur du jeu - une mention a été ajoutée depuis. De même pour Cyprien avec sa vidéo « Le syndrome PLUS », qui vante avec humour les mérites du PlayStation Plus, avant de proposer de gagner une PS4. Des publicités ? Rien ne l’indique. déguisées ? C’est possible.

Or, comme le rappelle le cabinet de Martine Pinville, secrétaire d’Etat au commerce, à l’artisanat et à la consommation, « il existe un article dans le code de la consommation, l’Article L121-1, qui considère trompeuse toute pratique favorable à une marque mais dissimulant sa véritable intention commerciale. A l’instar des faux avis de consommateurs. » Le travail de la DGCCRF est donc d’effectuer des contrôles pour évaluer la mise en valeur qui est opérée, et à quelle vocation publicitaire. « Il y aura plusieurs types de retombées, de l’avertissement à l’amende », précise-t-on à Bercy.

« Une version 2.0 du gendarme et du voleur »

Pour le cabinet de Martine Pinville, il s’agit moins d’une question de forme, « le cadre existe », que de fond. Pierre-Louis Desprez, expert en marketing digital et directeur général de Kaos Consulting, confirme : « Les réseaux sociaux, les blogs, les YouTubeurs… ce sont de nouvelles pratiques, et la loi suit le réel, l’expérience. Elle s’adapte. La différence avec les médias traditionnels est que l’audience est ici très qualifiée, très ciblée, et intéresse d’autant plus les marques qu’elle promet un taux de prescription plus important. Mais il faut prendre en compte tous les acteurs impliqués (marques, intermédiaires, YouTubeurs…), comprendre comment ils travaillent main dans la main, aller jusqu’au bout de la chaîne, pour savoir qui touche quoi, qui doit quoi. Car s’ils sont dans la ligne de mire de la DGCCRF, c’est que des revenus n’ont pas été déclarés. Ce n’est qu’une version 2.0 du gendarme et du voleur. »

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Contactés par 20 Minutes, plusieurs YouTubeurs n’ont pas souhaité s’exprimer sur le sujet. Un sujet encore tabou, mais déjà abordé par certains d’entre eux. Ami de Norman, Jhon Rachid a ainsi donné son avis sans détour sur le placement de produit à ses 700.000 abonnés  (« on dirait que pour les YouTubeurs, y a pas le droit de faire la pub, par contre pour les footballeurs… »), et y est revenu très récemment en commentaire d’une vidéo : « Sur ma chaine, deux vidéos sponsorisées et elles ont payé l’équipe qui a taffé sur les vidéos (Vous ne verrez jamais et j’ai mal aux haters) quand c’est pas sur ma chaine ça me pose aucun problème et m’en posera jamais de la vie. »

Depuis plusieurs mois, Cyprien ajoute « Merci à [tel éditeur] d’avoir sponsorisé cette vidéo » en description des vidéos de sa chaîne CyprienGaming, et la mention apparaît même quelques secondes à l’écran sur les dernières vidéos postées il y a une semaine. Mais le jeu vidéo n’est pas le seul concerné, et les YouTubeurs ne sont pas les seuls visés : beauté ou cuisine, vidéos, blogs, tweets ou posts Facebook, ce sont tous les « influenceurs 2.0 » qui intéressent aujourd’hui la DGCCRF.

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